RENAULT, NISSAN et FIAT : ALLIANCE OU FUSION ? Le dividende ou l’emploi !

. Une proposition de fusion conduira à la disparition programmée ou de Fiat ou de Renault, c’est la loi du genre.

RENAULT,  NISSAN et FIAT : ALLIANCE OU FUSION ?

 Le dividende ou l’emploi !

 

 C’est un euphémisme d’écrire que la situation dans laquelle se trouve l’attelage Renault – Nissan & Mitsubishi avec Fiat en mouche du coche est pour le moins complexe. 

La proposition de Fiat, acceptée par Renault, de discuter d’une union éventuelle doit être regardé avec  circonspection. Fusion des groupes automobiles Fiat et Renault d’un côté ou alliance basée sur l’indépendance des groupes Nissan et Renault de l‘autre ? La société de Billancourt est face à un sérieux dilemme qui nous ramène aux premiers temps de l’alliance. 

                 Une fusion, bien menée, optimise les synergies mais conduit inévitablement à la disparition, par absorption, de l’une ou                                         l’autre  société en tant que personnalité morale. En rationalisant les appareils des constructeurs impliqués la fusion a pour                                    logique, dans un environnement stable – production identique - de réduire, de redimensionner, les effectifs globaux des sociétés en                       question. Une proposition de fusion conduira à la disparition programmée ou de Fiat ou de Renault, c’est la loi du genre.

                L’alliance passée entre Renault et Nissan en 1999 a été très souvent présentée comme une solution alternative à la fusion.                                     Contrairement à la fusion les retombées sont moindres en ce qui concerne les synergies mais les partenaires gardent un outil                                  industriel.

 Au final, Fusion ou Alliance, c’est une question d’opportunité et de rapport de forces entre les prétendants … Que veulent, ou ne veulent pas, les sociétés concernées ... et leurs différents actionnaires  Quel est leur degré d’implication dans le processus à venir : qui est la proie qui est le prédateur ? Qui accepte de se dissoudre, qui veut le pouvoir ? 

De plus et l’implication de l’Etat japonais nous le rappelle, il y a aussi l’avenir bien sombre, d’une industrie automobile en France. Le suivisme de notre Etat, voir son attentisme, dans les discussions avec Fiat laisse craindre le pire : des déclarations d’intention ne poussent pas à l’optimisme.           

Une certitude si Renault veut durer comme constructeur elle doit revoir son alliance avec Nissan et aborder les problèmes qui fâchent tels la gouvernance et la capitalisation des deux groupes pour être au clair. On voit bien que les 43%  que possède le losange chez Nissan ne lui servent pas à grand-chose. Renault souffre d’un manque de reconnaissance et n’arrive pas à faire prévaloir son leadership. Céder encore du terrain à Nissan pour aboutir à une transaction avec Fiat, c’est aller au devant de déconvenues.

 L’alliance est un combat 

Depuis l’arrestation de Carlos Ghosn, contre vents et marées, et surtout contre l’attitude de Nissan, avec force persévérance et beaucoup d’humilité, voire une certaine candeur, nos dirigeants continuaient d’en appeler à l’Alliance pour « le bien de Renault ».

              « Nouveau départ » : c’est ainsi que les dirigeants de l’Alliance Renault-Nissan ont intitulé le protocole d’accord signé mardi 12 mars                      à Yokohama. A cette occasion Monsieur Senard multiplia les beaux gestes et les belles paroles d’amitié envers les dirigeants                             japonais. « Nous souhaitons recréer, dit-il, l’esprit de notre coopération telle qu’elle était à sa création, à la fin des années 1990.».                    Les administrateurs japonais de Nissan ont vite refroidit l’ardeur de notre PDG néophyte. Ils réclament de manière ostentatoire le                        contrôle du conglomérat des marques de l’alliance ; n’hésitant pas à rendre Renault responsable des écarts de Carlos Ghosn. Le PDG                  de Renault, malgré des gestes vexatoires de plus en plus pointus, encaisse les coups cédant petit à petit son empreinte sur la société                       nippone au point d’accepter que l’application de la règle du consensus.

