Alerte citoyenne sur la démocratie représentative !

Année après année, les citoyen-nes voient se dissiper sous leurs yeux leur chère démocratie représentative. Si le monde change, ça n’est pas une raison pour continuer à subir ces glissements périlleux vers un monde de contrôle et d’injustice. La démocratie est usée par toutes les dérives néolibérales et politiciennes. Mais la République, née de la Révolution française, nous souffle à l’oreille…

Un représentant du Collectif Citoyen 06 a récemment rencontré un très proche conseiller de Christian Estrosi, en mairie de Nice. D’entrée de jeu, celui-ci s’est livré : ‘’Beaucoup, ici, pensent que le collectif citoyen 06 est un empêcheur de tourner en rond’’… 

Oui, nous confirmons que nous empêchons de tourner en rond ceux qui ne souhaitent pas être importunés par des citoyens libres d’opinion, bénévoles et portés (sincèrement) par le seul intérêt général. Mieux : nous ne les lâcherons pas, tant qu’ils continueront à se baffrer d’insincérité et d’hypocrisie. Jamais, depuis la création de ce collectif, nous n’avons été pris à défaut sur le sérieux de nos études et de nos affirmations. Pourquoi ? Parce que nous ne jouons pas, comme peuvent le faire de nombreux proches du ‘’bon dieu’’, son cabinet, certains de ses adjoints, tous plus obsédés par la communication et l’image que par les résultats factuels… Nous travaillons, parce que nous sommes passionnés par la res publica, la chose publique, et l’intérêt commun. En dépit de la force dérangeante de certaines de nos publications, ils seraient bien mal avisés de nous intenter un procès en diffamation. Pourquoi ? Parce que, sans nous flatter, nous en savons chaque jour davantage, à force de travail (recherches, études, archivage, analyses, enregistrements), et que le déballage ne leur serait pas forcément flatteur. Si la twittosphère pétille puis oublie, nous mettons un point d’honneur à préserver, autant que possible, la mémoire des faits, des paroles données et des engagements éphémères. Et cela déplait, sur la scène décatie de la politique-spectacle.

A Nice, comme ailleurs, les citoyens sont confrontés à une érosion très inquiétante des principes démocratiques. Tout ce qui ne va pas dans le sens convenu de la parole des édiles catégorise ipso facto le citoyen usant d’esprit critique comme suspect, voire opposant. Pire : extrémiste, écolo de théâtre, archaïque, décroissant (tous ces mots ont été prononcés lors de conseils municipaux et métropolitains)... Alors même que les élus, tant en national qu’en local, sont légalement élus, mais avec des taux de participation extrêmement faibles, ce qui écorne sérieusement leur légitimité, ils se permettent d’étouffer tout esprit d’opposition politique ou de contradiction citoyenne, parfois même de manière pagnolesque ou croquignolesque. Pour ne pas dire pathétique.

Prenons un peu de hauteur, et posons-nous la question de savoir où nous en sommes, en tant que citoyen-ne français-e et niçois-e aujourd’hui, en 2021.

Le ressenti, d’abord, est celui d’un cadenassage insidieux mais croissant de la démocratie et des libertés, et nous ne nous focalisons pas, ici, sur le pass sanitaire, puisque le problème dépasse de loin cet ustensile supplémentaire de contrôle. Cadenassage et dépossession, car le citoyen ‘’de base’’, s’il n’est pas enrôlé dans un système clientéliste lui donnant l’illusion d’être écouté, se sent littéralement exclu de tout champ décisionnel. Et ce ne sont pas les simulacres de concertation ou d’enquête publique qui vont changer cet état de fait. La conséquence ? Un taux d’abstentionnisme croissant, de décennie en décennie. Pourquoi ? Parce que tout se joue très loin de lui : le pouvoir, le vrai, pas celui des petits élus de terrain, appartient désormais à la lointaine technocratie européenne, assiégée par 15.000 lobbyistes, à l’OMC, à l’OCDE, au FMI, aux GAFAM et aux multinationales qui n’auront jamais été aussi puissantes... Parce que, que le gouvernement soit de gauche ou de droite, rien ne change dans son quotidien. Parce que des clans opportunistes s’installent sans partage dès les élections gagnées. Plus de deux siècles après la Révolution française et la destitution des privilèges féodaux et royaux, de nouvelles Bastille se sont reconstituées, non plus seulement à l’échelle de fiefs locaux, mais à celle des continents et de la mondialisation. Quant à de nombreux élus, Molière, s’il était encore parmi nous, se régalerait de leurs tartufferies et manigances... Nihil novi sub sole ! En France, le pouvoir est devenu plus vertical que jamais, et se fait plus autoritaire, d’une crise à l’autre. Comme le martelaient Margaret Thatcher et Ronald Reagan : ‘’There is no alternative’’. Et en effet, aujourd’hui, ce sont les seules lois néolibérales, le marché unique, les dérégulations et les traités de libre-échange, qui dirigent nos vies, désindustrialisent nos territoires et saccagent la planète. Au plan plus politique, Emmanuel Macron est devenu le chantre du ‘’ni droite-ni gauche’’ et du ‘’en même temps’’. A présent, hors du centrisme autoritaire, point de salut. Tout le reste du champ politique est frappé de l’anathème d’extrémisme et se trouve ostracisé. Le pouvoir législatif est aux ordres de l’exécutif, et la contradiction n’est plus envisageable : les amendements sont évacués manu militari lorsqu’ils gênent, et l’article 49.3 est dégainé dès que jugé nécessaire. En bref : tout cela sonne la fin de partie pour la démocratie représentative.

