Les démographes connaissent bien la notion de transition car c’est par elle qu’ils expliquent le basculement majeur qu’ont connu nos sociétés modernes entre les 18e et le 20e siècle. Pour faire simple, nous sommes passés d’un régime de fortes natalité et mortalité, à la situation actuelle où les deux sont faibles.
Mais avant d’en arriver là, les société occidentales (principalement) ont connu une période dite de transition démographique, au cours de laquelle elles sont passées par différents stades, à l’issue desquels la population a notablement augmenté pour finir par se stabiliser.
En matière d’énergie, contrairement à ce que nous avons constaté depuis ces 150 dernières années au cours desquelles la richesse économique et la puissance industrielle d’une nation se sont bâties sur la base d'une énergie abondante et pas chère, tout porte désormais à croire que cette puissance et cette richesse se baseront à l’avenir sur la capacité d'une société à s'adapter et à vivre avec une énergie rare et chère. Voilà ce que pourrait être la définition de la transition énergétique.
Courir derrière le mythe prométhéen d'une énergie inépuisable et - en apparence - bon marché, comme le fait la France depuis 40 ans avec son programme électronucléaire, est non seulement un non-sens philosophique par la négation même de la finitude des ressources naturelles que cette posture implique. Mais c'est également, et cela devient chaque jour plus clair, une fausse route sur le plan économique : la poursuite obstinée sur cette voie conduit notre pays à sa perte.
Le bien commun commanderait en 2012 que toutes nos énergies – a propre comme au figuré - soient déployées à travailler pour nous donner une capacité de résilience face aux pénuries qui s'annoncent. Développer la capacité d'adaptation à cette nouvelle situation est un acte émancipateur qui tend à libérer les individus et les sociétés de l'emprise de ses conditionnements et de ses addictions.
Ce n’est pourtant pas le chemin qu’on nous montre avec les réductions des taxes sur les carburants ou la subreptice promotion des gaz de schistes, sans parler des mirages récurrents que l’industrie nucléaire nous offre à voir avec sa mirifique 4ème génération de réacteurs ou son projet ITER.
L'industrie française du XXIe siècle ne se construira pas sur les bases d'un modèle de société du 20ème siècle. Il serait temps que notre oligarchie dite éclairée (illuminée ?) le comprenne. Sans quoi cela nous empêchera d'entamer notre transition énergétique et le pays n'aura aucune chance de voir le XXIe siècle en face.