Marche des Mamans : bilan et suites

La marche du 8 décembre était une étape. Nous en proposons ici un bilan factuel, mais le plus dur reste à faire : les 151 enfants doivent être entendus et les policiers doivent rendre compte de leurs actes devant une cour de justice.

Ce n’était pas gagné mais on l’a fait !

Nous avons manifesté un dimanche dans un Paris inaccessible du fait de la grève des transports (que nous soutenions par ailleurs). Les jours précédents, ils étaient nombreux ceux qui nous écrivaient, nous appelaient pour s’excuser de ne pouvoir nous rejoindre faute de train de province ou de banlieue. Certaines associations de mamans italiennes ou allemandes antifascistes, proches du Collectif des mères solidaires, mené par Geneviève Bernanos, soutien de la première heure, n’ont pas pu faire le déplacement elles-aussi. Bref, nous nous étions résignées à marcher pour l’honneur au mieux aux côtés de 500 personnes selon nos pronostics les plus optimistes. Nous avons été près de 2000.
1500/2000 manifestants, ce n’est pas beaucoup rapporté à la gravité de l’humiliation subie par nos enfants ce 6 décembre 2018 et ce n’est pas beaucoup rapporté à l’impunité policière dont jouissent les policiers qui se sont rendus coupables d’une telle brutalité envers des mineurs. Ce n’est pas beaucoup non plus rapporté à l’impact international de cette affaire et à ses répercussions. Mais, c’est beaucoup compte-tenu d’abord des difficultés à se déplacer mais aussi de la marginalité de la cause défendue : celle des quartiers et de leurs habitants - la plupart du temps, parents pauvres des mobilisations sociales - quand l’essentiel de l’attention médiatique et politique est concentrée sur les gilets jaunes ou le mouvement social au sens large. Notre marche est arrivée en effet après la marche pour le climat le 21 septembre, après la marche contre l’islamophobie du 10 novembre, après l’anniversaire des Gilets Jaunes, après la grande marche féministe du 23 novembre et après le déclenchement de la grève intersyndicale. Bref, nous venions en queue de comète avec une identité pas facile car associée à l’antiracisme politique, un jour de grève, et pourtant nous considérons que le défi a été relevé, d’abord sur le plan politique et ensuite sur le plan médiatique.

Sur le plan politique, l’acquis est le suivant :
L’appel qui s’inscrit dans la filiation des marches de la dignité a été spontanément soutenu par des organisations se revendiquant de l’antiracisme politique comme UNPA, de nombreuses familles de victimes de crimes policiers, la BAN, l’UJFP, le PIR ou MTE et a été rejoint par des franges radicales du mouvement social comme l’AFA, Sud, le Front Social, l’AG interpro, Jeunes NPA, Désobéissance  écolo, l'Union des communistes libertaires, la marche des Solidarités ou le collectif anti-guerre :

https://blogs.mediapart.fr/collectif-de-defense-des-jeunes-du-mantois/blog/030919/marche-des-mamans-pour-la-justice-et-la-dignite

Il a rassemblé de nombreux signataires collectifs ou individuels :
https://blogs.mediapart.fr/collectif-de-defense-des-jeunes-du-mantois/blog/051119/marche-des-mamans-de-mantes-la-jolie-liste-des-soutiens

L’initiative a été soutenue par d’autres appels à partir de positions spécifiques :

- Les gilets jaunes de Rungis :
https://blogs.mediapart.fr/collectif-de-defense-des-jeunes-du-mantois/blog/181119/nous-gilets-jaunes-de-rungis-marcherons-avec-les-mamans-de-mantes-la

- Des féministes :
https://www.contretemps.eu/feministes-marche-mamans-mantes-la-jolie/

- Des écologistes :
https://acta.zone/pour-lamour-et-lavenir-de-nos-enfants-des-ecolos-derriere-les-meres-du-mantois/

- Des intellectuels, personnalités publiques et des organisations de gauche et antiracistes :
https://www.liberation.fr/debats/2019/12/06/mantes-la-jolie-un-an-apres-le-8-decembre-nous-marcherons-pour-la-justice-et-la-dignite_1767658

Par un dossier de Libération :
https://www.liberation.fr/france/2019/12/06/mantes-la-jolie-je-dois-vivre-avec-les-images-de-mes-amis-menottes_1767823

Par Cerveaux Non Disponibles

https://cerveauxnondisponibles.net/2019/12/04/lheure-de-nous-memes-a-sonne-8dec/

Ont manifesté à nos côtés des personnalités publiques comme Kery James, Weedy d’Expression Direkt, Alias Ajal ancien du MIB, Vikash Doraso, David Dufresne, Olivier Besancenot, Danièle Obono, Danièle Simonet, Gaël Quirante, Olivier Le Cour Grandmaison, Mireille Fanon Mendès-France, Nacira Guénif, Françoise Vergès, Houria Bouteldja, Amal Bentounsi, Ludivine Bantigny, Verveine Angeli, Frédéric Lordon, Michèle Sibony...

C’est bien mais peu compte-tenu de l’importance que semblent prendre les violences policières dans le mouvement social.
En tant que militantes à Mantes-la-Jolie, nous ne pouvons que constater le manque de mobilisation des habitants des quartiers. Notre principal adversaire, il faut bien le dire, est bien la résignation. Les « principaux concernés », accablés par des décennies de mise au ban de la société, ne sont pas ceux qui se mobilisent le plus spontanément. Il est heureux que nous ayons pu obtenir 151 signatures mais cela à l’évidence ne suffit pas. D’autant plus que le tissu associatif, asservi à la politique de la ville, ne dispose pas de sa pleine liberté pour revendiquer, s’opposer à la mairie ou à sa police locale. Il est donc aux abonnés absents quand il faut soutenir des familles en lutte.
Pour ce qui est du monde militant, on peut regretter le fait que les organisations signataires signent mais ne mobilisent pas leurs troupes. Seul le front social et l’AG interpro ont fait cet effort.
Hormis les femmes en lutte du 93, on peut aussi regretter l’absence de la plupart des organisations féministes et de leurs représentantes. Nous regrettons également la désertion de l'UNL, ils furent pourtant les premiers à être à nos côtés aux prémices de l'affaire. Ils étaient absents le 8/12/19.


