Ce pouvoir indéfendable

Des féministes tabassées il y a quelques jours aux gilets jaunes tous les samedis, en passant par les jeunes de banlieue : plus personne ne peut nier la politique répressive qui s'abat sur le pays. Ce pouvoir a du sang sur les mains, et ce n'est pas une affirmation militante que de le dire : c'est un fait.

 

police

« Quand ils ont nettoyé nos banlieues au Kärcher, je n’ai rien dit, je n’étais pas de ces quartiers. Quand ils ont jeté une grenade sur un zadiste, je n'ai rien dit, je n'étais pas zadiste. Quand ils ont envoyé les chars sur les Champs Élysées, je n'ai rien dit, je n'étais pas gilet jaune... »

Où commence l'indignation ? Est-ce lorsque des lycéens sont mis à genoux et humiliés par une police très armée, comme ce fut le cas à Mantes-la-Jolie ? Ou bien lorsque nos policiers ne retiennent plus leurs coups contre nos pompiers ? L’indifférence qui domine envers celles et ceux qui dans les banlieues subissent quotidiennement les violences policières menace de s’étendre désormais à ces formes d’abus et de dérives généralisés. Doucement, nous nous habituons et bientôt nous nous contenterons de cette liberté mutilée. Ôter l’envie de manifester, dissuader la contestation, faire taire le dissensus et discréditer les colères : telle est bien la logique de cette grande vague répressive. 

Pour nombre d'observateurs internationaux, de l'ONU à Amnesty International, en passant par l'Union Européenne, l'affaire est déjà entendue : tous dénoncent une doctrine française de maintien de l'ordre répressive et dangereuse. Pas un samedi, pas une manifestation ne se passe sans que l'on retrouve sur internet une vidéo affligeante d'abus et de violence manifeste de la part des forces de l'ordre. Le journaliste David Dufresne recense déjà plus de 860 violences policières depuis novembre 2018, allant du décès (Steve à Nantes, Zineb Redouane à Marseille) à la main arrachée, en passant par les blessures à la tête, au torse, etc*.

Et depuis peu les médias, y compris ceux réputés bienveillants envers le gouvernement, dénoncent à leur tour cette violence généralisée qui dépasse les cas particuliers.

Ce pouvoir a du sang sur les mains, et ce n'est pas une affirmation militante que de le dire : c'est un fait.

Alors que selon l'article 11 de la convention Européenne des Droits de l'Homme : « toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association », en clair, a le droit de manifester, le pouvoir macroniste utilise tous les moyens pour en entraver sa jouissance. La plupart des manifestations déclarées en préfecture se voient désormais interdites (et souvent au dernier moment) ; les signes de protestation, du gilet jaune au simple badge ou autocollant, sont systématiquement retirés par les forces de l'ordre dès lors que l'on sort de la manifestation (si on y arrive) ; les manifestations sont « nassées » par une police qui ne protège plus le citoyen-manifestant mais le contient et le guide à son rythme ; les casques et les lunettes de protection qui semblent désormais obligatoires face aux violences policières sont confisquées car considérées comme du matériel de casseur. L'autoritarisme du pouvoir n'a plus de limite : la ministre de la justice, Mme Belloubet, en est à ordonner aux procureurs d'autoriser les « interpellations préventives » de gilets jaunes souhaitant se rendre aux manifestations. Nous en sommes là.

Le pouvoir en place peut nier, user d'autant d'habilités de langage qu'il le peut, les faits sont là, documentés et funestes. Le président ne peut plus aller au théâtre sans que d'affreux radicaux ne lui gâchent sa soirée ? Nous répondons que le mal est autrement plus profond, si celui qui a reçu un mandat de ses concitoyens ne peut plus se déplacer nulle part dans le pays sans une surprotection policière et des arrestations préventives.

L'heure est venue où chacun doit prendre ses responsabilités. Dans une société, il n'y a pas de débat possible sous la menace, on ne discute pas avec une matraque au-dessus de la tête. Peu importe ce que l'on pense du libéralisme, ce que l'on défend comme société pour nos enfants, que l'on soit de droite, de gauche, d'ailleurs, nous devons tou.te.s nous retrouver autour d'un dénominateur commun : la démocratie et la liberté d'expression. Alors que nous dénonçons souvent d'une voix la répression à Hong Kong par le pouvoir chinois, celle des manifestations en Iran, au Chili ou en Russie, nous devrions faire preuve d'au moins autant d'éloquence et unanimité vis à vis de ce que traverse notre pays.

Il y a quelques années, beaucoup refusaient de débattre avec l'extrême-droite, au motif que cette dernière était « antidémocratique ». Gouverner par la force est antidémocratique. Dès lors, il n'y a aucune conversation sereine possible avec ce pouvoir, aucune réforme ne mérite même d'être discutée, tant la violence exercée par la matraque (et les LBD) délégitime tout le reste. Président, ministres : il faut qu'ils répondent de leurs actes. C'est le minimum à réclamer, tou.te.s ensemble, pour que vive notre démocratie. Ensuite alors et ensuite seulement pourrons-nous nous disputer arguments contre arguments, dans un cadre démocratique, de la politique à mener dans ce pays.


Claire Lejeune, Matthieu Ponchel, Pépita Car et André Rebelo pour Climat Social

*Allo Place Beauvau : https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

 

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