Le Texte d'orientation de Climat Social

Nous sommes des militants et des militantes de l’écologie sociale, conscient.e.s des liens fondamentaux entre les fins de siècles et les fins de mois. Nous sommes des citoyen.ne.s engagé.e.s et nous avons la conviction qu’il faut un mouvement capable de porter l’écologie et la solidarité au sein des luttes.

Préambule :

 

Le texte ci-dessous est une tentative. Il est tout à fait amendable et modifiable en fonction des remarques qui pourront nous être faites par les personnes concerné.e.s, les militant.e.s ou les personnes simplement intéressé.e.s par notre travail. Ici, nous n’avons ni la prétention d’être les seul.e.s à avancer ces idées, ni n’avons pour prétention de transformer le logiciel militant par le biais d’un apport qui serait radicalement neuf. Au mieux tentons-nous ici de tracer le chemin qui est pour l’instant le nôtre tout en éclaircissant peut-être ce qui pourrait constituer les linéaments de l’écologie politique. En définitive, ce texte est une esquisse, une bouteille à la mer pour tenter de renouveler les contours de l’écologie sociale. Une contribution parmi d’autres qui peut être enrichie par les apports de tou.te.s. Notamment celles et ceux qui, partant d’une position sociale spécifique, pourraient nous signifier les points aveugles de nos propositions.

Nota bene : ce texte a été mis à jour le 18/06/19

 

Introduction :

Nous sommes des militantes et des militants de l’écologie sociale, conscient.e.s des liens fondamentaux entre les fins de siècles et les fins de mois, et nous avons la conviction qu’il faut un mouvement capable de porter l’écologie et la solidarité au sein des luttes[1]

Notre héritage est écologiste, c’est celui de René Dumont, de Murray Bookchin, de Françoise D’Eaubonne, d’André Gorz, d’Ivan Illitch et de toutes celles et de tous ceux qui, à partir des années 1970, ont fait naître l’écologie sociale en tant que courant de pensée, et l’ont transmis dans les esprits et sur les territoires, de génération en génération. Notre héritage est aussi celui des luttes : de la ZAD aux Gilets Jaunes, de la Françafrique à la défense des droits fondamentaux pour l’émergence d’une société solidaire et respectueuse du vivant. Nos références se sont construites à partir de Bell Hooks, de Judith Butler, d’Angelas Davis, de Beauvoir, d’Elisée Reclus, d’Emma Goldman, Kropotkine, Frantz Fanon, Louise Michel, Edouard Glissant, Joan Tronto, Louis Lourme, Toni Negri[2] et de toutes celles et tous ceux qui ont pensé la réalisation d’une société libérée des inégalités et des oppressions ; de toutes celles et de tous ceux qui ont tracé les contours d’une écologie de transformation et d’une société émancipatrice pour toutes et tous !

Aujourd’hui l’écologie est partout invoquée, elle est galvaudée, transformée en outil marketing opportun afin de capitaliser au maximum sur l’inquiétude grandissante de la population, sans qu’aucun acte consistant ne s’en suive jamais. Elle alimente les faux semblants de certains discours politiques, s’insinue en couverture des magazines au côté des derniers objets en vogues ou se transforme progressivement en arme marketing pour approvisionner les magasins de la société de consommation. Nous ne nous reconnaissons pas dans cette écologie caméléon qui change de couleur selon son environnement politique, qui ne s’oppose plus, qui ne propose plus et qui, aveugle à ses contradictions les plus profondes, accompagne et soutient le néo-libéralisme économique. Nous refusons cette écologie inoffensive et cet environnementalisme mou s’accommodant des ressorts profonds du capitalisme parce que nous pensons que jouer le jeu dangereux de ces politiques de faux semblants n’est plus seulement une trahison lorsque l’on est écologiste, mais une menace pour l’avenir commun.

L’urgence écologique est exigeante et précise. Elle ne s’accommode pas des visions qui font rimer l’écologie avec une adhésion béate à la mondialisation économique, avec le détricotage des législations qui jusque-là protégeaient nos sites classés, avec un mépris de celles et ceux qui déjà paient le prix de la constitution progressive d’un apartheid social et écologique global. L’humanité ne pourra se contenter longtemps d’une écologie de façade, sauf à croire que l’on pourra réconcilier durablement la fausse promesse d’une « centralité de l’écologie » avec le centrisme politique du « en même temps », dont les atermoiements tartuffards ne sont plus un secret pour personne.

