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Billet de blog 1 janv. 2021

Mettre fin au terrorisme de l'air venu de France

Régulièrement par des hélicoptères, des bombardiers, pire par des drones, la France pulvérise ou blesse atrocement avec des bombes des dizaines d’êtres humains en Afrique pour l’unique raison qu’elle les qualifie de terroristes.Tout rassemblement humain suspect peut être l’objet d’une frappe par surprise. Il  faut mettre fin à ce qu'on a déjà souvent qualifié de "terrorisme de l'air".

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Régulièrement par des hélicoptères, des bombardiers, pire par des drones, la France pulvérise ou blesse atrocement avec des bombes des dizaines d’êtres humains en Afrique pour l’unique raison qu’elle les qualifie de terroristes. Tout rassemblement humain suspect peut être l’objet d’une frappe par surprise. S’il y a des vieillards, des femmes, des enfants dans le lot ou des hommes qui ne sont pas favorables à la rébellion djihadiste, on parlera de dégâts collatéraux. Mais le plus souvent on ne parlera de rien du tout car ces massacres collectifs sont quasiment ignorés des médias.

Ces opérations, particulièrement lorsqu’elles sont effectuées par des drones qui poussent à son comble avec la lâcheté des assassinats leur imprévisibilité, entretiennent chez les populations à proximité desquelles elles interviennent une terreur diffuse. Le philosophe Grégoire Chamayou, qui s’est intéressé de près à la question des drones tueurs américains dans son ouvrage Théorie du drone (La Fabrique éditions, 2013), note, en citant plusieurs études et reportages, que « les drones pétrifient. Ils produisent une terreur de masse, infligée à des populations entières. C’est cela, outre les morts et les blessés, les décombres, la colère et les deuils, l’effet d’une surveillance létale permanente : un enfermement psychique, dont le périmètre n’est plus défini par des grilles, des barrières ou des murs, mais par les cercles invisibles que tracent au-dessus des têtes les tournoiements sans fin de miradors volants ».

Ce terrorisme de l’air mené activement par la France n’est justifiable d’aucune façon. Il est d’autant plus intolérable qu’il s’accompagne comme le souligne Mediapart de ce jour d’un soutien à des politiques antidémocratiques et méprisantes des droits humains menées à l’intérieur des États africains : « Soucieuse de protéger ses intérêts géostratégiques et économiques, la France n’a pris aucune distance vis-à-vis de Faure Gnassingbé, dont la famille dirige depuis 53 ans le Togo et qui s’est présenté, en février, pour un quatrième mandat en contournant la Constitution et au prix d’une réduction drastique des libertés publiques, avec des dizaines de morts et d’arrestations à la clé. » Voilà un des nombreux exemples donnés par Mediapart du mépris des droits de l’homme par la France au nom de la lutte dite « antiterroriste ».

L’argument selon lequel cette lutte devrait être menée par n’importe quel moyen parce qu’elle est conforme au vœu majoritaire des populations des pays concernés ne tient pas. D’abord si la France se veut réellement défenseur des droits de l’homme, elle ne peut mener des actions qui atteignent à la pire barbarie sous prétexte qu’elle le ferait pour répondre au vœu d’une population étrangère. Ensuite il apparaît clairement, au Mali par exemple, que ce terrorisme de l’air dénoncé par l’opposition ne correspond pas aux vœux des forces actuellement au pouvoir parce que celles-ci recherchent la négociation avec des djihadistes maliens. On pourrait même dire que le terrorisme des opérations Barkhane a pour fonction de saborder les négociations engagées en creusant le fossé entre les gouvernementaux et les rebelles.

Selon Médiapart encore, un diplomate basé dans une capitale ouest-africaine estime qu’ « aujourd’hui tous nos choix sont conditionnés soit aux intérêts économiques de la France, soit à la lutte contre le terrorisme. » Le choix du terrorisme de l’air qui travestit l’image de la patrie des droits de l’homme nourrit aussi un sentiment d’hostilité vis-à-vis de la France et une volonté de rejet qui apparaît précisément contraire à nos intérêts économiques.

2021 doit être pour la France l’occasion de réfléchir à sa propre barbarie et de mettre fin à ces opérations assassines. En attendant de mettre fin à sa politique néocoloniale vis-à-vis de l’Afrique et de s’engager résolument pour la paix et le retrait de ses troupes.

une manifestation antifrançaise à Bamako au Mali le 22 septembre 2020

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