Traversée de l'Atlas. Acte 4

Magnifique route serpentant l'Atlas entre Marrakech et Aït Benadou

Certes avec des nombreuses haltes, mais le voyage nous a pris plus de sept heures pour faire 160 km.

Nous découvrons enfin cette incroyable cité bâtie en terre au début du XVIIè siècle sur la rive d'un très large lit d'un cours d'eau de la même couleur que les bâtiments, un ocre très foncé, presque marron.

La lumière de cette fin d'après midi donne à ce paysage des teintes uniques par l'harmonie qui se dégage de cette parfaite intégration de la cité dans son environnement.

La Vieille ville, située rive gauche, semble inhabitée, mis à par quelques boutiques pour touristes situées le long du chemin qui monte jusqu'au point culminant.

Classée Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO, elle fait l'objet de quelques aménagements de préservation ; apparemment efficaces.

Sur la rive opposée un village plus récent concentre les habitations et, surtout, l'offre de services touristiques puisque hôtels, gîtes et restaurants se succèdent le long de la route principale qui traverse le site en une ligne droite parallèle à l'oued sur moins d'un km.

Heureusement les bâtiments de ce côté-ci ne dépareillent pas trop du reste du site : toutes les façades sont faites dans les mêmes matériaux et couleurs (ce qui interpelle Rubén depuis le début).

Le lendemain nous découvrons Taroudant, ville chaotique à l'image de Marrakech. Fortifications tout aussi impressionnantes.

Fatigue accumulée qui s'ajoute aux sévères dérangements intestinaux. Marre de manger toujours la même chose : tajines et couscous. Nous attendons toujours de voir, de rencontrer la savoureuse cuisine marocaine dont on nous a tant parlé.

Les Marocains sont vraiment très gentils en général. Il est bien agréable de pouvoir les côtoyer de près, immergés dans leur quotidien, comme nous avons eu l'occasion de le faire ces derniers jours, sans que à aucun moment nous nous sentions importunés au-delà de leur conception très ancrée du commerce.

Si on arrive à dépasser notre idée très occidentale du rapport client/vendeur, et que l'on comprend que non seulement leur mode de fonctionnement est héritage ancestral de ces peuplades nomades qui faisaient du troc et du commerce un mode de se relationner ; mais si l'on comprend également que ces petits commerçants et artisans voient en nous Occidentaux ce que nous sommes en toute objectivité, c'est-à-dire des touristes issus des pays au pouvoir d'achat de 4 à 10 fois au moins supérieur au leur ; alors il nous sera possible d'apprécier un fait tout de même assez marquant, surtout dans le contexte mondial actuel d'expansion des fanatismes ; le fait que malgré l'omniprésence de la religion et malgré la rigueur avec laquelle la quasi totalité de la population observe ses préceptes, à aucun moment jamais personne ne nous a fait sentir notre décalage vestimentaire ou notre comportement - comme marcher dans la rue en couple l'un dans les bras de l'autre -  telle que cela se produirait sans doute dans tout autre pays musulman.

Rien que ce signe de tolérance mérite d'être salué comme une vraie réussite de cette société marocaine, victime pourtant d'un joug certain et en proie pour une large part de la population rurale à une pauvreté frôlant la misère. Cela se voit au nombre d'estropiés qui parcourent les rues, ou de mendiants, ou de vendeurs ambulants aux étales n'offrant qu'une marchandise unique.

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