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Billet de blog 21 oct. 2021

Quand Nous Toutes exclut les femmes

Soutenu par 430 signataires, cette tribune considère que l'idéologie transactiviste à laquelle adhèrent bon nombre d'organisations se prétendant féministes, conduit non seulement à l’exclusion de femmes des manifestations et des espaces qui leur sont dédiés, mais incite également à la violence physique et verbale à leur encontre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les questions "d'identité de genre" ont aujourd’hui pris toute la place dans les débats féministes. De toute l'histoire de l'humanité, aucune lutte n'a progressé aussi rapidement, avec autant de moyens et de visibilité que le mouvement “queer”, ou transactivisme, qui porte depuis une dizaine d’années des revendications au nom des personnes transgenres.

Que l’on soit écologiste, antispéciste ou simple militant-e de gauche, personne n'y échappe. Cependant le milieu militant le plus touché par ce sujet est bien la lutte pour les droits des femmes, au point d’invisibiliser ces dernières et d’exclure des militantes avec violence, et ce, dans le but d’inclure des hommes s’identifiant comme trans.

C'est ce constat que nous souhaitons relayer, nous, militantes et activistes féministes, survivantes de la prostitution et du porno, de viol, femmes en situation de handicap, migrantes et réfugiées, femmes apostates, victimes des dictatures religieuses, victimes d’excision, femmes lesbiennes, bisexuelles, femmes souffrant de dysphorie, hommes transgenres et aussi femmes en détransition... mais surtout femmes harcelées, violentées, lynchées, humiliées, censurées, menacées de mort et aujourd’hui exclues des milieux féministes pour nos idées, nos histoires et nos vécus.

Le collectif « Nous Toutes », créé en 2018 en surfant sur la vague #metoo, s’est imposé avec des positionnements problématiques dès ses débuts. Nous avons constaté la rupture du collectif avec les valeurs féministes historiques dès les premières marches, lorsque Caroline de Haas et ses alliées ont accepté de laisser défiler en première ligne des hommes travestis issus d’organisations luttant ouvertement pour la décriminalisation du proxénétisme (Strass et autres organisations rassemblées sous le symbole du parapluie rouge). Nous pourrions également évoquer le défilé du 10 novembre 2019 aux côtés d’associations islamistes, d’entrepreneurs identitaires et d’imams intégristes (Rachid Eljay) qui expliquent que les femmes sans voile n’ont pas d’honneur et qu’il est possible de disposer de leurs corps.

« Nous Toutes » prétend encore à ce jour  lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Cependant, nous constatons leur silence assourdissant lorsque les viols et les agressions sont commises par des personnes transgenres (agressions de femmes lors du 7 mars 2021 place de la République), lorsque les victimes sont des survivantes du système prostitutionnel (8 mars 2020, deux militantes du collectif CAPP dont une survivante de la prostitution tabassées à la manifestation Parisienne), lorsque les victimes sont lesbiennes et refusent  “les pénis de femmes” (agressions des femmes du collectif Résistance Lesbienne) ou encore lorsque les victimes de cyber harcèlement sont des féministes radicales. Pour faire le lien entre toutes ces agressions, nous pourrions résumer en disant que “Nous Toutes” tolère la violence lorsque les victimes sont des femmes qui expriment une critique de cette idéologie qui s’impose partout comme un dogme, l’idéologie de genre.

Mais une étape supplémentaire a été franchie lorsque, le 5 octobre dernier, « Nous Toutes » publie sur sa page Facebook un visuel déclarant vouloir exclure les femmes appelées “TERF” de la marche organisée le 21 novembre à Paris. 

“TERF” est un acronyme anglophone dégradant, diffamatoire et insultant, incitant à la haine et à la violence à l’encontre de femmes. En effet, les tweets, collages et tags incitant à « buter, tuer ou brûler une TERF » sont devenus tristement banals.

Lors de la "marche lesbienne" en avril 2021, un homme avec un t-shirt qui appelle à tuer les "terfs".

Cet acronyme (“Trans Exclusionary Radical Feminist”) accuse les féministes qui se réfèrent au sexe, et non au ressenti subjectif des individus, dans leur analyse des rapports de domination des hommes sur les femmes, d’exclure les personnes trans du féminisme. Ainsi, lorsqu’une féministe dit qu’un homme ne peut pas être une femme, ou encore que les lesbiennes n’aiment pas les pénis, celle-ci est immédiatement jugée « transphobe », menacée et ostracisée.

