ALLIANCE Renault-Nissan On prend les mêmes et on recommence ?

Carlos Ghosn hors jeu, les dirigeants de Nissan réclame un rééquilibrage dans le capital de Renault et de Nissan, en clair ils nous disent : « oui à l’alliance à nos conditions … ». L’attitude des dirigeants de Nissan et celle de certaines autorités japonaises vis-à-vis de Renault est pour le moins difficile à digérer.

ALLIANCE RENAULT –NISSAN

ON PREND LES MÊMES ET ON RECOMMENCE ?

Ou Monsieur Senard le nouveau PDG de Renault, est costaud ou c’est un naïf.  Découvrir dans le document de référence qui servira de support à la prochaine assemblée générale des actionnaires du 12 juin, le message suivant, du nouveau Président de Renault 

« Premièrement, la gouvernance du groupe a été renouvelée avec une exigence d’équilibre, de diversité des compétences et des profils, tout en étant fondée sur une éthique solide. Ensuite, nous avons souhaité un nouveau départ pour l’Alliance. Sa structure et son organisation ont été repensées pour garantir l’équilibre des pouvoirs, favoriser le dialogue et la fluidité.

C’est aujourd’hui une Alliance plus forte et plus efficace face aux défis qui nous attendent. Pour le Groupe Renault, cette nouvelle structuration est le gage d’une confiance partagée au sein de l’entreprise, avec nos investisseurs et l’ensemble de nos partenaires. C’est aussi la clé du succès pour consolider la réussite du Groupe, dans le cadre des objectifs stratégiques du plan Drive the Future et bien au-delà. J’en ai la conviction, le groupe est maintenant doté de tous les atouts pour pouvoir grandir profitablement et humainement. »

est surprenant. Je passerais rapidement sur le fait que la méthode employée est sujette à caution. Ce type de décision est du ressort d’une assemblée  générale des actionnaires.

Sur le fond faire confiance à des gens qui ont si ce n’est  encouragé à tout le moins couvert  l’ex PDG de Renault et de Nissan-Mitsubishi dans ses turpitudes, laisse dubitatif. Il est pour le moins désagréable de constater que la gouvernance de notre société est confiée à des individus aussi versatiles, capables de changer d’avis en fonction de l’humeur du Président, disposition dont, paraît-il « les imbéciles » sont dépourvus. La rapidité avec laquelle le conseil d’administration de Renault est revenu sur des « droits » octroyés au PDG de Renault avant son arrestation, est un bon indicateur  du degré d’indépendance, nous ne dirons pas de complaisance de cette institution. Dans un autre registre que dirait de Monsieur Senard, le Directeur de Nissan, Monsieur  Hirito Saikawal, à qui  l’on attribue cette couronne de lauriers tressée à Monsieur Ghosn (source, le 5 juillet 2017 au Nouvel Observateur) ? :  

 

 « C'est le meilleur manager pour lequel j'ai travaillé. Je n'ai pas besoin de dire à quel point il est bon. Un grand leader doit être capable de digérer et comprendre une situation complexe : puis, ensuite, de donner des instructions très claires et très simples. Pour cela, c'est un génie. C'est le meilleur. ». 

Autant de claire voyance (ou clairvoyance) étonne de la part de quelqu’un dont le rôle dans « l’affaire Ghosn » reste trouble : lanceur d’alerte, traitre … ? Il est vrai que le directeur de Nissan parlait de son ex mentor, alors au zénith de sa puissance, avant de lui offrir un aller, pour l’instant sans retour, dans le milieu carcéral japonais, 

Les trésoreries de Nissan et celle de  Renault à un degré moindre, ont servi de fond de roulement à la « Ghosn compagnie » pour son argent de poche. L’épouse de Monsieur Ghosn est bien seule à croire en l’innocence de l’ex imperator. Ce n’est pas nous qui allons plaindre  celui que les japonais élevèrent au rang de demi-dieu et qu’ils envoient, aujourd’hui, brûler en enfer. Pour avoir, bien avant le 19 novembre, émis des doutes sur la gouvernance de Monsieur Carlos Ghosn, nous nous sentons autorisés à nous exprimer  sur la tournure des événements depuis ce fameux 19 novembre 2018.  Cependant, quoi que l’on pense de l’intéressé, et même si la présomption d’innocence à son égard relève d’un cas d’école, celui qui fut, pendant une courte période, à la tête du premier regroupement mondial de véhicules automobiles, doit pouvoir se faire entendre. De quoi ont peur ses accusateurs ? Les autorités judiciaires japonaises, probablement pour protéger les droits de l’accusation, restent discrètes quant aux suites données à la mise en  examen de la société Nissan. Il n’en demeure pas moins  que la responsabilité de celle-ci est engagée pour avoir couvert l’ancien PDG (qui lui n’a  droit au régime au de faveur accordé à ses détracteurs). La générosité de notre allié envers son Président déchu est surprenante, au point que l’hypothèse d’un « deal » ne serait pas une révélation. Qui est le corrompu, qui est le corrupteur ?  Aussi la différence de traitement entre les deux mises en examen peut surprendre. 

