Primaire-collège: quelle continuité?

Les mesures que vient d’annoncer Luc Chatel pour l’enseignement des sciences s’inscrivent dans la continuité ( dans la suite du primaire ), en plein débat feutré mais intense entre ceux qui souhaitent une plus grande continuité entre le primaire et le collège, et ceux qui ne le veulent pas.

 

En premier lieu parce que ces mesures vont dans le sens de ceux qui souhaitent réduire le hiatus qui existe entre l’encadrement de l’école primaire ( où chaque classe jusqu’au CM2 est confiée en principe à un seul professeur des écoles, quasi ‘’omnivalent’’) et l’encadrement du collège ( assuré dès la sixième par une multiplicité de professeurs certifiés ou agrégés, en principe ‘’monovalents’’).

Luc Chatel propose en effet qu’ " il y ait un seul enseignant pour les sciences physiques, la chimie, les sciences de la vie et de la terre, et la technologie ", afin que les élèves " comprennent la fluidité de la démarche scientifique ". Et le ministre de l’Education nationale annonce d’ores et déjà qu’environ 400 collèges vont mettre en place cet " enseignement intégré des sciences et de la technologie " pour les classes de 6° et 5°. Les élèves de ces classes n’auront plus trois enseignants ( un pour la physique et la chimie, un autre pour les SVT, et un troisième en technologie ), mais un seul pour un grand cours de " sciences et technologie ". Cela a été expérimenté depuis 2006 et se trouve déjà en place dans 50 collèges.

 

En second lieu, et cela a au moins le mérite de la cohérence ( même si, faute en particulier d’expérimentations dûment validées, cela n’emporte pas l’adhésion de tous), la démarche pédagogique privilégiée dans le primaire ( à savoir celle de " La main à la pâte " ) est recommandée pour ce nouvel " enseignement intégré des sciences et de la technologie " au collège. Luc Chatel propose en effet " le prolongement au collège de la philosophie de ‘’La main à la pâte’’ ", dans une pleine continuité pédagogique avec l’école primaire.

 

Décidément, on a beaucoup de mal à savoir ‘’où l’on en est’’, et ce qui est en vue ( en particulier à droite ) dans le maquis des ‘’marches’’ et ‘’contremarches’’ des uns et des autres ( cf mes deux billets précédents ).

Et pourtant , c’est bien là le cœur du changement scolaire annoncé par Luc Chatel, car les mesures préconisées pour l’enseignement des mathématiques ne sont – elles - que la réitération de quelques éléments sur lesquels les nouveaux programmes du primaire édictés par son prédécesseur Xavier Darcos avaient mis l’accent ( " récitation des tables de calcul et pratique quotidienne du calcul mental en classe " ) ou des dispositifs extra-scolaires plus ou moins ‘’sympathiques’’ et/ou ‘’cosmétiques’’ ( du type " financement par des entreprises comme EADS, CASIO, le Crédit mutuel ou Microsoft de stages durant les petites vacances pour des élèves de la 4° à la 2° afin de faire des maths autrement avec des chercheurs ou des ingénieurs ", ou du type " accord avec la fédération française du jeu d’échec pour renforcer la présence de l’échiquier dans les écoles, une pratique ludique qui développe le raisonnement logique " ), des initiatives situées à l’évidence dans le ‘’péri’’ ou le ‘’para’’ scolaires et qui ne sauraient être au centre du changement proprement scolaire décidé par le ministre de l’Education nationale Luc Chatel.

 

 

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