 

Depuis la mi-novembre et l’arrestation de son PDG, Carlos Ghosn, l’Alliance traverse une passe difficile.  Y-a-t-il encore un avenir désormais pour le couple Renault- Nissan alors  que la relation entre les deux  constructeurs s’est fortement détériorée en quelques semaines ?

 Quel que soit la suite des discussions, accord ou non avec Fiat, notre relation avec Nissan doit être mise à plat. C’est l’occasion de voir avec lucidité les difficultés de l’Alliance. Il est urgent de recentrer le débat et de rappeler au partenaire japonais qu’il est largement responsable des dégâts collatéraux provoqués par sa passivité dans l’affaire Ghosn

On ne connait toujours pas aujourd’hui, les raisons exactes de la rupture entre Ghosn et les japonais. Parmi celles invoquées,  la holding, dont on ne sait pas avec certitude ce qu’il en était, si ce n’est que Nissan était à l‘unisson avec C Ghosn pour ne pas en vouloir.

A  l’inverse Renault aurait de bonnes raisons de demander des explications sur certains faits. Si Juridiquement Renault et Nissan restent deux entreprises distinctes, indépendantes l’une de l’autre la gouvernance de C Ghosn n’a pas respecté la Charte  de 1999  qui précisait  « L’Alliance veille à un strict équilibre entre les partenaires et à la préservation de leur intérêts respectifs ».

 Il n’est pas inutile de rappeler, puisque Nissan monte ce point en épingle que l’écart de performance entre les deux groupes résulte d’une décision de Ghosn, instrumentalisée par Nissan. Nous pourrions citer  les marchés sur lesquels le losange est personne non gratta, à savoir les U SA et jusqu’à peu la Chine., les chiffres sont éloquents. Plus de la moitié des ventes de Nissan est réalisée dans ces deux marchés  réservés ; Au passage bon courage si la querelle sino-américaine perdure voir s’amplifie. Dans les autres pays, les ventes du groupe Renault 3,6 millions sont nettement supérieures à celles de Nissan.  2,4 millions  

 Et comment qualifier le  cadeau fait sur le compte de Renault, en donnant à Nissan le contrôle de Mitsubishi ? A l’époque cette prise de pouvoir, par le japonais à l’insu de son partenaire français, mais avec le concours du PDG de Renault, était « normale ». Aujourd’hui la même opération avec Fiat, vue par Tokyo serait « une anomalie » ?  Notons au passage que  34% du capital suffisent à Nissan pour prendre le pouvoir chez Mitsubishi, dans cette logique les 43% de Renault dans Nissan ne devraient pas poser débat .. 

On évitera de rappeler l’appui  incessant de C Ghosn pour revoir les capitalisations des deux groupes au bénéfice du concurrent nippon. 

Pour terminer le nec plus ultra l’autonomie gentiment accordée par le PDG , avec l’accord, il est vrai, des autorités de tutelle, le conseil d’administration de Renault, en décembre 2015, restera dans les anales. Ce n’est pas tous les jours qu’une société laisse partir une filiale de deux fois son poids.

Toujours est-il que la confiance entre les deux partenaires a du plomb dans l’aile. Ce n’est pas en faisant des ronds de jambes que la situation s’éclaircira 

A méditer l’éloge du Directeur de Nissan, Monsieur  Hirito Saikawal, à Monsieur Ghosn avant  de lui offrir un séjour dans le milieu carcéral japonais. (source, le 5 juillet 2017 au Nouvel Observateur)  

 « C'est le meilleur manager pour lequel j'ai travaillé. Je n'ai pas besoin de dire à quel point il est bon. Un grand leader doit être capable de digérer et comprendre une situation complexe : puis, ensuite, de donner des instructions très claires et très simples. Pour cela, c'est un génie. C'est le meilleur. ». 

 juin 2019  contact : claude.patfoort@orange.fr

 

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