Et même une urgence, si l'on en juge par le titre d'un article qui vient de paraître en pleines vacances de Noël dans le « Figaro» : « L'orthographe préoccupe les universités »

Et pourtant, il n'y a pas si longtemps, le premier lundi d'octobre 2010, Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a déjà appelé de façon martiale à la mobilisation : « Nous avons lancé la bataille de l'orthographe » déclarait-elle alors alors en réagissant à un article paru ce même lundi d'octobre 2010 dans le quotidien « Le Parisien » ( « Les facs s’attaquent aux fautes d’orthographe. C’est un constat unanime : trop d’étudiants sont fâchés avec l’orthographe et, plus globalement, avec le français. Une vingtaine d’universités proposent désormais des cours de rattrapage » ). Et Valérie Pécresse renchérissait en déclarant que « les universitaires font le constat que le niveau d’orthographe et d’expression écrite a singulièrement baissé depuis une dizaine d’années, alors que c’est une clé pour des études et une insertion professionnelle réussies ».

Etait-ce une première ? Pas si sûr. Sans remonter très loin , on peut déjà constater que « la bataille de l’orthographe à l’université » avait déjà été annoncée un an avant, au même moment de la rentrée universitaire, par le même journal « Le Parisien » : « Les étudiants vont devoir renouer avec la dictée. Des milliers d’élèves de différents campus bénéficient cette année de cours d’orthographe. Une nécessité car les recruteurs apprécient peu les fautes des diplômés » ( 28 septembre 2009 ).

Sans doute dans un autre contexte ( vraisemblablement moins en proie au délitement, et surtout moins ‘’massif’’ : à peine 1% d’une classe d’âge faisait alors des études supérieures ), le ‘’ niveau ‘’en orthographe ( et plus généralement en français ) des étudiants a été depuis très longtemps et régulièrement stigmatisé.
« Nous voudrions simplement rappeler aux candidats que la faculté désirerait ne plus avoir à corriger des fautes d’orthographe aussi nombreuses que stupéfiantes » ( Gaffarel, doyen de la faculté des lettres de Clermont, 1881 ).
« J’estime que les trois quarts des bacheliers ne savent pas l’orthographe » ( Victor Bérard, maître de conférences à la Sorbonne, 1899 ).
« Les élèves des lycées n’ont ni orthographe, ni vocabulaire exact et varié, ni connaissances grammaticales » ( Paul Lemonnier, « La crise de la culture littéraire », 1929 ).
« La décadence est réelle, elle n’est pas une chimère : il est banal de trouver vingt fautes d’orthographe dans une même dissertation littéraire de classes terminales. Le désarroi de l’école ne date réellement que de la IV° République » ( Noël Deska, « Un gachis qui défie les réformes : l’enseignement secondaire », 1956 ).

Et si l’on veut vraiment ‘’une première’’, on peut s’arrêter à celle-ci, dans le ‘’saint du saint’’, à la Faculté des Lettres de la Sorbonne :
« L’orthographe des étudiants en lettres est devenue si défectueuse que la Sorbonne s’est vue réduite à demander la création d’une nouvelle maîtrise de conférences, dont le titulaire aurait pour principale préoccupation de corriger les devoirs de français des étudiants de la faculté des lettres » ( Albert Duruy, « L’instruction publique et la démocratie », 1886).

PS1: Une recommandation: "L'anti-manuel d'orthographe" de Pascal Bouchard (Point-Seuil)

PS2 :Quel est l’écolier de onze ans, futur écrivain célèbre qui a écrit le texte n° 1 : "  Je suis dévoré d’impatience de voir le meilleur de mes amis celui avec lequel je serait toujours amis nous nous aimerons, ami qui sera toujours dans mon cœur. Oui ami de la naisance jusqua la mort " ? Quel est l’écolier de onze ans, futur écrivain célèbre qui a écrit le texte n°2 : " Mon cher grand-père pardonne moi de mon péché car j’ai moin mangé qu’a l’ordinaire j’ai pleuré pendant un cardeur après cela j’était en senglot " ?



 

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Tous les commentaires

Il faudrait deux vies, il faudrait cinq vies pour parvenir à lire tout ce qui est intéressant, et autant pour donner son avis.
Je suis de ceux qui pensent que l'orthographe française, conçue au départ pour des latinistes et hellénistes (des élites)  tend bien des pièges à tous ceux, gens de la plèbe * (ou pas) qui veulent s'exprimer  par écrit.
La simplification du français écrit a été évoquée de temps en temps, mais la timide réformette de 1990 a vu se lever tant de boucliers imbéciles que je ne crois pas qu'une vraie réforme se fasse avant longtemps.
M Lelièvre nous montre qu'il  y a toujours eu des étudiants faisant des entorses au  code orthographique.
N'empêche.
Même sans être extrémiste, on constate tout de même (et cela a été dit plus haut) que pour le moins, les choses ne s'améliorent pas...
Or, puisqu'on a plus de moyens techniques (dont les correcteurs des traitements de textes et les logiciels d'entraînement), cela devrait s'améliorer.

Je crois que le problème réside en partie dans un manque de désir vis-à-vis de ce "costume" de la langue écrite. Puisqu'il y a tant de choses apparemment  illogiques dans l'orthographe, il  existe sans doute un refus inconscient de passer du temps à retenir ces règles.
Pourquoi le "s" à la deuxième personne du singulier, mais PAS à l'impératif des verbes du 1er groupe?
Pourquoi les choux, bijoux, cailloux, genoux... et leurs congénères entraînent-ils si souvent l'écritude de "un chouX"?
Que faire de tous ces chevaux, taureaux, bocaux, ou cheveux qui seraient tout aussi "jolis" avec un "s", voire sans marque du tout du pluriel, puisqu'au fond nous avons presque toujours, en français, un déterminant qui marque le pluriel? (d'accord, Perrette, quand elle casse sont pot-au lait, n'utilise pas de déterminants...) Clin d'œil
Et encore ces exemples ne sont que des détails...

Les règles importantes qui méritent d'être conservées sont celles qui font sens, comme par exemple la distinction du  participe passé des verbes du 1er groupe, différente de l'infinitif.

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(* J'ai peut-être lu trop vite, mais... au fait, a-t-on étudié le niveau d'orthographe des étudiants selon leur origine sociale? ce serait intéressant de le savoir.)