Halte à l'éol-bashing !

Nous devons dénoncer avec force l’éolien-bashing que pratiquent avec gourmandise les médias français. Même France Culture, qu’on a connu mieux inspirée, s’y est mise récemment, cédant aux sirènes populistes. Minute, Rivarol ou Closer n’auraient pas fait pire.

Dans une article paru la semaine dernière dans les Echos, le directeur d’AREVA dénonçait l’EPR bashing qu’il disait constater depuis que la presse s’était mise à parler des problèmes (bien réels) du couvercle de la cuve du réacteur et des dérapages financiers du chantier (encore plus réels : 10 G€ à ce jour au lieu de 3 G€ au devis).

Il faudrait qu’un capitaine d’industrie éolienne prenne la plume pour dénoncer, par voie de communiqué de presse ou par l’obtention d’un article dans un titre neutre, l’attitude intolérable de dénigrement systématique de la filière, avec des enquêtes à charge à répétition (plusieurs fois par an) et la place disproportionnée qu’occupent les opposants dans la prise de parole. Le procès de l’éolien est fait en permanence et ne reflète pas l’opinion positive qu’ont de l’éolien la majorité des Français, ni l’écrasante majorité de ceux qui habitent près d’un parc en fonctionnement.

Ce déséquilibre rappelle la place qu’a été donnée, sous prétexte de liberté d’opinion, aux climato-sceptiques dans le débat publique. La problématique du dérèglement climatique nous était fréquemment présentée comme un vaste complot et la parole des climatologues systématiquement dénigrée devant caméras et micros.

On a l’impression que les micros ne sont ouverts qu’à ceux qui s’opposent à l’éolien, répandant le sentiment qu’ils sont une majorité et que leur vie est rendue impossible par la proximité d’un parc. A l’instar de ce sénateur socialiste dont les propos toxiques et mensongers ont été largement relayés par la presse lorsqu’il a présenté et fait voter en février dernier un amendement anti éolien dans le projet de loi TECV, accusant les machines d’être « infernales », alors que cet élu, qui s’est donnée la mort depuis, n’a aucune éolienne dans son département d’Indre et Loire.

Les postures anti éoliennes sont devenues un passage obligé, une sorte de marronnier, pour une majorité des rédactions en France, comme si elles se sentaient tenues de participer à l’entreprise de démolition orchestrée savamment par des associations nationales aux moyens infinis. Ces rédactions sont tellement avides de scandales qu’elles sont prêtes à oublier et à condamner les plus de dix mille hommes et femmes qui travaillent dur pour contribuer à l’essor de la filière en France, préférant ne parler que des « fortunes colossales » et du « racket des Français » par les « escrocs du vent ». Le complot vous dis-je, voilà qui fait vendre !

Quelle rédaction nous parle des industriels reconnus dans le monde entier pour leur savoir-faire et leurs exportations comme Rolix en Vendée ou Nexans en Picardie ? Industriels qui fournissent les meilleurs fabricants mondiaux de turbines ou les chantiers les plus complexes. Quelle place est donnée dans la presse grand public aux usines de fabrication d’éoliennes qui sortent de terre en ce moment à Saint Nazaire ou à Cherbourg pour Alsthom ou même pour AREVA ? Quel titre rappelle que la Chine produit depuis deux ans plus d’électricité éolienne que nucléaire ?

N’est-il pas étonnant que le moyen de production d’électricité désormais le plus installé dans le monde soit, alors que la France bénéficie des conditions géographiques les plus favorables en Europe, devenu le plus décrié chez nous ?

Ne doit-on pas se poser légitimement la question de savoir pour quelles raisons cette technologie ayant partout fait ses preuves - de la Chine aux USA, de l’Espagne au Danemark -, est-elle victime d’autant de calomnies et désinformations dans le pays le plus nucléarisé de la planète ? Alors que chez nous les raisons de s’indigner par ailleurs en matière de décisions énergétiques crèvent les yeux actuellement et crèveront nos poches demain. En espérant que ces décisions d’investissements énergétiques, dans le neuf (EPR), comme dans l’ancien (« grand carénage »), ne crèvent pas nos territoires d’ici là.

Qu’ils crèvent nos territoires littéralement, comme certaines machines vraiment infernales l’ont fait en Ukraine ou au Japon : ce n’est pas là une vue d’esthète des paysages.

Les accusations portées contre l’éolien ne sont-elles pas dérisoires à la lumière de ces risques ?

Alors, pourquoi tant de haine contre les moulins ?

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