Quand le conservatisme infiltre la transition : « Cachez moi ce(tte île de) Sein que je ne saurais voir »

Notre pays s’est donné pour ambition de promulguer une loi de Transition énergétique qui se veut et se proclame un modèle pour le reste du monde, ambitionnant de devenir la référence dans la lutte contre les émissions de GES. La tenue de la COP 21  en décembre prochain donnera une visibilité exceptionnelle aux avancées permises par une loi qui pourrait être exemplaire ; loi qui se veut soucieuse de rendre notre économie enfin compatible avec la préservation de nos ressources et de notre environnement ; tout en permettant la création de dizaines (centaines ?) de milliers d’emplois.

Pourtant, ces nobles soucis semblent devoir composer avec d’autres intérêts dont la défense est n’a pas sa place dans ce texte de loi.

On peut s’étonner, en effet, de constater que les initiatives locales pour rendre autonomes les îles non interconnectées se voient tuées dans l’œuf par le souci de préserver les intérêts de l’actuel opérateur réseau, ERDF.

Filiale à 100 % du producteur historique (en contradiction avec les directives européennes), la perpétuation de son quasi-monopole sur le territoire national semble peser plus lourd que la recherche d’une efficacité incontestable dans cette logique bas carbone dont le PLTECV se veut pourtant le pilier.

L’île de Sein est un exemple symptomatique de cette dérive : alors que plus de 400 000 € par an sont consacrés par EDF à l’achat de fioul (qu’il faut acheminer 2 fois par semaine par bateau) pour produire l’électricité dont les îliens ont besoin, le PLTE , dans sa dernière version, refuse à la population locale :

·         le droit de la produire avec des sources renouvelables locales,

·         de gérer son propre réseau.

La logique de ce refus est, d’abord, incompatible une la stratégie bas carbone qui cherche à diminuer, sinon à éliminer, la consommation de combustibles fossiles. Qui plus est financés par la CSPE, taxe payée par tous les consommateurs, y compris les plus vertueux.

La lutte contre les émissions de GES ne mérite-t-elle pas que nos parlementaires osent enfin s’opposer aux intérêts catégoriels et aux conservatismes dont la société française et le climat en sont les premières victimes ?

Reconnaître aux habitants de ces territoires isolés le droit à prendre en main leur destin énergétique n’est-il pas le meilleur moyen d’encourager l’avènement de territoires à énergie positive pour la croissance verte (TEPCV) dont l’émergence est pourtant encouragée activement par les pouvoirs publics ?

Il serait opportun que cette loi, qui se veut de transition, se soucie avant tout de celle-ci et en fasse sa seule priorité ; ignorant les pressions des lobbys qui ont une conception passéiste du service public : notion bien utile pour s’infiltrer dans les débats mais avec peu de souci réel d’un service au public.

Il faut donner aux habitants de Sein - et de tant d’autres îles dans son cas - la possibilité de se comporter en citoyens adultes et responsables de leur destin. Nos ingénieurs et nos industriels n’attendent que ce signal pour se lancer sans regrets dans la course mondiale pour la révolution énergétique en marche : smart grids et technologies renouvelables peuvent faire de notre pays un des leaders de ces secteurs en créant des emplois. Ce n’est ni AREVA (qui licencie massivement), ni encore moins EDF (priée de financer son sauvetage), qui embaucheront les cohortes de jeunes qui s’impatientent d’entrer dans la vie active.

Ce serait un formidable signal pour toute la société et la France pourra alors prétendre pleinement à la place d’avant-garde qu’elle revendique.

 

 

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