ALLIANCE RENAULT-NISSAN : LA FUSION LA FAIRE POUR EN PARLER

Si Renault et Nissan restent des entreprises distinctes le rapprochement des fonctions opérationnelles entr’elles a tous les aspects d’une fusion, qui se fait par le bas et qui fort logiquement « incite également au rapprochement des directions des deux sociétés » selon les écrits du groupe pour l’assemblée des actionnaires de 2015. Aux antipodes du discours offiiciel qui réfute la fusion

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Que devient l’alliance entre Renault et Nissan ?  

«  Un outil commercial pragmatique et flexible, à même d’évoluer et d’intégrer de nouveaux projets et partenaires dans le monde entier » ? Selon l’orientation inscrite dans le document de l’assemblée générale des actionnaires du 30 avril 2015. 

La différence de performance entre les deux partenaires a largement été exploitée, y compris par son PDG (sic), pour mettre en cause la place de Renault dans l’alliance en exigeant la révision des participations croisées entre les deux constructeurs. 

Quand on fait la comparaison entre les  bilans respectifs des deux sociétés, comme « on » dit « y’a pas photo » : avantage Nissan. Curieusement alors que les bons résultats des années 2015-2016,  lui sont, justement, crédités  l’honorabilité du PDG n’a jamais, ou si peu, souffert des mauvais résultats de Renault, ni même des égarements dans sa gouvernance. L’indulgence avec laquelle ses échecs sont accueillis est stupéfiante : plus de dix ans pour que les ventes de  Renault décollent ! Combien de PDG seraient-ils encore aux « manivelles » avec un tel bilan ? Sans compter la piteuse affaire des espions, passée aux oubliettes ?, dont il serait intéressant de savoir quel en a été le « coût » pour restaurer l’image du groupe  vis-à-vis de Nissan, mais aussi de la Chine, mis en cause par le patron de l’Alliance.  Le pacte de stabilisation signé en décembre 2015 prend ici toute sa saveur : quel bonheur d’avoir l’État comme actionnaire !  

Le tableau des immatriculations des deux producteurs met un fait en évidence : le déséquilibre entre les deux partenaires de l’Alliance est largement dû à un choix de la direction générale : faire de Renault une « marque régionale » plus précisément européenne et de Nissan la marque internationale (tableau sur le blog)

.Persona non grata aux USA et jusqu’à ce jour en Chine, le groupe Renault est pénalisé vis-à-vis de  son concurrent de l’alliance, Nissan qui présent sur ces deux marchés, y vend  autant de véhicules que sur « le reste du monde » : 2,7 millions de voitures.  

Ce Yalta industriel (l’implantation d’une ligne d’assemblage de 150 000 voitures pour Renault en Chine n’y changera pas grand-chose) relativise la « performance » de Nissan. D’ailleurs sur les autres marchés le constructeur de Billancourt en immatriculations fait un peu mieux que son concurrent de l’Alliance. 

Deux autres informations la première : alors que les immatriculations de Renault au Japon restent confidentielles, celles de Nissan en France atteignent les 80 000 unités. Enfin Peugeot en 2015 à vendu a 700 00 véhicules en Chine ! 

Ainsi donc les instances dirigeantes de l’Alliance auraient décidé que le groupe Renault, contrairement à l’accord qui a donné naissance à leur union, n’a pas vocation à être l’un deux moteurs de l’alliance, au même titre que Nissan, mais plus simplement une marque régionale, d’où le constat auquel nous arrivons avec ce partage des marchés. Cet effacement du sauveur de Nissan se retrouve dans le cadre des synergies : pour éviter la dispersion, les doublons, répondre à l’exigence et leur nécessaire obligation priorité est donnée au made in japan. Cette situation est d’autant handicapante pour le constructeur français, que les fonctions communes seront construites sur ce ratio avec à la clef sa marginalisation.  Mais il y a lieu de rappeler que si elles sont unies par un accord les deux sociétés restent, en théorie, concurrentes l’une de l’autre. Deuxièmement nous ne pouvons que constater que Nissan a amplement usé de Renault pour trouver de nouveaux marchés. Enfin l’évidence qui s’impose c’est que ce déséquilibre est un alibi pour revoir les participations croisées entre les deux partenaires, au bénéficie de Nissan. 

 L’absorption de Mitsubishi va dans le même sens 

Carlos Ghosn a décidé de s’occuper personnellement du redressement de Mitsubishi et de celui ... de Renault auquel « il promet de consacrer plus de temps et d'énergie … afin de garantir que tous les membres profitent de l'avantage compétitif d'échelle que l'Alliance procure  ». 

On remarquera que Carlos Ghosn croit si peu aux vertus de l’accord de 1999 entre les deux « partenaires « de l’Alliance Renault Nissan que la solution retenue pour Mitsubishi est une montée de Nissan dans son capital. A ce propos une fois de plus le PDG de Renault a mis en cause son actionnaire de référence, l’Etat, en faisant part de soupçons quant à d’éventuelles fuites pour expliquer l’exclusion du français de l’opération. Depuis la réalisation de l’OPA de Nissan aucune proposition n’est venue pour inviter Renault à prendre à son tour une participation dans cette nouvelle filiale de son partenaire …  par contre dans le même temps le français supporte seul la remise à flot d’Avtovaz, la filiale russe en difficulté.

Le caractère opportuniste de la montée de Nissan dans le capital de Mitsubishi a fait l’objet d’une précédente analyse.L’intégration de Mitsubishi dans « l’outil commercial pragmatique et flexible … » renforcera-t-elle Renault au sein de l’Alliance ou marginalisera-t-elle davantage la société de Billancourt ?  la réponse se lit dans le tableau ci-dessus : cette question n’existe pas, sauf évènement majeur à sa tête la société de Billancourt ne sera bientôt qu’une simple marque. Par contre l’illusion d’un «  partenariat stratégique formé par les deux entreprises de taille internationale » que devait être l’Alliance de Renault avec Nissan doit perdurer, au moins tant que l’Etat français reste au capital de Renault, après ….restera encore à comprendre les raisons pour lesquelles Monsieur Ghosn aura joué la carte Nissan.                                        

 

                                                                                               Claude PATFOORT le 10 mars 2017    contact@renew.srta

 

 Annexe : évolution de l’Alliance à voir sur http://www.renew-srta.fr/blog/

 

 

 

 


[1] Site intranet Renault www.daciagroup.com

[2] Document de référence 2014, page 46

[3] Document de référence Renault, 2012, p.223.

[4] Document de référence Renault, 2012, p.223.

 

 

 

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