La Chine va-t-elle devenir le nouveau maître du monde ? Non. Mais…

En cette période de crise sanitaire, social et politique de nombreuses questions surgissent. Et Une interrogation de taille car elle va conditionner le jeu politique internationale pour les années à venir : qui ressortira avec le moins de dégâts de cette crise sanitaire et sera le prochain arbitre des relations internationales ? Tentative de réponse dans ce billet.

En cette période de crise sanitaire et de confinement, de nombreuses questions surgissent. À raison. Ce fléau sanitaire révèle, tel un miroir magique, de nombreuses facettes sur nous-même plus ou moins conscientisés et plus ou moins désagréables. Notamment sur l’efficience (ou pas) de nos organisations politiques, sociales et sanitaires.

Une interrogation et pas des moindres car elle va conditionner le jeu politique internationale pour de nombreuses années à venir : qui ressortira avec le moins de dégâts de cette crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus et sera le prochain arbitre des relations internationales ?

Je profite donc de ce billet pour répondre à la question "La chine va t’elle devenir le nouveau maître du monde ?" que pose le youtubeur Thami Kabbaj dans sa dernière vidéo et tâcher d’apporter quelques points qui ont été occultés par ce dernier.

And the Winner is... noboby


Containers chinois contre containers US Containers chinois contre containers US
Nous allons pour commencer cet article par donner tout de suite la réponse. Non, la Chine ne sera pas la prochaine superpuissance mondiale. En tout cas pas telle que nous l’avons connu sur les dernières décennies avec les États-Unis d’Amérique.

La 1ère erreur lorsqu’une comparaison est faite de ce type entre les E.U et la Chine est de le faire sous le prisme militaire et économique. Ces critères sont intéressants et pertinents mais ne peuvent être les seuls pris en compte. Il n’y aura pas de précédent américain car l’influence et la domination des américains n’ont pas été seulement d’une intensité inouïe mais également à 360 degrés.

C’est habilement au sortir de la 2nd guerre mondiale qu’ils ont su jouer de la hard et soft power. L’essai de la Chine sur ce dernier point est beaucoup plus timide. Qu’entendons-nous par Soft Power ? De l'audace de ne pas nous avoir vendu juste leur Coca-Cola, Levi's et Chewing-Gum mais la culture avec.

La domination culturelle américaine est à cet égard sans conteste. Au-delà du sol américain, beaucoup d’entre nous serions capables de citer quelques éléments clés du rêve américain. Leurs productions cinématographiques et discographiques ont envahi le monde. Le concept d’"American way of life" a été un idéal de vie partagé bien au delà du sol américain.

Et cela a été rendu d’autant plus aisé, en tout cas pour la partie occidentale que les européens et les américains présentent des similarités dans les modes de vie. Tant sur le rapport social que politique.

Le storytelling de l’Oncle Sam, quoi qu’en pense, a été un fabuleux outil de propagande pour justifier de nombreuses guerres. Personne n’a jamais contesté, en tout cas dans la forme, l'argument de liberté et démocratie qu’on su présenter les U.S dans les nombreux conflits qu’ils ont menés. Même si les véritables raisons, moins avouables, étaient bien connus des acteurs clés.

La Chine, en revanche, n’a jamais su « vendre » son modèle de société aux pays démocratiques.

On pourrait développer bien plus le sujet sur ces différences fondamentales qui entravent la Chine dans son accession au trône suprême. Nous le ferons peut-être dans un autre billet. Ici tentons juste d’esquisser le scénario le plus probable au regard du comportement passé et de la situation actuelle de la Chine.

 

Le meilleur moyen de gagner une guerre


Le Top 15 des budgets militaires mondiaux en 2016 © Claire Jenik Le Top 15 des budgets militaires mondiaux en 2016 © Claire Jenik
« Le meilleur savoir-faire n'est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l'ennemi sans combattre ». Ce célèbre adage de Sun Tzu extrait de «l’Art de la guerre» pourrait à peu près résumer la posture de la Chine dans la compétition qu’elle mène aux américains. En effet, les chinois n’ont jamais menacé directement les américains.
Il est vrai que :

Même au plus fort des tensions des guerres commerciales avec les U.S, la Chine a toujours pris soin de calmer le jeu. Bien entendu, cette posture ne pourrait durer éternellement mais elle nous éclaire un peu.