Il y a de ces moments dans l’histoire humaine où les choses se cristallisent, où nous sentons que les choses se précipitent. Les choix politiques de notre génération se doivent d’assumer une responsabilité décisive, celle de tenir courageusement la promesse d’une écologie de transformation et d’en activer les multiples ressorts pour la défense du vivant et de la justice sociale. L’écologie n’est pas « centrale » au sens où elle pourrait accueillir en un point d’équilibre toutes les sensibilités ; l’écologie est centrale au sens où elle est principielle, primordiale, vitale. A ce titre, l’écologie ne peut pas être une variable d’ajustement des politiques publiques. Elle est au contraire la donnée qui doit en constituer le cœur, afin de tracer les contours d’une société transformée. Si l’écologie n'est pas un vain mot, elle est une orientation globale et non un affichage, un engagement profond qui ne s'accommode en aucun cas d’un renoncement constant aux appels de la finance. Ainsi notre responsabilité n’est pas d’œuvrer à la perpétuation d’un système économique destructeur pour le vivant, mais de lutter en faveur d’un réveil commun.

Ainsi, du « Tout peut changer » de Naomi Klein, Climat Social tire la conclusion que tout doit changer. Tout doit changer pour que l’humanité et le vivant survivent. Tout doit changer pour que chacun.e puisse bien vivre. Tout doit changer d’abord pour les milliards de personnes qui souffrent enchaînées à la misère, à la précarité, au chômage et à la relégation. Sans justice sociale, l’humanité est aujourd’hui écologiquement condamnée. Sans écologie, les plus pauvres d’entre nous continueront de subir en premier le dérèglement climatique à travers le dessèchement des sols, la réduction de l’accès à l’eau, la spéculation sur la production agricole en baisse et la crise sanitaire provoquée par la pollution atmosphérique ou les produits de synthèses. Sans écologie sociale, l’étalement urbain, la spéculation immobilière, la fermeture des hôpitaux, l’évasion fiscale, les lobbies ne s’arrêteront pas, le profit ne cessera jamais de valoir plus que la Vie.

L’objectif de Climat Social que nous fondons aujourd’hui est aussi simple qu’ambitieux : défendre l’écologie sociale. Loin d’être partout, l’écologie risque de se retrouver nulle part si nous ne sommes pas capables de lancer un mouvement autonome de résistance et de lutte. En multipliant les roulades hypocrites et en investissant le débat public d’une communication de bon aloi, les premiers de cordée ont suffisamment fait renaître leur monde, il est désormais temps de sauver le nôtre : le monde commun, terrestre et fragile. L’écologie que nous défendons est sociale, elle constitue un levier de transformation et d’émancipation globale pour la réalisation d’une société respectueuse du vivant, plus humaine et plus juste[3]. Nous nous inscrivons donc dans cette alternative globale dont nous tenterons ci-après d’esquisser les contours.

 

1) L’autonomie pour construire les résiliences du local au global

 Climat Social défend la souveraineté démocratique à travers le municipalisme[4] et la participation collective et locale aux décisions politiques. La transition écologique doit être une transition démocratique pour impliquer véritablement les citoyennes et les citoyens dans les processus de décisions. Le territoire doit être pensé et construit ensemble. Nous devons renouveler notre façon d’habiter la terre, la ville et le village, en cohérence avec le vivant, en concordance avec la démocratie et la justice sociale.

Climat Social veut retrouver le projet de l’écologie de transformation : circuits courts, économie circulaire, énergies renouvelables, technologies compréhensibles et contrôlables sont les outils pour construire une nouvelle société humaniste reliée au vivant et libérée de la croissance. Nous devons penser la souveraineté alimentaire et énergétique des territoires et des peuples à partir de l’échelon le plus local possible. Nous pensons que cette autonomie peut servir le collectif dans une perspective sociale et démocratique. Nous pensons que l’énergie fabriquée localement peut être plus facilement administrée et partagée pour le respect de la dignité de tou.te.s.

Nous voyons aujourd’hui la croissance pour ce qu’elle est : croissance des inégalités sociales, des déséquilibres territoriaux dans le monde, des écosystèmes et du climat. Nous nous opposons à ce modèle et proposons de prendre les chemins de la résilience dès maintenant. Nous savons les bénéfices qu’une transition vers une société plus humaine, plus respectueuse du vivant et plus autonome, peut apporter à toutes et à tous.