A quoi le citoyen se voit-il réduit ? A jouer au consommateur qu’il faut distraire et qui doit abuser de sa carte bancaire, à qui il faut donner du pain et des jeux, comme à l’époque des empires romains (panem et circences) : télé-réalité, Hanouna, jeux, sport, réseaux sociaux, porno, publicité, parcs d’attraction, voitures, voyages en avion. Souvenez-vous du ‘’titytainement’’, suggéré par Zbigniew Brzezinski, conseiller des présidents Carter et Obama… Ce même citoyen est minutieusement scanné sur Internet (algorithmes, cookies, tracking, surveillance DGSI), manipulé par le neuromarketing, trompé (pub, phishing, communication politique), et se trouve surveillé par une multitude de caméras à l’œil froid, dès qu’il sort dans l’espace public : ‘’Dormez en paix, citoyen, vous êtes placé sous vidéoprotection’’. Pour votre plus grand bien… A Nice, ce sont 3000 caméras qui scrutent nos déplacements, et des haut-parleurs prescriptifs, doublés de projecteurs lumineux, s’installent à chaque coin de rue. La technologie sécuritaire est devenu un gisement de profits pour les entreprises high-tech, israéliennes et autres, mais n’améliore rien du quotidien des citoyens : ni leur sécurité, ni leur bien-être. Et pour cause : leurs problèmes sont bien ailleurs : chômage, précarité et pauvreté, pollution de l’air, nuisances sonores, incivilités, maladies chroniques…

La médiocrité a décidément pris le pouvoir. Nos élites ont perdu toute culture et sont devenues plus opportunistes et démagogiques que jamais. Le condamné Sarkozy, ex-président de la République française, aura été un jalon national dans cette triste bascule vers la vulgarité politique, avec son ‘’nettoyage des quartiers au Karcher’’ et autres pantalonnades. Et cette oligarchie médiocratique veut faire de nous des masses de médiocres soumis, qu’on peut diriger au doigt et à l’œil, par la lobotomisation publicitaire et les désirs pulsionnels d’achat (consumérisme décérébré et marchandisation générale), par le clientélisme et la distribution de faveurs (subventions, emplois, arrangements…), par les médias inféodés, par l’ostracisation des non-conformes et par la peur, ce redoutable outil de contrôle des foules. Tout est fait pour atomiser la société civile, en poussant à l’individualisme, à la pensée unique et binaire et à la déresponsabilisation généralisée, et souvent à l'ignorance, que Marguerite Yourcenar dénonçait autant dans les démocraties que dans les régimes dictatoriaux : ‘’Ne changez rien, on s’occupe de tout’’. Mais soyez sages comme des moutons de Panurge ! Sinon, c’est nassage, fichage et LBD… Et en effet, il faut être malvoyant pour ne pas constater que la police française s’est redoutablement militarisée, sans même parler des outils numériques de contrôle et d’écoute.

En somme, que le citoyen vote ou pas, le problème n’est plus là. Le pouvoir lui a échappé, et les lois sont dictées par les ‘’intérêts supérieurs’’. Autrement dit : corporatistes et marchands. Il a fini par être désensibilisé aux mensonges, à l’insincérité et à l’hypocrisie, aux promesses non tenues, au népotisme, au cynisme, à l'escobarderie, à la trahison, aux passages en force, à l’idéologie des boucs-émissaires (‘’c’est pas nous, c’est les autres’’).

Mieux : que nous dit-on quand on crie à l’escroquerie ? Que la France est toujours le pays des Lumières, un phare de démocratie dans le monde, et que nous ferions bien d’aller faire un tour en Afrique ou dans les pays dictatoriaux pour nous en convaincre. L’affaire est donc bouclée à double-tour : ceux qui ont le pouvoir le verrouillent, défendent des intérêts supérieurs qui sont rarement ceux des populations, et font le maximum pour que rien ne change, en désignant le pire plutôt que le meilleur.

Dommage, parce que c’est maintenant qu’il faut transformer en profondeur nos sociétés et nos modes de vie dévastateurs pour les écosystèmes et le vivant. Pouvons-nous compter sur des conservateurs opportunistes (même si nous ne mettons pas tous les politiques dans ce sac), des profiteurs et des bonimenteurs, pour protéger nos libertés chéries, la planète et l’avenir de nos enfants ?

Continuerons-nous longtemps à subir, comme des brebis menées à l’abattoir ? N’avons-nous pas envie de reprendre, un tant soit peu, le contrôle de nos démocraties ? Faut-il que le ‘’peuple’’ (démos) renverse vraiment la table, faisant de la crise des Gilets jaunes de 2018, un amuse-gueule dérisoire ? Notre République française a été fondée sur l’esprit révolutionnaire de 1789 qui a permis de mettre à bas des privilèges et des injustices séculaires. A l’heure où notre démocratie semble s’épuiser, il semble que la République nous glisse un message à l’oreille… Souvenez-vous de la parole de Thucydide, au Vème siècle avant J.C. : "Il faut choisir : se reposer ou être libre". Arrêtons donc de nous reposer sur leurs lauriers : ils sont flétris.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.