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Le Club de Mediapart lun. 8 févr. 2016 8/2/2016 Dernière édition

"Hussards noirs" ou "professionnels"?

Les enseignants du primaire veulent être pleinement reconnus, non pas comme des « êtres de vocation » prêts à tous les sacrifices, mais comme des professionnels, des cadres supérieurs de plein droit. Et la grève de  jeudi n’est que l’une des manifestations d’un mouvement profond.

Les enseignants du primaire veulent être pleinement reconnus, non pas comme des « êtres de vocation » prêts à tous les sacrifices, mais comme des professionnels, des cadres supérieurs de plein droit. Et la grève de  jeudi n’est que l’une des manifestations d’un mouvement profond.

L’un des deux principaux syndicats du primaire, le SE-Unsa a pris acte de la récente déclaration du ministre de l’Education nationale Vincent Peillon qui reconnaît que « les enseignants du primaire ont des conditions de ressource qui ne sont pas équilibrées avec celle du secondaire » et se dit prêt à discuter de mesures financières permettant de combler ce retard. Le SE-Unsa revendique en particulier l’obtention d’une indemnité de 100 euros mensuels, et a lancé une pétition « L’Isoe des PE, c’est maintenant ! » qui a reçu plus de 20000 signatures.
L’autre principal syndicat du primaire, le SNUipp-Fsu, a lancé lui aussi une pétition pour « la revalorisation salariale des professeurs du premier degré » qui a recueilli près de 19000 signatures, et il a appelé sur cette base à la grève dans le cadre de la journée d’action lancée par plusieurs syndicats de fonctionnaires .

Si l’on se retourne vers le passé, on pourrait s’étonner de la vivacité de ces revendications, car les enseignants du primaire d’antan étaient loin d’avoir des rémunérations proches des professeurs du secondaire. Et la décision de la transformation du corps des instituteurs en corps de professeurs d’écoles  ( en principe aligné sur celui des professeurs certifiés ) prise en 1989  peut être considérée comme une « revalorisation» historique ( même s’il reste des différences de rémunérations réelles, notamment en raison de l’existence de certaines « primes » dans le secondaire qui n’ont pas d’équivalents dans le primaire ).

Les « hussards noirs de la République » ( selon le mot de Péguy ) étaient en effet nettement moins lotis comparativement. Sous Jules Ferry , un professeur de collège  gagnait trois plus qu’un instituteur en début de carrière, et deux fois plus en fin de carrière (  un agrégé 8 fois plus en début de carrière, et  6 fois plus en fin de carrière… )
Mais on ne saurait trop prendre en compte les fortes paroles du sociologue François Dubet dans  son livre au titre suggestif « Le Déclin de l’institution » ( Seuil, 2002 ), dans lequel il tente de montrer que la « vocation » ( qui relève toujours peu ou prou du ‘’sacré’’ ) et qui l’emportait sur le « professionnalisme » ( la version, ‘’profane’’ de l’engagement dans le travail sur autrui ) est en voie de disparition en corrélation avec « le déclin de l’institution » : « Il n’y a pas si longtemps que les écoles normales d’instituteurs ressemblaient à s’y méprendre à des séminaires, que les écoles d’infirmières étaient dirigées par des religieuses et que les travailleurs sociaux étaient issus du militantisme philanthropique […]. Le thème de la vocation signifie que, dans le programme institutionnel, le professionnel du travail sur autrui n’est pas un travailleur comme les autres. Il ne puise pas sa légitimité seulement dans sa technique ou dans son savoir faire, mais aussi dans son adhésion directe à des principes plus ou moins universels. Il bénéficie d’une autorité charismatique parce qu’elle repose sur une légitimité sacrée. On obéit par exemple au prêtre parce qu’il représente Dieu, au maître d’école parce qu’il est la figure de la Raison […]. On leur obéit parce qu’on suppose qu’ils sont capables de s’oublier sinon de se sacrifier, qu’ils se donnent à une cause supérieure, qu’ils défendent un bien commun avant que de défendre leurs intérêts propres »

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Peillon proposerait une prime annuelle de 400 euros aux professeurs des écoles pour les aligner sur leurs collègues du secondaire avec leur ISOE (indemnité de suivi et d'orientation).

Evidemment, il ne s'agit que du tiers de ce que touchent leurs collègues du secondaire puisque l'ISOE est d'environ 1200 euros annuels soit 100 euros chaque mois.

C'est pas terrible surtout quand on pense que les enseignants ont perdu au moins 10 % à échelon constant sur leur salaire depuis 1998 ou 1995 soit 200 ou 250 euros mensuels. Donc Peillon, tes 33 euros mensuels, c'est un peu juste et même méprisant.

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