Le Texte d'orientation de Climat Social

Nous sommes des militants et des militantes de l’écologie sociale, conscient.e.s des liens fondamentaux entre les fins de siècles et les fins de mois. Nous sommes des citoyen.ne.s engagé.e.s et nous avons la conviction qu’il faut un mouvement capable de porter l’écologie et la solidarité au sein des luttes.

Nous sommes des militants et des militantes de l’écologie sociale, conscient.e.s des liens fondamentales entre les fins de siècles et les fins de mois. Nous sommes des citoyen.ne.s engagé.e.s et nous avons la conviction qu’il faut un mouvement capable de porter l’écologie et la solidarité au sein des luttes. 

Notre héritage est vert, c’est celui de René Dumont, de Murray Bookchin, de Françoise D’Eaubonne, d’André Gorz, d’Ivan Illitch et de toutes celles et de tous ceux qui à partir des années 1970 ont fait naître le courant de pensée de l’écologie politique, l’ont transmis dans les esprits et sur les territoires, de génération en génération. Notre héritage est aussi celui de bell hooks, de Judith Butler, d’Angelas Davis, de Beauvoir, d’Elisée Reclus, d’Emma Goldman, de Frantz Fanon, de Louise Michel, d’Edouard Glissant, de Joan Tronto, de Toni Negri et de toutes celles et tous ceux qui ont pensé la réalisation d’une société libérée des inégalités et des oppressions. De toutes celles et de tous ceux qui ont tracé les contours d’une écologie de transformation et d’une société émancipatrice pour toutes et tous !

Aujourd’hui l’écologie est partout invoquée, que cela soit dans les discours du gouvernement, dans les magazines ou les magasins de la société de consommation. Nous ne nous reconnaissons pas dans cette écologie caméléon qui change de couleur selon son environnement politique, qui ne s’oppose plus, qui ne propose plus et qui, tel Cohn-Bendit avec Macron, accompagne et soutient le néo-libéralisme. Nous refusons cette écologie inoffensive et cet environnementalisme mou s’accommodant des ressorts profonds du capitalisme. Nous défendons que l’écologie est sociale, qu’elle constitue un levier de transformation et d’émancipation globale pour la réalisation d’une société plus humaine et plus juste.

L’urgence est prodigieuse. L’humanité s’entête à perpétrer un modèle économique et social incapable de répondre aux besoins de toute l’humanité en entrainant dans son ahurissante spirale tout ou presque tout le vivant. Du « Tout peut changer » de Naomi Klein, Climat Social tire la conclusion que tout doit changer, et d’abord pour le 1% de la population mondiale que la loi du marché et la dérégulation néo-libérale maintient au somment de la pyramide. Tout doit changer pour que l’humanité et le vivant survivent. Tout doit changer pour que chacun.e puisse bien vivre. Tout doit changer d’abord pour les milliards de personnes qui souffrent enchaînées à la misère, à la précarité, au chômage et à la relégation. Sans justice sociale, l’humanité est aujourd’hui écologiquement condamnée. Nous pensons que la construction d’une société émancipatrice doit passer par la décolonisation l’imaginaire collectif de cette vision capitaliste du progrès qui a transformé la planète pour le pire – terre, mer, biodiversité et climat. Nous devons nous émanciper de la croissance qui détruit la diversité du vivant, nous libérer du productivisme qui a assigné l’humanité à résidence dans une société de consommation aliénante. Sans écologie, les plus pauvres d’entre nous continueront de subir en premier le dérèglement climatique à travers le dessèchement des sols, la réduction de l’accès à l’eau, la spéculation sur la production agricole en baisse et la crise sanitaire provoquée par la pollution atmosphérique ou la malbouffe. Sans écologie sociale, l’étalement urbain, la spéculation immobilière, la fermeture des hôpitaux, l’évasion fiscale, les lobbies ne s’arrêteront pas, le profit ne cessera jamais de valoir plus que nos vies et que la vie.

L’objectif de Climat Social que nous fondons aujourd’hui est aussi simple qu’ambitieux : défendre l’écologie sociale. Loin d’être partout, l’écologie risque de se retrouver nulle part si nous ne sommes pas capables de lancer un mouvement autonome de résistance et de lutte. Climat Social s’inscrit dans cette alternative globale, avec au cœur de notre projet les principes suivants :

 

L’autonomie pour construire les résiliences du local au global

Climat Social défend la souveraineté démocratique à travers le municipalisme et la participation collective et locale aux décisions politiques. La transition écologique doit être une transition démocratique pour impliquer véritablement les citoyennes et les citoyens dans les processus de décisions. Le territoire doit être pensé et construit ensemble. Nous devons renouveler notre façon d’habiter la terre, la ville et le village, en cohérence avec le vivant, en concordance avec la démocratie et la justice sociale.