Donc il est probable que s’il devait y avoir une « l’hégémonie » chinoise, elle se ferait de manière plus « subtile » que les américains. Et que sur certains domaines clés.

Il est cependant un élément passé sous les radars médiatiques concernant la Chine. Nous l’avons vu, en termes de modèles, de soft-power, il était bien des choses à revoir. Cependant, il est un bien plus grave et plus difficilement à manier et qui s’annonce comme une bombe à retardement pour la Chine : sa démographie.

Volontairement, nous mettrons de côté la forte dépendance de l’économie chinoise aux exportations (qui pourrait lui retomber dessus avec le recul de la demande engendrée par le confinement), la dominance du secteur industriel et la forte inégalité de revenus, pour nous attarder sur ce point du vieillissement.

Nombre moyen d'enfants par femme en Chine entre 2007 et 2017 © https://fr.statista.com/statistiques/ Nombre moyen d'enfants par femme en Chine entre 2007 et 2017 © https://fr.statista.com/statistiques/
L’âge de médian de la chine en 2020 est 38,4 ans. Pour le faire simple, la population chinoise est vieillissante. Et ce n’est pas le taux de fécondité qui va corriger les choses. Sur 10 ans, ou de 2007 à 2017 le taux de fécondité chinois est passé de 1,53 à 1,62 enfants par femme. Une tendance qui n'est pas de nature à assurer le renouvellement de la population chinoise. De même, nous ne développerons pas ici les nombreuses conséquences que cela peut engendrer (réduction de la main d’œuvre, hausse des cotisations sociales, hausse de la dette publique etc.) mais si aucune correction est apportée, et de taille, pour traiter ce sujet, dernier risque d’être un sérieux boulet.

Donc comme on le voit, la Chine aura bien des défis internes à relever avant de s’ériger en superpuissance. Cependant le poids de l’Amérique du nord va décroissant. Et elle n’a pas attendu la crise du coronavirus pour cela.

La récession aux E.U est apparu avant la crise sanitaire. Elle date de fin 2018, début 2019.

Et le pari que les américains ont fait sur le gaz de Schiste pourrait leur revenir en pleine figure à la manière d’un boomerang. Marqueur de l’indépendance énergétique et devenu 1er exportateur mondial, le gaz de Schiste a fait l’objet de lourds investissements. La position était encore tenable avec un cours de pétrole haut. Cependant le cours du pétrole n’a également pas attendu la crise sanitaire pour baisser. Victime d’une demande mondiale en baisse, aggravée par la crise du coronavirus, les déboires du pétrole américain pourraient signer la fin d’une époque d’opulence pour les États-Unis.

 

Quand le plus grand adversaire est soi même

 

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Pour résumer, la crise sanitaire n’a fait qu’accentuer et révéler une position économique américaine sur le déclin. Pour la Chine son défi interne pourrait lui être fatal. Et dans le meilleur des scénarios la ralentir dans son ascension en super nation.

Pour se représenter les grandes tendances à venir, il faudra se représenter un jeu d’échecs. Non pas à deux comme classiquement mais à 4 joueurs (si, si ça existe).

Donc dans la mesure où les deux champions internationaux pressentis auront des défis internes - d’intensité moindre que le coronavirus certes- d’importances majeures et que ces derniers ne s’affrontent pas directement (comme ont pu le faire les États-Unis avec la Russie pendant la guerre froide), une recomposition « forcée » à plusieurs pourrait voir le jour avec l’Allemagne, l’Inde, la France et la Russie. Qui sera sera présent au prochain concert des grandes nations ? Un début de réponse nous sera donné à l'issue de la crise sanitaire et après une évaluation de l'état des puissances restantes.

Il aura fallu deux grandes guerres mondiales pour installer la suprématie des États-Unis. Ironie de l’histoire quand cette ancienne terre d’immigration voit dans les facteurs de son déclin un envahisseur invisible.

 

Autres sources :

La Chine à bout de souffle - Isabelle Attané - Éditions Fayard

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Michaël Capgras - CEO du réseau d'affaires You Work Here

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