 

 2) La solidarité pour donner un sens à la société et un avenir à l’humanité

Une société émancipatrice

Climat Social veut participer à la constitution d’un mouvement de masse en mesure d’être solidaire et allié du plus grand nombre : les femmes, les minorités, les personnes racisées, la jeunesse, les personnes retraitées, les sans-emplois, les sans-papiers, les sans-abris, les personnes LGBTQI, les personnes en situation de handicap ou atteintes dans leur santé, les campagnes, les villes de toutes tailles, les quartiers populaires …. Aucune réalité sociale ni aucun territoire ne doit être négligé. Nous n’ignorerons pas non plus le vivant et les animaux dans le travail d’une nouvelle forme d’habitat et de vie partagée avec la nature. A cet égard, Climat Social se veut un mouvement féministe, antiraciste, antispéciste, antivalidiste et profondément intersectionnnel, conscient de l’entrecroisement fondamental des oppressions systémiques. Nous faisons nôtres cette hypothèse fondamentale de Bookchin :

« La domination qu’exercent les riches sur les pauvres, les hommes sur les femmes, les vieux sur les jeunes, se prolonge dans la domination que les sociétés fondées sur la hiérarchie exercent sur leur environnement. Et de même que les relations de domination aliènent les personnes -c’est-à-dire détruisent ou réduisent leur potentialité humaine-, de même ces sociétés hiérarchiques détruisent la nature. Mener une politique écologique appelle donc une mutation des rapports politiques au sein de la société : protéger la nature suppose l’émancipation sociale. »[5]

Ainsi, nous pensons que les oppressions et les dominations sociales sont fondamentalement liée à la domination de l’homme sur la nature. En conséquence, la déconstruction de notre propension à la création de sociétés hiérarchiques, de processus d’exclusions, de dominations et de discriminations constituera la clé de voûte d’une société inclusive, solidaire et émancipatrice pour le vivant, les animaux et l’être humain.  La fin des privilèges sera la porte ouverte vers une société écologique et respectueuse des différences et des droits fondamentaux de tou.te.s,

 

Déconstruire le travail

Pour construire une société émancipatrice, nous croyons qu’il faut aussi repenser le travail et le salariat à travers la réduction du temps de travail et la sortie d’une société centrée sur la production et l’emploi. Cette centralité est si importante que le chômage devient un facteur d’exclusion sociale et que le travail salarié est souvent perçu comme l’un des seuls vecteurs de réalisation personnelle. Notre modèle social semble parfois nous imposer de trouver un sens à un emploi salarié au sein d’entreprises immenses dont le projet lointain ne nous appartient pas, pour lequel nous vendons du temps de notre vie en espérant que cet argent pourra nous permettre de poursuivre nos projets tout le temps restant où l’employeur acceptera de ne pas nous solliciter. Et quand le signe de la réussite sociale n’est pas le salaire, il se trouve simplement dans le fait d’avoir un emploi plus « prestigieux » que les autres presque en dehors de toutes considérations sur l’impact réel de cet emploi sur sa santé, sa vie familiale, ou sur la planète et le vivant.  La déconnexion grandissante entre le travail et son sens, l’emploi et son utilité sociale, entraine souvent un mal-être qui fait écho à l’alliance croissante entre le salariat et la création de profits pour le profit, aveugle à son impact écologique. Nous sommes prisonniers d’une « obligation de travailler » qui n’existe et ne perdure que parce que l’on ne peut vivre sans argent, aspirant parfois toutes nos aspirations, alimentant la spirale infernale d’une économie qui produit pour produire, refuse de mourir, exploite encore et encore les moindres recoins d’une planète à bout de souffle. Le capitalisme ne survit que parce qu’il produit toujours plus et ne peut donc réfléchir qu’à sa propre extension perpétuelle et sans limites dans une planète finie[6]. La « banalité du mal » est que le système économique, ne reconnaissant que le travail salarié utile à la production, s’aveugle sur le travail utile à la planète et à la société, tout en nous forçant à être complice de la destruction du monde.