Climat Social veut retrouver le projet de l’écologie de transformation : circuits courts, économie circulaire, énergies renouvelables, technologies compréhensibles et contrôlables sont les outils pour construire une nouvelle société humaniste reliée au vivant et libérée de la croissance. Nous devons penser la souveraineté alimentaire et énergétique des territoires et des peuples à partir de l’échelon le plus local possible. Nous pensons que cette autonomie peut servir le collectif dans une perspective sociale. Nous pensons que l’énergie fabriquée localement peut être plus facilement administrée et partagée localement pour respecter la dignité de toutes et de tous.

Nous voyons aujourd’hui la croissance pour ce qu’elle est : croissance des inégalités sociales et des déséquilibres des territoires, des écosystèmes et du climat. Climat Social s’oppose à ce modèle et propose de prendre les chemins de la résilience dès maintenant. Nous savons les bénéfices qu’une transition vers une société plus humaine, plus respectueuse du vivant et des personnes, plus autonomes, peut apporter à toutes et à tous.

 

La solidarité pour donner un sens à la société et un avenir à l’humanité

Une société émancipatrice

Climat Social veut participer à la constitution d’un mouvement de masse en mesure d’être solidaire du plus grand nombre : les femmes, les minorités, les personnes racisées, la jeunesse, le monde du travail, les retraité.e.s, les sans-emplois, les sans-papiers, les sans-abris, les personnes LGBTQI, les personnes en situation de handicap ou atteintes dans leur santé, les campagnes, les villes de toutes tailles, les quartiers populaires …. aucune réalité humaine ni aucun territoire ne doit être négligé. Nous n’ignorerons pas non plus le vivant et les animaux dans le travail d’une nouvelle forme d’habitat et de vie partagée avec la nature. Nous défendons une société inclusive, consciente des oppressions et des liens fondamentaux entre elles. La domination de l’homme sur les minorités ou les femmes est fondamentalement liée à la domination de l’homme sur la nature. A cet égard, Climat Social se veut un mouvement féministe, antiraciste, antispéciste, antivalidiste et profondément intersectionnnel, conscient de l’entrecroisement fondamental des oppressions systémiques. Nous devons déconstruire notre propension à la création de hiérarchies, d’exclusions, de processus de dominations et de discrimination vers la réalisation d’une société inclusive, solidaire et émancipatrice pour le vivant, les animaux et l’être humain.

Nous défendons les droits et la liberté de toutes et tous. Une déconstruction des privilèges sera la porte ouverte vers une solidarité retrouvée, un respect des différences, une société heureuse et libre.

 

Déconstruire le travail

Pour construire une société émancipatrice nous croyons qu’il faut aussi repenser le travail et le salariat à travers la réduction du temps de travail. Retrouver l’idée que l’émancipation passe par la réalisation de soi et la participation à des processus collectif de création de son espace, de son temps et de sa vie. Les jardins partagés, les projets collectifs de fermes autonomes, de coopératives, de cafés associatifs, de lieux de vie et de création, jettent les bases d’un lien social retrouvé et d’une réappropriation sobre de soi et de son territoire. Elles tracent les contours d’une société qui se délivre progressivement des injonctions à la compétitivité ou à la concurrence, qui sorte du travail comme lieu unique de réalisation sociale, entrainant burn-out, dévalorisation des personnes sans-emplois ou exploitation… L’écologie de transformation est le creuset d’un travail plus humain, d’un monde plus humain tout en maintenant une création d’activité pour toutes et tous à travers la transition écologique.

La transformation écologique de la société est riche d’emplois nouveaux et de nouvelles solidarités. Elle doit être enclenchée par une politique économique forte et différente : une nouvelle fiscalité incitative, progressive et juste, un revenu minimum digne, un revenu maximum décent et un revenu de base. Nous sortons ainsi des emplois précaires, des salaires trop bas, de la pauvreté et des inégalités abyssales que notre modèle économique ne cesse de creuser.

