Le "sarkozysme": "ses vérités sont les nôtres"

Le ministre de l’éducation nationale a rédigé dans Le Monde un devoir de vacances sans précédent en rendant hommage à son président, au "sarkozysme", après avoir publié une année auparavant un livre sur l’historien romain Tacite qui montre comment le pouvoir peut dégénérer en despotisme de palais et en servilité, sous-titré: "ses vérités sont les nôtres".

Le ministre de l’éducation nationale a rédigé dans Le Monde un devoir de vacances sans précédent en rendant hommage à son président, au "sarkozysme", après avoir publié une année auparavant un livre sur l’historien romain Tacite qui montre comment le pouvoir peut dégénérer en despotisme de palais et en servilité, sous-titré: "ses vérités sont les nôtres".

 

 

On n’a sans doute pas suffisamment apprécié le caractère inédit ( et révélateur) de l’intervention de Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale en exercice, dans les pages " Débats " du " Monde " du 18 juillet ; un article titré : " Le sarkozysme est l’allié de l’école ".

On ne s’appesantira pas ici sur l’examen ( critique ) des arguments développés par Xavier Darcos afin de convaincre du bien-fondé de cette thèse, pour se concentrer sur le caractère inédit et le sens de cette intervention.

 

 

Pour qui a suivi de près les différentes réformes du système éducatif durant toute la V° République ( alors même que pourtant le chef de l’Etat a désormais les pouvoirs institutionnels que l’on sait ), il apparaît à l’évidence incongru qu’il puisse y avoir une telle démarche de la part de l’un de ses ministres de l’Education nationale. Le ministre Fouchet, à qui pourtant l’institution du " collège d’enseignement général " a été imposée en 1963 par le président de la République lui-même, ne soutient pas que " le gaullisme est l’allié de l’Ecole ". Il en va de même pour le ministre Haby, à qui le président de la République a imposé la création du " collège unique " en 1975 : pas de formule du type " le giscardisme est l’allié de l’école ". Ni bien sûr pour ce qui concerne les ministres Savary, Chevènement, Jospin ou Lang : pas de " mitterrandisme allié de l’école ". Ni également pour les ministres Monory, Bayrou, Ferry, Fillon ou Robien : pas l’ombre possible non plus d’un " chiraquisme allié de l’école ".

 

Mais cela est possible sous Sarkozy, pour Sarkozy. Et dans les termes les plus nets, voire les plus péremptoires : " La personnalisation de l’enseignement voulue par Nicolas Sarkozy est une véritable révolution pédagogique et sociale […]. Assumer la liberté des élèves d’aller à leur rythme vers la réussite ; reconnaître et valoriser le mérite des enseignants ; accroître la place des parents au sein de la communauté éducative : sur ces trois ruptures majeures repose la réforme du système éducatif voulue par le président de la République […] Au fond, en dépit des caricatures entretenues par une minorité Vers la fin du premier siècle, l’historien Tacite fait la revue des mœurs collectives et des caractères privés, révèle les calculs et les manœuvres des acteurs politiques, décrit la folie contagieuse, provoquée par la volonté de puissance, tout en se souvenant d’une cause déjà perdue : l’idéal républicain […]. J’ai pris le parti de considérer que la pensée de Tacite s’adresse encore à notre temps […]. Il montre comment le pouvoir peut dégénérer en despotisme de palais, en servilité, en affairisme et en bureaucratie. Nos manières sont plus policées. Mais ses formules, étincelantes d’intelligence et de pénétration, semblent subitement viser une actualité permanente. Sonnent-elles plus justes à nos oreilles parce qu’elles concerneraient une forme de décadence ou de déclin? Je laisse à chacun le soin d’en juger et de lire entre les lignes ". Allons-nous de l’Empire au Bas-empire, nous aussi ? Décidément, il faut lire Xavier Darcos. Surtout entre les lignes.

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