Résultats électoraux en Sardaigne, ou l'impasse du «ni-droite-ni-gauche»

Les résultats des élections régionales en Sardaigne sont sans appel : quand le Mouvement 5 Etoiles s'effondre, c'est la droite (extrême) qui en profite. Au-delà de l'impact sur le rapport de force entre partenaires de la coalition au pouvoir en Italie, cela permet de s'interroger sur l'impasse que représente la volonté de dépasser le clivage droite-gauche.

Deux semaines après les élections régionales dans les Abruzzes, le scénario se répète en Sardaigne. Les résultats électoraux qui tombent ce lundi sont sans appel : le Mouvement 5 Etoiles enregistre un recul extrêmement important en un an, tandis que la force qui en profite est la Ligue.

Le Mouvement 5 Etoiles passe en effet de 42,5 % et près de 370.000 suffrages obtenus le 4 mars 2018 à tout juste 11 % et 85.000 voix à ce scrutin régional. C’est une défaite sans appel tandis que du même coup, la Ligue fait une apparition fracassante dans le paysage politique de l’île. Jamais présente lors d’une élection régionale sardeelle recueilli 10,8 % des voix et 93.771 suffrages aux élections législatives de 2018. Mais le véritable tour de force de cette élection régionale est l’alliance de la Ligue avec le Parti sarde d’action, qui a auparavant administré la région avec soit la droite, soit le centre-gauche, jusqu’à l’année dernière se présenter aux législatives dans la liste conduite par Matteo Salvini. L’homme fort de l’élection régionalest ainsi Christian Solinas, membre du PSd’A, sénateur siégeant dans le groupe de la Ligue, et désormais président de la région Sardaigne.

Résultats électoraux en Sardaigne depuis 2013 et l'émergence du Mouvement 5 Etoiles © Clément Luy Résultats électoraux en Sardaigne depuis 2013 et l'émergence du Mouvement 5 Etoiles © Clément Luy

Si, au vu des spécificités régionales, il n’est pas évident de dresser des éléments de comparaison aussi clairs que dans le cas des Abruzzes, le bloc de droite (extrême) constitué par la Ligue, son allié régional de circonstance le PSd’A et Fratelli d’Italia, remporte à lui seul près de 25 % des voix et 183.000 suffrages. Un score jamais vu pour l’extrême-droite en Sardaigne depuis les élections législatives de 1996 et le score notable d’Alleanza Nazionale (successeur du Mouvement social italien, parti frère du FN de Jean-Marie Le Pen) qui avait recueilli plus de 180.000 voix. C’était une autre époque…

Il est assez clair, comme dans les Abruzzes, que l’effondrement du Mouvement 5 Etoiles ne profite pas au centre-gauche du Parti Démocrate, ni à la droite berlusconienne ou à une alternative de gauche émancipatrice inexistante dans la péninsule et ses îles. Si le centre-gauche reprend des couleurs en passant de 180 000 à 250 000 voix, il reste bien loin de ses scores précédant l’émergence du Mouvement 5 Etoiles.

Résultats électoraux dans les Abruzzes depuis 2013 © Clément Luy Résultats électoraux dans les Abruzzes depuis 2013 © Clément Luy

Il est néanmoins un enseignement à tirer de ces deux scrutins successifs : lorsqu’un mouvement qui refuse le clivage droite-gauche, critique les élites et les élus sans distinctions, ôte la dimension politique des affrontements qui traversent notre société en les réduisant à des affrontements symboliques, simplistes et passionnels, comme a pu le faire le Mouvement 5 Etoiles ces dernières années, s’effondre, ce n’est pas la gauche ou le centre-gauche qui en sortent vainqueurs. Ce n’est pas non plus le progrès social, en témoigne l’alliance du M5S avec l’extrême-droite et les mesures antisociales du gouvernement Conte. C’est la droite, souvent la plus radicale, qui tire alors ses marrons du feu. Comme le rappelle Roger Martelli :

Encore et toujours revient à la mémoire la formule utilisée par le philosophe Alain, membre du Parti radical, déclarant en 1931 : « Lorsqu’on me demande si la coupure entre partis de droite et partis de gauche, hommes de droite et hommes de gauche a encore un sens, la première idée qui me vient est que l’homme qui pose cette question n’est pas un homme de gauche. »

Cette situation nous montre l’impasse à laquelle ont conduit des années de dérives populistes et de volonté de passer le clivage droite-gauche pour les uns et d’arrangements avec le néolibéralisme de la part des sociaux-démocrates.

Dans un mois auront lieu des élections régionales en Basilicate, région pauvre du sud de l’Italie où le M5S a recueilli 45 % des suffrages aux législatives l’année dernière. Cette région a été gérée par le centre-gauche et le Parti démocrate depuis les années 1990. Il sera intéressant de voir si s’répète le scénario des Abruzzes et de la Sardaigne.

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