 

Les Capabilités

Climat Social est aussi attaché à la préservation de notre modèle de protection sociale et de redistribution. En France il s’est construit autour de l’administration et des services publics, avec une sécurité sociale pour l’ensemble de la population. Nous défendons ainsi les droits fondamentaux de l’accès au soin ou à l’éducation pour toutes et tous à travers la défense d’un service public présent et solidaire. La fermeture des gares, des postes, des universités, des écoles, des hôpitaux et des maternités constitue des freins scandaleux et mortelles à concrétisation de nos droits fondamentaux. Climat Social défend une société qui, sortie de la dictature de la croissance et du PIB, défend une société des Capabilités, mesurant donc l’avancement d’une communauté politique à l’accès aux droits fondamentaux et à une vie digne.

 

Altermondialisme et nouvelles solidarités internationales

Politiquement engagé, Climat Social constate d’abord que le pouvoir démocratique est bloqué. Nous voulons une représentation démocratique renouvelée. Nous souhaitons la généralisation de la proportionnelle à toutes les élections, le tirage au sort, les conseils citoyens et nous pensons qu’il est temps de repenser l’ensemble de notre démocratie à travers le passage à une sixième République, écologique citoyenne et solidaire qui puisse laisser place à une vraie démocratie locale et participative.

D’ores et déjà nous devons envisager des stratégies alternatives. Nous dévons déconstruire nos horizons politiques afin de repenser la solidarité entre les peuples à travers un fédéralisme des communes. Il nous permettra la mise en commun des pratiques, des solutions mais aussi des processus de décisions afin de créer une véritable solidarité internationale à partir des peuples. A une mondialisation dérégulée, soumise à des impératifs économiques qui engendrent un nouveau prolétariat mondial en Afrique ou en Chine, qui ne combat pas la pauvreté et qui ne fonctionne véritablement que pour une part restreinte de la population mondiale, nous devons donc proposer un altermondialisme solidaire, de promotion de l’entraide entre les peuples et de déconstruction des logiques néocoloniales.  A la puissance effrénée de la mise en concurrence des peuples et des personnes, nous opposons la force collective locale propulsée par l’entraide et la solidarité. Nous pensons que la création d’espace commun et de Communs à toutes les échelles permettra l’accroissement du lien social au niveau local ainsi que la gestion responsable des ressources qui ne peuvent qu’appartenir à toutes et à tous.

Climat Social pose aussi la question de la désobéissance à certains traités purement idéologiques, sans efficacité économique et aux conséquences sociales désastreuses, notamment en matière de finances publiques ou de privatisation des services publics. Le TAFTA, le CETA, les APE, les programmes d’ajustement structurels ou la dette ne servent que les intérêts de multinationales qui continuent de nous entrainer vers une société de production, de consommation et de rejet. Nous devons sortir d’une société qui soumet les individus à la consommation frénétique et ne cesse de produire des déchets : déchets matériels, mais aussi déchets humains, comme si une part entière de l’humanité pouvait aisément mourir en méditerranée, en Asie, en Afrique ou en Amazonie sans que cela ne puisse poser problème. Comme s’il existait une humanité de seconde zone que l’on pouvait utiliser, exploiter et abandonner en Europe, en Afrique, en Asie ou en Amérique. A la linéarité absurde du modèle économique et social emprisonné par une chaine unique de conception, création, consommation, déjection ; nous opposons la circularité, la réutilisation des objets, le recyclage, la réparation, nous encourageons la lutte contre l’obsolescence programmée qui ne sert que les intérêts du capital.

Actuellement, le néolibéralisme construit un modèle de vie et de développement entièrement dédié à celles et ceux qui détiennent un capital financier suffisant, oubliant que cette façon de vivre est absolument inexportable, inpartageable, impossible à généraliser pour l’ensemble de l’humanité. La gestion actuelle de nos frontières nous permet de défendre un « privilège féodale », c’est-à-dire, de naissance comme le dit Joseph Carens. Devant l’impossibilité d’exporter notre modèle de développement, nous protégeons nos intérêts à travers des politiques néocoloniales qui fonctionnent sur l’exploitation et le maintien dans la pauvreté de la majorité de la population mondiale. L’exemple de la Françafrique ne devrait pas nous échapper.  En somme, la gestion actuelle de l’économie, perdue dans les affres du néo-libéralisme, continue de ne fonctionner que pour certains : pour les 1% qui possèdent plus de la moitié des richesses mondiales et dans une moindre mesure pour l’ensemble des pays occidentaux protégeant leurs intérêts et dont sont originaires la plupart des grandes entreprises, où s’écoulent les marchandises et où s’incarne le « progrès » et le développement, tandis que 3 milliards de personne vivent avec moins de 2 dollars par jour. A ce repli général sur soi au travers de l’appel sourd du nationalisme s’associe donc l’ouverture grandiose de la politique vers le marché libre et l’avidité des investisseurs dont on attend toujours que leur voracité fasse ruisseler quelques goûtes de bave vers les poches des sans-dents.

