De Philadelphie à Ouistreham

Tous les êtres humains ...ont le droit de poursuivre leur progrès matériel ... dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales.(Déclaration de l'OIT à Philadelphie, mai1944). L'expérience récente de Florence Aubenas à Caen démontre qu'aucune de ces garanties n'est assurée aux victimes de la désindustrialisation.

Tous les êtres humains ...ont le droit de poursuivre leur progrès matériel ... dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales.(Déclaration de l'OIT à Philadelphie, mai1944). L'expérience récente de Florence Aubenas à Caen démontre qu'aucune de ces garanties n'est assurée aux victimes de la désindustrialisation. Comment en est-on arrivé là, avec le système-de-protection-sociale-que-le-monde-entier-nous-envie? La réponse est dans la question: Ce système n'a plus comme objectif que le contrôle et la réduction du nombre de ses bénéficiaires. En sous-traitant l'orientation des demandeurs d'emploi à des prestataires privés il fait du travail une marchandise et favorise l'intérim au dépens de l'artisanat et des PME/TPE.Comme alternative au parcours du combattant imposé aux demandeurs d'emploi, on propose dans la suite l'organisation directe d'entretiens d'embauche simultanés et leur évaluation comparative.

L'artisan ou le patron de PME/TPE qui envisage de recruter lui-même un collaborateur devra passer des annonces, convoquer des candidats, mener des entretiens et choisir son futur collaborateur en espérant qu'entre temps l'heureux élu n'aura pas trouvé une place ailleurs. L'investissement en temps et l'incertitude du résultat découragent la plupart des artisans de et les force à recourir à une agence ou à l'intérim.

Les agences, comme les DRH des grands groupes, sélectionnent les demandeurs d'emploi sur épreuve écrite (la rédaction du C.V.) éventuellement suivie d'une épreuve orale( l'entretien d'embauche) En principe donc le même schéma que pour le baccalauréat. A ceci près que les candidats au bac sont notés à l'écrit et à l'oral sur leurs aptitudes et connaissances, alors que le demandeur d'emploi est catalogué par un spécialiste du traitement de la ressource humaine sur sa disponibilité, ses exigences, parfois sur son expérience professionnelle, plus souvent sur des critères moins avouables. En fait ce mode de sélection détourne plus qu'il ne rapproche les victimes de la désindustrialisation de leur débouché naturel : l'emploi dans l'artisanat et les PME.

Dans les bassins d'emploi sinistrés, la plupart des demandeurs se déclarent prêts à faire n'importe quoi, alors que les artisans/PME, même à court de personnel ne sont pas prêts à prendre n'importe qui. Cependant il existe chez les uns des aptitudes et une expérience professionnelle qui serait directement utilisable chez les autres, si le parcours d'orientation était simplifié et clarifié.

Un processus alternatif: les entretiens simultanés

Sortons un peu des sentiers battus. Imaginons qu'une organisation (CCI par exemple) centralise les offres d'emploi de ses affiliés artisans ou PME/TPE dans une région. Disons qu'elle en ait enregistré 20 au bout d'un mois, et qu'elle publie alors, sans autre précision, une offre groupée de vingt postes dans le secteur, ne retenant que les 20 premiers demandeurs inscrits. On réunit ensuite les 20 demandeurs et les 20 recruteurs pour les postes publiés, le même jour dans le même lieu où chacun des recruteurs dispose d'un bureau pour y mener 5 entretiens. Chacun des 20 demandeurs choisit sur catalogue 5 offres pour lesquelles il veut avoir des entretiens, qu'on ne peut lui refuser.

Après avoir eu 5 entretiens, chaque recruteur et chaque demandeur donne un classement de 1 à 5 de ses préférences(1 pour le partenaire qu'il préfère, 5 pour celui qu'il préfère le moins). En combinant ces préférences, on peut alors trouver pour chaque poste le demandeur le plus intéressé parmi ceux que le recruteur a préféré.

Ce processus atypique a été mis au point et testé en simulation dans une étude de faisabilité du volontariat inter-régional, publiée ici sur Mediapart. On trouvera plus de détails techniques dans l'article sur l'orientation des volontaires (cliquer ici). Des simulations répétées avec des choix aléatoires ont montré que l'évaluation comparative des entretiens désigne dans 80% des cas le demandeur le plus susceptible de trouver un accord raisonnable avec le recruteur. Accord qui doit bien entendu être finalisé par les deux parties. L'avantage sur le processus classique est que l'investissement en temps et en déplacements est minimum pour les recruteurs comme pour les demandeurs et qu'il ne fait pas intervenir d'intermédiaires.

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