Une déclaration  du Directeur Général de Nissan  restera comme un chef d’œuvre. Au quotidien Les Echos qui lui demande ; le 15 janvier 2019, s’il était vraiment possible que personne n’ait été au courant de ces agissements au sein de Nissan, Hiroto Saikawa répond :  

« je comprends que l’on puisse se poser cette question. Mais il faut comprendre que monsieur Ghosn du fait de ce qu’il a accompli avait un grand crédit au sein du groupe. Il était respecté et avait acquis encore plus de pouvoir. Encore plus parce qu’il représentait d’une certaine façon Renault qui représente le principal actionnaire de Nissan. C’est un fait culturel qui n’excuse pas un défaut de surveillance, mais qui peut expliquer le fait qu’il n’y ait pas eu d’alerte plus tôt… » 

Avec beaucoup d’aplomb les autorités japonaises font payer l’addition à Renault  au prétexte de sa proximité  avec l’ancien PDG de deux groupes. Nous noterons que c’est la première fois qu’un représentant de Nissan reconnaît la hiérarchie entre Renault et sa filiale. Hors quiconque  connait le dossier  sait que l’Alliance a plus profité au constructeur japonais qu’au français. 

Dans un précédent article je suis revenu sur le fameux  « pacte de stabilisation » de décembre 2015 que nous devons soit-il-écrit en passant à Monsieur Macron, alors  Ministre de l’économie. Dans cet accord il existe une clause de non-interférence de Renault dans la gouvernance de Nissan, « conservant une pratique en vigueur depuis 16 ans » ? ».Sur le sujet  à une question posée dans le cadre de  l’assemblée  générale des actionnaires de 2016, il nous est précisé :  « Renault a simplement formalisé sa pratique de vote en vigueur depuis le début de l’Alliance, qui consiste pour elle à ne pas intervenir activement dans la gouvernance de Nissan ». Cet accord, (qui prive RENAULT d’un principe fondamental, celui pour tout actionnaire de faire valoir et défendre ses droits) imposé par Nissan avec l’aval de Ghosn donne  de fait aux japonais une indépendance vis-à-vis de la maison mère.  A contrario il ne peut donc être reproché à Renault d’avoir influencé de quelque manière  que ce soit une quelconque décision de son vassal.

 Le conseil d’administration de Renault  n’est pas exempt de tout reproche bien au contraire. Diverses affaires ont émaillé la présidence de Carlos Ghosn. Si nous ne pouvions deviner la tournure des derniers événements nous avions émis des doutes sur de potentielles dérives. Fort à propos nous nous sommes interrogés sur la gouvernance du groupe, ainsi en 2017 dans une question écrite nous avions mis en garde les administrateurs :

  En plusieurs occasions le groupe a dû faire face à des situations difficiles, sans porter de jugement sur le fond : « affaire des espions, régulateurs de vitesse » et dernièrement des mises en causes sur certains contrôles antipollution. Sur cette dernière affaire, s’agit-il d’une fraude (mise en place de moyens pour délibérément tromper le client) ou d’une « optimisation » des moyens de contrôle ? Pour éviter ces situations, qui peuvent toucher d’autres secteurs de l’entreprise (achats), des dispositifs particuliers sont-ils envisagés ? Le conseil d’administration dispose-t-il des contre-pouvoirs nécessaires « droit d’alerte » pour protéger l’entreprise ? »

Les organes de contrôle des comptes  sont eux aussi impliqués. Les sommes en cause sont conséquentes. Comment les commissaires aux comptes de Renault et de Nissan ont-ils pu passer à côté alors même qu’ils participent à l’Assemblée Générale de Renault ?

 L’Alliance on continue ?

 La décision ne peut-être prise à la légère, le maillage des deux groupes incite à la prudence

L’alliance entre Renault et Nissan doit-elle perdurer ?  A-t-elle seulement réellement existée ? En tout cas depuis 2014 et la mise en place de directions communes aux deux parties  l’Alliance de mars 1999 a vécu.

Carlos Ghosn hors jeu, les dirigeants de Nissan réclame un rééquilibrage dans le capital de Renault et de Nissan, en clair ils nous disent : « oui à l’alliance à nos conditions … ». L’attitude  des dirigeants de Nissan et celle de certaines autorités japonaises vis-à-vis de Renault est pour le moins difficile à digérer.  Les actionnaires japonais sont ultra minoritaires dans le capital de Nissan alors à qui profite le crime ?, pour qui le ministère japonais de l’industrie a-t-il mis cette cabale sur pied ?

 Cette querelle franco-japonaise ressemble étrangement à « un incident » entre le Pays du Soleil Levant et la France, dans ce qui était l’Indochine dans les années 1940.  Espérons que le bon sens l’emportera dans l’intérêt des deux pays.

 Claude PATFOORT le 2 3 avril 2019

 Contact claude.patfoort@orange.fr – BLOG :  RENEW-SRTA

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