Pour Climat Social, l’altermondialisme est une urgence. Nous pensons un autre modèle de développement qui puisse inclure la diversité des formes de vie (dans le respect des droits fondamentaux), qui puisse être résilient et soutenable. Par l’autonomie menant à la résilience, par la solidarité permettant la justice, par la mise en valeur de la diversité humaine et du vivant, nous poursuivons le chemin de l’écologie politique et voulons qu’il soit ouvert au plus grand nombre.

 

Renouveler le logiciel militant, promouvoir le soin

L’ambition de Climat Social est d’être une plateforme de réflexion et d’action politique. Nous sommes conscient.e.s de la nécessité des diverses formes de lutte et surtout de l’urgence à renouveler nos pratiques. Nous ne cessons en effet de nous placer en posture de demande vis-à-vis de l’Etat, dont nous attendons qu’il réalise nos demandes. Que se passe-t-il cependant si l’Etat décide d’être sourd à nos appels malgré la force de nos mobilisations ?

Climat Social est conscient que le logiciel militant de l’écologie politique, depuis Thoreau, inclut la désobéissance civile, l’action directe non-violente et les pratiques du « Do it yourself ». La ZAD, Nuit Debout, les jardins partagés d’initiatives citoyennes, les coopératives, les villes accueillantes ou les squats incarnent la pratique par l’exemple. Nous encourageons la création d’alternatives comme réponse au « There is no alternative », conscient.e.s de tous les efforts du système répressif pour les invisibiliser, les diaboliser ou les détruire.  La réappropriation de nos espaces et territoires accompagnera et soutiendra fondamentalement la réappropriation de nos vies. Toutes les grandes victoires ont été accompagné d’une diversité des modalités de luttes. N’hésitons plus à refonder notre praxis, à nous réapproprier des lieux, à y tracer nous-mêmes les bribes de la transformation. Chaque initiative creuse une brèche ouverte dans le paysage monolithe du néo-libéralisme.

Climat Social défendra aussi une politique du soin. Les théories du Care ont formulé la nécessité de revaloriser les pratiques du soin. Le Care est global. Il s’agit de soigner la terre, soigner le vivant et prendre soin de nous. Le travail de soin peut être une entrée systémique et matricielle à la mise en place d’une société bienveillante, inclusive, émancipatrice et heureuse. Car loin des injonctions de la compétitivité, du chiffre, des résultats, de l’agressivité des oppressions où l’on s’abime trop souvent ; loin de l’oubli ou de la dévalorisation également des pratiques de soin par les femmes de ménages, les aides-soignantes ou les assistantes sociales… le Care trace les contours d’un collectif respectueux des faiblesses de chacun, où le soin est une pratique partagée par toutes et tous, à destination de toutes et tous, de la terre et du vivant. Au-delà des considérations sociales sur le soin, le burn-out militant est un phénomène trop connu. La promotion sociale du Care doit donc s’accompagner d’une bienveillance entre toutes et tous dans nos luttes.

 

Conclusion

Voilà donc le projet de Climat Social : inclusivité, circularité, féminisme, décentralisation, démocratie, collectivité, Communs, Care, justice sociale et anticapitalisme… Ecologie Sociale en somme. Des initiatives porteuses de notre vision du monde existent dans plusieurs villes, dans plusieurs territoires : elles promeuvent la résilience, le vivant, l’économie circulaire, l’autonomie, la transition démocratique, le municipalisme, la décentralisation, la réduction du temps de travail, le renouveau collectif ou la solidarité. Elles s’incarnent dans l’écologie de transformation. Nous défendons un projet global, tenable et responsable. Par le prisme de l’écologie, nous pouvons dessiner les contours d’un monde juste et respectueux de la terre et du vivant. Nous sommes un mouvement parmi d’autres, mais la graine que nous plantons sera peut-être la première pousse d’un avenir meilleur. 

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