L'intelligence artificielle est-elle une force avec laquelle il faut compter ?

L’intelligence artificielle. Pratiquement tout le monde en a entendu parler. Tantôt en bien, tant en mal. Mais les espoirs ou les inquiétudes soulevés ne seraient-elles pas plutôt le reflet d'un questionnement sur notre place au sein de cet univers ?

Mannequin robot © Franck Veschi Mannequin robot © Franck Veschi
Aura-t-on encore besoin de notre cerveau un jour ? Certainement, oui, pour les fonctions essentielles comme manger, marcher, dormir etc. Mais pour le reste ? Celles concernant les parties nous permettant de travailler. Si la réponse paraît évidente aujourd’hui, elle ferait certainement l’objet de moins de certitudes, demain, avec l’intelligence artificielle (IA). Aujourd’hui, certains algorithmes permettent déjà de conduire une voiture, écrire des articles de presse, traiter certaines fonctions basiques de notariat, répondre à des questions vocales.

Quelle place pour l’intelligence artificielle ?

Un des aspects fascinants de ce sujet n’est pas tant les nouvelles limites repoussées par cette technologie que la place de l’être humain amenée à être remise en question. Si demain l’IA travaille à notre place, comment allons-nous occuper nos journées ? Aujourd’hui, il n’y a déjà pas assez suffisamment de travail pour tout le monde, alors comment pourrions-nous appréhender ce changement à venir ? Certains, forts de ce constat, parlent de réduction du temps de travail. D’autres parlent de nouveaux métiers sur lesquels nous devrions nous orienter. Certes mais tout le monde ne pourra (ou ne voudra) exercer le métier de développeur. Et notre productivité déjà importante aujourd’hui est loin d’avoir montré tout son potentiel avec l’IA. Déjà, Uber est en réflexion pour un jour se passer de conducteurs (humains). Bien sûr, il faudra derrière des personnes pour gérer la nouvelle flotte de véhicules autonomes mais le transfert n’y sera pas. Autre défi : la responsabilité juridique. Reprenons le cas Uber. En cas d’accident, qui sera responsable ? Uber ? Le passager ? Le constructeur ou l’éditeur du logiciel ? Néanmoins, reconnaissons que sur le sujet de la conduite, l’IA permet statistiquement d’avoir moins d’accident. Et les chercheurs développent et intègrent des systèmes d’apprentissage. En clair, l’IA apprend de ses erreurs et permet de réduire ainsi, à terme, les accidents. Le risque zéro n’existe pas mais si erreur il y a, elle est souvent introduite par des interventions humaines… Tout informaticien, ayant eu à gérer un support, vous dira que la plus grande source d’incidents provient de l’élément se trouvant entre le PC et la chaise.
Intelligence artificielle, être humain. L’impossible mariage ?

Un meilleur ami ou mon pire ennemi ?

Il serait aussi vain de combattre l’IA qu’il serait absurde de favoriser son développement sans une profonde réflexion. Après tout, si elle permet de limiter les erreurs voire de les supprimer sur des opérations délicates, cette opportunité ne doit pas être refusée. De même que implanter l’IA à tous les métiers sans se demander, combien d’emplois pourraient être détruits serait un très mauvais signal pour faire accepter les bienfaits de la technologie.
Mais un des débats, s’il devait avoir lieu, ne serait-il pas la gestion de nos politiques publiques par l’intelligence artificielle ? Nous savons que l’affaire est sujet, d’affect, d’histoire et de trajectoire personnels, etc. qui affectent notre capacité à voir le monde tel qu’il est et sur les solutions à apporter. L’objectivité n’existe pas chez l’être humain contrairement à l’IA. Quand une machine vous donne une information ou vous rend un service, elle ne le fait pas mieux ou moins bien selon votre race, sexe ou religion. En intégrant l’IA avec le big data, il ne serait pas inconcevable que celle-ci puisse réfléchir à des réformes. Décider de l’augmentation ou non d’impôts. Créer de nouvelles lois. Les exemples sont illimités. Dans cette configuration, il faudra alors observer la violence de nos dogmes mis subitement à nu par la logique informatique. Il faudra alors, se représenter que nos croyances sur tel aspect économique, sociétal ou autre n’étaient peut-être pas les bonnes. Ou en tout cas basées sur absolument rien de rationnel. Bref, que la mise à jour sera à faire à un endroit où personne ne l’attendait.

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