Quand Darwin nous explique la haine entre personnalités politiques du même camp

Pour quelles raisons des personnes appartenant à la même famille politique peuvent-elles porter entre elles une haine plus forte qu’envers leurs adversaires politiques ? À cette singulière question, Charles Darwin nous apporte un début de réponse.

Pour quelles raisons des personnes appartenant à la même famille politique peuvent-elles porter entre elles une haine plus forte qu’envers leurs adversaires politiques ? À cette singulière question, Charles Darwin nous apporte un début de réponse.

Quand on lit l’œuvre « De l’origine des espèces » du plus célèbre des naturalistes, et plus spécifiquement sur la concurrence intra-espèces, on ne peut s’empêcher, en tout cas pour ma part, de penser à la similitude avec le fonctionnement de nos partis politiques.

Bien-entendu, il doit être possible d’appliquer cette comparaison à d’autres organisations mais mon analyse s’arrêtera à un domaine aussi passionnant qu’universel : la politique.

Ce qui a été l’occasion de ce rappel, alors que ma lecture de cette œuvre date, a été la récente interview donnée par Jérôme Lavrilleux à BFM.

Très très rapidement, je résume : le scandale Bygmalion ou ce que l’on devrait nommer plus prosaïquement l’affaire du financement de l’élection électorale de Nicolas Sarkozy met, tout à la fois, au jour un dépassement de plafond autorisé de campagne, une révélation de faux et usage faux, des provenances douteuses de fond et pour le sujet qui nous intéresse : une profonde haine entre des figures de la droite que sont l’ancien Premier ministre François Fillon, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, et l’ancien ministre Jean-François Copé.

Voilà pour le contexte.

Note : les détestations entre membres au sein d’un même parti politique ne sont pas des spécificités du camp de la droite.

Pour les moins jeunes, de rappeler que la toute première primaire au sein de gauche pour élire un chef ne s’est pas faite sans heurts. Et ce qui devait être normalement un débat d’idées a viré sur des attaques de personnes.

Que l’on se souvienne aussi que les attaques les plus féroces lors de la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle sont venues de son propre camp.

À ressource limitée, inimitié grandissante

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Alors que nous dit Darwin qui peut nous éclairer sur cette notion « d’ennemi proche préféré » ? Bien que contre-intuitive, l’explication est assez simple à comprendre : plus des espèces sont proches, plus la concurrence sur l’accès aux ressources essentielles, alimentaires donc, va être forte. Et c’est ainsi que les « tensions » naissent. Dit autrement, on peut être copain mais l’amitié s’arrête à partir du moment où vous allez vous sentir obligé de piquer dans mon assiette.

Si l’on peut observer des « cohabitations » entre des espèces différentes, c’est tout simplement que la ressource alimentaire est spécifique à chacune d’entre elles. Je me dois de préciser que, parfois, cette cohabitation vire parfois à l’alliance quand s’y ajoute un intérêt commun…

Cela peut parfois se voir quand un groupe d’herbivores composés de girafes, gazelles, etc forment un groupe au sein de la savane. On peut très bien se représenter que les végétaux dont se nourrit le mammifère le plus haut de la planète n’est pas celui du même type qu’un bovidé tel que la gazelle ou ou qu’un équidé telle que le zèbre.

Ici, la girafe servant le rôle « périscope » et, au moindre danger, telle que la venue de prédateur s’enfuira. C’est ici que des espèces comme des Suricates ou des chimpanzés, ainsi alertés, feront suffisamment de bruit pour prévenir les autres espèces.

Cette belle alliance ne tiendrait pas une heure si toutes ces espèces devaient se nourrir du même végétal. Et c'est ainsi que vous ne verrez pas une telle cohabitation chez les prédateurs : chez les carnivores, une telle diversité n'existe pas. à quelques exceptions près, une même chair est appréciée de tous.

Revenons maintenant à nos moutons que sont nos partis politiques.

Ici, la ressource alimentaire est le vote des électeurs. Et avant d’aller sur un plan national, le besoin le plus précieux avant de briguer à la suprême investiture sera la précieuse denrée que représente les militants. Et ces derniers, un cœur, ou pour, le moins, un bulletin de vote au moment des primaires, ils n’en ont qu’un.

Après tout, si vous devez être élu à la tête de votre parti, vous avez, en somme, infiniment plus à craindre qu’un candidat aux idées proches des vôtres qu’un politique du camp adverse. Ici aussi, les ressources sont limitées. Voire plus que dans la savane. Car si dans la nature, malgré la concurrence, une survie est possible, dans la politique, il n’est pas bon d’être second.

Michaël Capgras - CEO du réseau d'affaires You Work Here

Mon blog professionnel : Savoir réseauter

Mon compte Twitter : CMichael_fr

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