Nous devons retrouver l’idée que l’émancipation passe par la réalisation de soi et la participation à des processus collectif de réappropriation de son espace, de son temps et de sa vie. C’est ici tout l’enjeu de la relocalisation démocratique, du municipalisme libertaire évoqué plus haut. C’est dans ce processus collectif de décision que l’on peut se réapproprier un territoire à modeler soi-même, un travail à se partager pour l’évolution de sa communauté, un élan créateur baser sur la constitution de liens sociaux forts et solidaires. Actuellement, les jardins partagés, les projets collectifs de fermes autonomes, de coopératives, de cafés associatifs, de lieux de vie et de création sont des esquisses du monde nouveau qui jettent les bases d’un lien social retrouvé et d’une réappropriation sobre de soi et de son territoire. Elles tracent les contours d’une société qui se délivre progressivement des injonctions à la compétitivité ou à la concurrence, qui sorte du travail comme lieu unique de réalisation sociale, entrainant burn-out, dévalorisation des personnes sans-emplois ou exploitation… L’écologie de transformation est le creuset d’un travail plus humain, d’un monde plus humain, centré sur la richesse de nos liens sociaux plutôt que sur la hausse de nos salaires, tout en maintenant une création d’activité pour toutes et tous à travers la transition écologique.

La transformation écologique de la société est riche d’emplois nouveaux et de nouvelles solidarités. Elle doit être enclenchée par une politique économique forte et différente : une nouvelle fiscalité incitative, progressive et juste, un revenu minimum digne, un revenu maximum décent et un revenu de base pour toutes et tous. Nous sortons ainsi des emplois précaires, des salaires trop bas, de la pauvreté et des inégalités abyssales que notre modèle économique ne cesse de creuser.

 

Les Capabilités[7]

Climat Social est aussi attaché à la préservation de notre modèle de protection sociale et de redistribution. En France, il s’est construit autour de l’administration et des services publics, avec une sécurité sociale pour l’ensemble de la population. Nous défendons ainsi les droits fondamentaux de l’accès au soin ou à l’éducation pour toutes et tous à travers la défense d’un service public présent et solidaire. La fermeture des gares, des postes, des universités, des écoles, des hôpitaux et des maternités constitue des freins scandaleux et mortelles à concrétisation de nos droits fondamentaux. Climat Social défend une société qui, sortie de la dictature de la croissance et du PIB, promeut les Capabilités, où l’on mesure en somme l’avancement d’une communauté politique non pas à sa production simple (PIB), mais aux capacités d’accès (capabilités) pour toutes et tous aux services activant les droits fondamentaux et permettant l’accès à une vie digne. Un territoire ou un pays n’est pas riche parce qu’il produit une quantité de biens à déverser sur les marchés et les décharges, il est riche parce qu’il permet à ses habitants de vivre dignement à travers l’égal accès à une alimentation saine, à des services de soins et d’éducation ; il est riche parce qu’il permet la défense des droits fondamentaux et la réalisation pleine et entière de tout un chacun.  

 

 3) Altermondialisme et nouvelles solidarités internationales

La relocalisation de la démocratie ne doit pas s’accompagner d’une fermeture des territoires au reste du monde. La déconstruction de nos horizons politiques doit plutôt nous permettre de repenser la solidarité entre les peuples à travers un fédéralisme des communes. L’écologie sociale est un cosmopolitisme, un mouvement fondamentalement lié à conscience planétaire qui ancre les citoyen.ne.s dans un monde d’interdépendance et d’entraide nécessaire. Le fédéralisme des Commune pourrait nous permettra la mise en commun des pratiques, des solutions mais aussi des processus de décisions afin de créer une véritable solidarité internationale à partir des peuples. A une mondialisation dérégulée, soumise à des impératifs économiques qui engendrent un nouveau prolétariat mondial en Afrique ou en Chine, qui ne combat pas la pauvreté et qui ne fonctionne véritablement que pour une part restreinte de la population mondiale, nous devons donc proposer un altermondialisme solidaire, de promotion de l’entraide entre les peuples et de déconstruction des logiques néocoloniales.  A la puissance effrénée de la mise en concurrence des populations et des personnes, nous opposons la force collective locale propulsée par l’entraide et la solidarité. Nous pensons que la création d’espace commun et de Communs à toutes les échelles permettra l’accroissement du lien social au niveau local ainsi que la gestion responsable des ressources qui ne peuvent qu’appartenir à toutes et à tous sur terre.