Une grande majorité de femmes ne peut donc plus lutter pour leurs droits pour la simple raison qu’il est désormais tabou d’affirmer que le genre est une hiérarchie construite socialement à travers des injonctions spécifiques à chaque sexe, imposées aux individus depuis leur naissance. Il est même devenu dangereux de refuser de définir le fait d’être une femme ou un homme selon notre adhésion ou non à des stéréotypes sexistes. Ce qui était encore il y a peu la base de toute théorie féministe est devenue une hérésie justifiant pour certain.e.s une condamnation au bûcher.

De la même manière, il est désormais interdit aux femmes de refuser des individus mâles dans leurs espaces et leurs luttes sur leur simple déclaration qu’ils « se sentent femme ».  Elles sont, au contraire, obligées de céder à toutes leurs revendications, les personnes trans devant être considérées comme davantage discriminées que les femmes dans la société.

Les féministes visées par l’acronyme “TERF” ne nient pas l’existence des personnes trans et ne luttent pas contre leurs droits. Nous comprenons le profond malaise qui touche les personnes qui ne se reconnaissent pas dans les stéréotypes sexistes assignés à leur sexe. Nous pensons cependant que la solution réside dans l’abolition de ces normes oppressives, et non dans leur légitimation en tant qu’identité profonde, innée et indiscutable.

Au contraire des organisations comme « Nous Toutes », nous luttons avec et pour les « hommes trans » qui subissent le sexisme depuis leur naissance étant donné qu’elles sont nées filles.

Nous opérons également une distinction rationnelle entre la lutte pour les droits des femmes, qui représentent un peu plus de la moitié de l’humanité, et celle pour les droits des personnes trans. D’une part, parce-qu’il s’agit de problématiques différentes et d’autre part, parce-que nous constatons que la seconde, étant donné qu’elle concerne des hommes, prend fatalement le pas sur la première.

Nous souhaitons aujourd’hui partager notre inquiétude face à l’influence des organisations  telles que « Nous Toutes » ou l’entreprise de Caroline de Haas “Egae” qui imposent à des milliers de femmes, sous peine d’être accusées de « transphobie », la définition « est une femme quiconque se “sent femme’’ », refusant tout questionnement sur l’origine de ce ressenti et les conséquences que cette définition implique pour les droits des femmes. 

Nous osons affirmer, malgré les représailles que nous subissons depuis plusieurs années et qui ne cessent de s’aggraver, qu’une femme est une personne qui a un corps d’humaine adulte femelle avec n’importe quelle personnalité et non “une personnalité féminine” avec n’importe quel corps. Que toute autre définition relève du sexisme.

Nous alertons sur la recrudescence de violences physiques et verbales lors d’événements ou sur les réseaux sociaux, dont des milliers de femmes sont victimes en raison de leur désaccord avec l’idéologie queer. Nous dénonçons enfin la complicité de « Nous Toutes » dans cette récente mise en place d’un climat de terreur et de répression des libertés d’opinion et d’expression au sein du féminisme.

Il nous est devenu impossible de parler des problèmes sexo-spécifiques sans être cataloguées de  “transphobes”. Il nous est devenu impossible de parler de précarité menstruelle, de violences gynécologiques et  obstétricales, d’excision, de mariage forcé, de droit à l’avortement, de néonaticide fondé sur le sexe, de déportation et de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, de clitoris ou encore de cancer du sein, et ce, au sein même des mouvements censés lutter pour rendre visible ces violences machistes et les condamner. Cette situation absurde doit cesser. 

Nous ne nous laisserons pas exclure de nos luttes.


