Jean-Yves Le Drian, le ministre sanglant

Dans le journal de France 2 du 14 janvier 2017, Maryse Burgot, en direct de Bamako au Mali, rapporte un crime imputé à l’armée française : le meurtre d’un enfant de 10 ans. Elle rapporte en même temps la réaction du ministre de la défense d’alors, Jean-Yves Le Drian...

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Dans le journal de France 2 du 14 janvier 2017, Maryse Burgot, en direct de Bamako au Mali, rapporte un crime imputé à l’armée française : le meurtre d’un enfant de 10 ans. Elle rapporte en même temps la réaction du ministre de la défense d’alors, Jean-Yves Le Drian : « Oui, un mineur a bien été tué dans un champ par l’armée française mais il était soupçonné de renseigner les djihadistes... »

 

L’homme qui monte ainsi au créneau pour défendre une des pires exactions de l’armée qu’il administre est dans la logique d’un comportement qu’il suit depuis 2013, celui d’un guerrier sans merci. Dans son livre La guerre de la France au Mali (1), Jean-Christophe Notin démontre précisément comment l’ami de Hollande a poussé le successeur de Sarkozy, élu au moins en partie pour son pacifisme revendiqué, à bombarder les rebelles maliens. C’est lui qui fera ensuite de l’opération Serval une véritable guerre de reconquête, poursuivant les djihadistes à l’extrême nord du Mali, les traquant dans le massif des Ifoghas, organisant des raids qui tourneront au massacre pour assassiner les chefs.

 

Avec l’opération barkhane, Le Drian fait franchir un nouveau palier à la répression meurtrière. L’armée française élargit son intervention à tout le Sahel en mettant des moyens d’action particulièrement meurtriers au service d’Etats engagés dans une répression dite « antiterroriste » particulièrement oppressive. Dans son livre L’Afrique, nouvelle frontière du djihad ? (2), Marc-Antoine Pérouse de Montclos invite à réfléchir sur cette politique du pire : « Les armées occidentales n’ont ni la capacité ni la vocation à se substituer à des États défaillants en Afrique, en particulier quand elles exécutent une politique de terre brûlée. Le capital de sympathie dont elles jouissent au moment de leur débarquement peut très vite s’épuiser et les « forces de libération » se transformer en troupes d’occupation, nourrissant les accusations de néocolonialisme à mesure que leur présence se prolonge… Il convient à cet égard de souligner combien l’option de la répression contribue à alimenter le djihadisme en créant des martyrs et en permettant de présenter les musulmans comme des victimes de l’impérialisme occidental. Fort nombreux, les dégats « collatéraux » des opérations militaires, en particulier, provoquent la colère des civils et poussent les victimes à rejoindre les insurgés par opportunisme, vengeance ou besoin de protection face à des États défaillants. Ces dynamiques de recrutement sont trop souvent ignorées car l’accent mis sur les atrocités djihadistes tend à escamoter les exactions des armées locales ou des troupes d’occupation qui poussent les jeunes à rejoindre les rangs des rebelles pour échapper à des arrestations préventives et à la torture en prison. »(3)

 

Dans un article éloquemment intitulé : « Sahel, les militaires évincent le Quai d’Orsay" , Rémi Carayol, journaliste au Monde diplomatique, après avoir rappelé l’implication décisive de Le Drian dans le déclenchement de Serval avec celle du général Puga, chef d’État major particulier de Hollande, écrit : « M. Le Drian, devenu ministre des affaires étrangères de M. Emmanuel Macron en 2017, pose dorénavant en principal interlocuteur des chefs d’État du pré carré africain ; son cabinet a pris le dessus sur la cellule Afrique de l’Elysée ainsi que sur l’administration du Quai d’Orsay. Manifestant peu d’intérêt pour le respect des droits humains, le ministre a tissé des relations personnelles avec M.Deby (4), mais aussi avec le président du Congo Denis Sassou Nguesso, ou encore avec le chef de l’État égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. » Tour l’article de Carayol est nourri de récriminations d’anciens ou d’actuels fonctionnaires du Quai d’Orsay qui déplorent de voir le ministère des Affaires Étrangères, sous l’égide de son chef, échapper à la diplomatie et même tout simplement à la politique pour devenir l’instrument de militaires sans états d’âme. Il poursuit ainsi : «Face à l’essor des mouvements djihadistes, le prisme sécuritaire produit une vision binaire, selon laquelle il s’agirait d’un combat entre le « Bien » et le « Mal ». Or certains groupes armés s’apparentent plus à des mouvements très localisés, guidés par des revendications sociales et économiques, qu’à des terroristes « fous de Dieu ». Une fois cette réalité balayée, il est inenvisageable de négocier avec eux, comme l’avait suggéré la conférence d’entente nationale organisée par les autorités maliennes en avril 2017. « Nous sommes engagés dans un combat sans ambiguïtés contre ceux qui se revendiquent du terrorisme. Et donc il n’y a qu’un moyen, il n’y en a pas deux. » 

 

C’était le ministre des affaires étrangères de l’époque, Jean-Marc Ayrault, qui déclarait cela, reprenant les formules ressassées par Le Drian, le ministre des armées d’alors. Que ce ministre qui, en soutien à l’armée, justifiait à peu près au même moment le meurtre d’un gamin se trouve maintenant ministre des affaires étrangères et ne cesse de témoigner de son engagement belliciste montre, hélas, que la France est loin d’être sortie d’une guerre qui la déshonore.

 

Notes :

(1)Tallandier, 2014

(2) La Découverte, 2018

(3) p.153-155

(4)Idriss Déby Itno, président du Tchad où, en février dernier, l’aviation française bombarde une colonne de chars de l’Union des forces de la résistance (UFR), un mouvement de l’opposition armée tchadienne.

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