Climat Social pose aussi la question de la désobéissance à certains traités purement idéologiques, sans efficacité économique et aux conséquences sociales désastreuses, notamment en matière de finances publiques ou de privatisation des services publics. Le TAFTA, le CETA, les APE, les programmes d’ajustement structurels ou la dette ne servent que les intérêts de multinationales qui continuent de nous entrainer vers une société de production, de consommation et de rejet. Nous devons sortir d’une société qui soumet les individus à la consommation frénétique et ne cesse de produire des déchets : des déchets matériels, mais aussi des «déchets humains», des personnes que l’on traite comme tels, comme si une part entière de l’humanité pouvait aisément mourir en méditerranée, en Asie, en Afrique ou en Amazonie sans que cela ne puisse poser problèmes. Comme si des parts entières du globe n’étaient que des décharges géantes dans lequel l’on parque nos déchets en même temps que l’on y rassemble le prolétariat mondial, prisonnier de terres mourantes par nos frontières fermées. Comme s’il existait une humanité de seconde zone que l’on pouvait utiliser, exploiter et abandonner en Europe, en Afrique, en Asie ou en Amérique. A la linéarité absurde du modèle économique et social emprisonné par une chaine unique de conception, production, consommation, déjection dont la rationalité semble même dessiner les contours de nos vies ; nous opposons la circularité, la réutilisation des objets, le recyclage, la réparation, encourageons la lutte contre l’obsolescence programmée qui ne sert que les intérêts du capital ; et nous défendons l’égale dignité de toutes et tous sur terre car nulle ne mérite de voir son destin définitivement tracé par le simple fait d’être né du mauvais côté de la méditerranée, là où nous exploitons de façon indifférenciée ressources et humains, où meurent de façon semblable les êtres vivants et la terre sous la loi du profit[8].

Actuellement, le néolibéralisme construit un modèle de vie et de développement entièrement dédié à celles et ceux qui détiennent un capital financier suffisant, oubliant que cette façon de vivre est absolument inexportable, inpartageable, impossible à généraliser pour l’ensemble de l’humanité. La gestion actuelle de nos frontières nous permet de défendre un « privilège féodale », c’est-à-dire, de naissance comme le dit Joseph Carens[9]. Devant l’impossibilité d’exporter notre modèle de développement, nous protégeons nos intérêts à travers des politiques néocoloniales qui fonctionnent sur l’exploitation et le maintien dans la pauvreté de la majorité de la population mondiale. Le simple exemple de la Françafrique est un fait majeur d’entretien volontaire de pays entiers dans la pauvreté. Toutefois, au-delà encore des stratégies politiques de certains Etats entretenant leurs richesses sur l’exploitation des autres, les errements du système économique, perdue dans les affres du néo-libéralisme, continue de ne fonctionner que pour certains : pour les 1% qui possèdent plus de la moitié des richesses mondiales et dans une moindre mesure pour l’ensemble des pays occidentaux[10] protégeant leurs intérêts et dont sont originaires la plupart des grandes entreprises, où s’écoulent les marchandises et où s’incarne le « progrès » et le développement, tandis que 3 milliards de personne vivent avec moins de 2 dollars par jour. A ce repli général sur soi au travers de l’appel sourd du nationalisme s’associe donc l’ouverture grandiose de la politique vers le marché libre et l’avidité des investisseurs dont on attend toujours que leur voracité fasse ruisseler quelques goûtes de bave vers les poches des sans-dents.

Pour Climat Social, l’altermondialisme est une urgence. Nous pensons un autre modèle de développement qui puisse inclure la diversité des formes de vie. Par l’autonomie menant à la résilience, par la solidarité permettant la justice, par la mise en valeur de la diversité humaine et du vivant, nous poursuivons le chemin de l’écologie politique et voulons qu’il soit ouvert au plus grand nombre.