Signataires :

Rosen Hicher, survivante de la prostitution, initiatrice de la marche mondiale des survivantes de la prostitution

Daria Khovanka, survivante de la prostitution, membre du collectif CAPP 

Joana Vrillot, Fondatrice et coordinatrice du collectif CAPP

Marguerite Stern, créatrice des collages contre les féminicides

Dora Moutot, créatrice du compte @tasjoui

Marie-Jo Bonnet, Historienne,  écrivaine

Alexine Solis, Survivante abolitionniste

Ibtisamme Betty Lachgar, psychologue clinicienne, militante féministe CAPP

Brigitte Bianco, Autrice

Francine Sporenda , Responsable rédactionnelle du site Révolution féministe

Valérie Pelletier, survivante de la prostitution et militante féministe

Sophie ROBERT, réalisatrice et productrice de documentaires

Emy.G, vidéaste du compte @antastesia

Dr. Ingeborg Kraus, Psychotraumatologue

Collectif de colleuses L'AMAZONE PARIS

Lady. K, peintresse 

Esther Cannard - enseignante

Arielle Constantieux, Barista

Laure Greene, employée 

Anna Martin, Responsable d'exploitation

Anna Le Boucher, survivante et abolitionniste

Collectif de colleuses l'AMAZONE Haute-savoie

Flo Marandet, enseignante

Anissia Docaigne-Makhroff, juriste et activiste féministe

Pauline Makoveitchoux, photographe

Collectif de colleuses l’AMAZONE Arlysère

Victoriane Patraud, Graphiste

Sarah Mounzouni, graphiste

Marfa Docaigne-Makhroff, consultante

Audrey Arendt, philosophe

Mélanie Telle, étudiante en conservation du patrimoine

Maureen KAKOU, poétesse

Manon Didier, chargée de prévention santé

Manon Lassalaz, enseignante spécialisée et détentrice d'un M2 Gender studies

Noémie Huart - animatrice en éducation permanente féministe. Militante féministe

Sofia Recham, Agent commercial immobilier

Ana Lebón, Assistante gériatrique

Laurie Briand, Etudiante apprentie conductrice de travaux

Catalina Roth, Réceptionniste

Clara Delattre, étudiante

Anne Palmowski, journaliste et réalisatrice

Sandrine Beydon, déléguée pharmaceutique

Camille Thibault, étudiante

Graziella Florimond Pouvait, enseignante, écrivaine et afro féministe 

Lucie Calmels, commerciale

Maeve Laveau Northam, militante féministe lesbienne radicale

Carole Barthès, graphiste

Raquel Oliveira Coelho - Animatrice

Magali Salvadori, gestionnaire de paie

Aurore Benard, militante féministe, LGBT et Antispéciste

Gloria Martinez, Pâtissière

Alice Gonnet, directrice d’un ALSH

Déborah D’Imperio, directrice artistique

Andreea Nita, étudiante

Kim Jacques, technicienne de support

Julie de Frondeville, peintresse

Nassira Izmar, étudiante

Noellie Barailles, professeur de plongée

Julia Guerrois, traductrice 

Melissa Roche, Autrice

Ophélie Grange, ouvrière agricole

Clara Noizet, enseignante

Laurence Martin, retraitée, feministe universaliste radicale

Aurea Tellier, étudiante

Camille Girard, militante lesbienne radicale, alliée Detrans et FTM

Sidwell Rigade, Ingénieur en biologie

Laure Zajac Fouissac, Hôtesse de l’air

Cassandra Bidois, étudiante

Pauline Lisi, étudiante

Milène Rault, étudiante

Anabelle Debiève, juriste & CM

Ana Minski, militante ecoféministe

Laetitia Wider, journaliste 

Lucie Dorat, Enseignante

Sandra Besson, entrepreneuse

Anaïs Martinez, Artiste visuelle 

Jeanne Gut, vendeuse

Khady Toure, Assistante sociale

Zélie Marie, Psychomotricienne

Rosalie Amara, chargée RH

Aurélie Doriani, Ingénieure en informatique

Lyse Nicoud, chirurgienne-dentiste

Marion Av, militante féministe

Pauline Amélie, photographe

Hisaé Yerlikaya, militante et Juriste

Anaïs Lenal, artiste féministe et militante

Pauline Maulmont, étudiante et activiste féministe

Charline Beauvais, militante féministe

Jessica Moreau, libraire

Anna Wolska, militante féministe

Valérie Bardin, Comptable

Mélissa Parmentier, en reconversion professionnelle

Liv Simonet, étudiante en master d’histoire médiévale

M. Minier, étudiante en génie de l’environnement

Yasmina Mounir, ingénieure

Rendu Emeline, Étudiante

Lea Dubois, étudiante

Aza Ninarova, avocate

Silas Lang, Sans emploi

Leïla Rojas, assistante psychiatre

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