 

4) Renouveler le logiciel militant, promouvoir le soin

L’ambition de Climat Social est d’être une plateforme de réflexion et d’action politique. Nous sommes conscient.e.s de la nécessité des diverses formes de lutte et surtout de l’urgence à renouveler nos pratiques.  Nous sommes conscient.e.s que le logiciel militant de l’écologie politique, depuis Thoreau, inclut la désobéissance civile, l’action directe non-violente et les pratiques du « Do it yourself ». La ZAD, Nuit Debout, les jardins partagés d’initiatives citoyennes, les coopératives, les villes accueillantes ou les squats incarnent la pratique par l’exemple. Nous encourageons la création d’alternatives comme réponse au « There is no alternative », conscient.e.s de tous les efforts du système répressif pour les invisibiliser, les diaboliser ou les détruire.  La réappropriation de nos espaces et territoires accompagnera et soutiendra fondamentalement la réappropriation de nos vies. Toutes les grandes victoires ont été accompagné d’une diversité des modalités de luttes. N’hésitons plus à refonder notre praxis, à nous réapproprier des lieux, à y tracer nous-mêmes les bribes de la transformation. Chaque initiative creuse une brèche ouverte dans le paysage monolithe du néo-libéralisme.

 

Promouvoir le Care : renouveler la société par la reconstruction de notre praxis militante

Climat Social défendra aussi une politique du soin. Les théories du Care ont formulé la nécessité de revaloriser les pratiques du soin et de la sollicitude. Le Care est global. Il s’agit de soigner la terre, soigner le vivant et prendre soin de nous. Le travail de soin peut être une entrée systémique et matricielle à la mise en place d’une société bienveillante, inclusive, émancipatrice et heureuse. Car loin des injonctions de la compétitivité, du chiffre, des résultats, de l’agressivité des oppressions où l’on s’abime trop souvent ; loin de l’oubli ou de la dévalorisation générale des pratiques de soin menées par les auxiliaires de vie sociales, les aides-soignantes ou les assistantes sociales… le Care trace les contours d’un collectif respectueux des faiblesses de chacun, où le soin est une pratique partagée par toutes et tous, à destination de toutes et tous, de la terre et du vivant.

Au-delà des considérations sociales sur le soin, le burn-out militant est un phénomène trop connu. La promotion sociale du Care doit donc s’accompagner d’une bienveillance entre toutes et tous dans nos luttes.

 

Conclusion

Voilà donc le projet de Climat Social : inclusivité, circularité, féminisme, municipalisme, antispécisme, antiracisme, Communs, Care, démocratie, justice sociale et anticapitalisme… Ecologie Sociale en somme. Des initiatives porteuses de notre vision du monde existent dans plusieurs villes, dans plusieurs territoires, dans plusieurs luttes : elles promeuvent la résilience, le vivant, l’économie circulaire, l’autonomie, la transition démocratique, le municipalisme, la décentralisation, la réduction du temps de travail, le renouveau collectif ou la solidarité…. Elles s’incarnent dans l’écologie de transformation. Nous défendons un projet global, tenable et responsable. Par le prisme de l’écologie, nous pouvons dessiner les contours d’un monde juste et respectueux de la terre et du vivant. Nous sommes un mouvement parmi d’autres, mais la graine que nous plantons sera peut-être la première pousse d’un avenir meilleur. 

 

 

[1] Indépendant, Climat Social n’est lié à aucun parti politique.

[2] Cette liste de noms est longue à dessein. Nous espérons modestement qu’elle permette ainsi de promouvoir le travail des personnes citées tout en offrant une idée précise de nos références en cet instant T.

[3] Lorsque nous évoquons le « vivant », nous incluons les animaux auxquels nous pensons, bien entendu, tout au long de notre texte.

[4] Voir Municipalisme libertaire de Murray Bookchin

[5] En français dans Qu’est-ce que l’écologie sociale, éditions Atelier de création libertaire, 2012 ; texte extrait du premier chapitre de Ecology of Freedom : the emergence and dissolution of hierarchy, AK Press, 1982

[6] Une intuition qu’avait déjà perçu Marx dans son analyse du Capitalisme. Voir par exemple, le Manifeste du Parti Communiste.

[7] Un concept qui a été développé par Amartya Sen (puis Martha Nussbaum). Un auteur qui n’a pas été cité plus haut mais dont le concept fait référence.

[8] Cette idée que le système économique mondiale créé des « déchets humains » se retrouvent chez Zygmunt Bauman dans Vies perdues, la modernité et ses exclus, Payot, 2006. Nous trouvons cette analogie féconde.

[9] Dans Ethics of Immigration, Oxford University Press, 2013 ou Aliens and Citizens : the case for open borders : https://www.jstor.org/stable/1407506?seq=1#page_scan_tab_contents

[10] Sauf donc pour les populations les plus marginalisées et précaires de ces pays…

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