Plus grave encore et plus préoccupantes, l’absence des principaux organisateurs de la marche du 10 novembre contre l’islamophobie qui rassemblait de nombreuses figures et organisations issues des quartiers et de l’immigration comme le FUIQP, le CCIF et l’absence totale de soutien de leurs représentants, notamment Said Bouamama, Omar Slaouti, Madjid Messaouden ou Marwan Muhammad, pourtant soutiens actifs des précédentes marches de la dignité. En tant que collectif se reconnaissant tant dans les luttes des travailleurs immigrés, du MIB que de l’antiracisme politique, comme nous avons eu l’occasion de le rappeler à Priscillia Ludovski (https://blogs.mediapart.fr/collectif-de-defense-des-jeunes-du-mantois/blog/041119/priscillia-ludosky-figure-des-gj-se-desolidarise-des-mamans-de-mante), nous ne comprenons pas cette désertion restée inexpliquée et inexplicable de la part de celles et ceux qui disent militer « pour et avec les quartiers ».

Fort heureusement, les médias, nombreux et nationaux, ont su couvrir honnêtement cette marche, sans la disqualifier ni la mépriser :  

Reportage du Parisien
https://www.youtube.com/watch?v=7G2rEYSXRr4&fbclid=IwAR3tqAkf4WT8G3eeEAdIg8TCYnuGbBvxC_1-LDZr3xVyouzjNGcEyk6UVTE

Reportage de Canal +
https://twitter.com/cliquetv/status/1204115050446893059?s=19&fbclid=IwAR3GvhadiV_d2tMUeNCaKM2AOdz7L_l7POUQeK2GO53rTx_4cITbaPTULJo

Reportage RT
https://francais.rt.com/france/68768-mamans-mantes-jolie-se-mobilisent-hommage-lyceens-interpelles-2018-images?fbclid=IwAR3Yauya5tbTTIj0hxLhrm9G9jWfSZcc_m7QZ3FxzNhMKbQO6BL6aq13VLw

Les lives du Média :
https://twitter.com/LeMediaTV?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1203697228801593344&ref_url=https%3A%2F%2Foumma.com%2Fmarche-anniversaire-les-mamans-des-lyceens-de-mantes-la-jolie-se-mettent-a-genoux%2F

La une de Médiapart :
https://www.mediapart.fr/journal/france/081219/contre-les-violences-policieres-des-mamans-se-voient-en-drapeaux-blancs

Le Huffington Post :
https://www.huffingtonpost.fr/entry/mamans-lyceens-de-mantes-la-jolie-a-genoux_fr_5ded2bf4e4b00563b852e427?utm_hp_ref=fr-homepage

Le Figaro
https://www.lefigaro.fr/flash-actu/paris-la-marche-des-mamans-rassemble-plus-d-un-millier-de-personnes-20191208

Nous avons été agréablement surprises de ne pas êtres décrites comme « communautaristes », « islamo-gauchistes », « indigénistes » mais simplement comme ce que nous sommes : des femmes issues de l'immigration et des quartiers en lutte.

Après les volets politiques et médiatiques, reste le volet judiciaire. Quelles suites à donner ?
Près de 5 mois après les faits la cheffe de l'IGPN, Brigitte Jullien, annonçait publiquement le classement sans suite par ces mots « Il n'y a pas eu de comportement déviants de la part des policiers. ». Cette déclaration a permis d'assoir définitivement « l'affaire des 151 de Mantes-La-Jolie » comme une affaire de déni de droit, de violences policières, de racisme structurel. Cela nous a boostées et nous a donné le courage de poursuivre notre lutte. Car quel était le but des conclusions de l'IGPN et du classement sans suite annoncées à la manière d'un couperet par la procureure de Nanterre ? Jeter l'affaire dans l’oubli, comme des milliers d'autres. Notre manifestation a été pour nous une réponse à cette tentative d’étouffer nos revendications. Et c’est réussi !
Un an après, ce 8/12/19, nous marchions pour rappeler à Jullien, Castaner et Macron que non seulement nous n’oublierons pas mais surtout que leur gouvernement sera à jamais marqué du sceau de l'indignité.
Aujourd’hui, le plus dur reste à faire et c'est sur le plan judiciaire que la bataille sera difficile. Des plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées, elles sont peu nombreuses, la résignation a eu raison d'un bon nombre de familles. Mais celles qui se sont lancées dès le départ dans ce combat sont bien déterminées à mener la bataille jusqu'au bout.
Dans cette affaire il y a autant de victimes que de témoins, soit 151 voix d'enfants et d'adolescents qui doivent être entendues par la justice. C'est notre revendication première.
La seconde : les policiers sont des justiciables comme les autres, les faits commis par certains d'entre eux ce jour-là à Mantes-La-Jolie sont graves. Nous exigeons qu'ils répondent de leurs actes devant une cour de justice.
Et nous le disons ici, en reprenant ironiquement les abjects propos de Ségolène Royal : cette affaire sera pour nous un souvenir tenace. Nous espérons qu’elle le sera aussi pour tous nos soutiens que nous continuerons à solliciter tout le long de notre parcours de lutte jusqu’à la victoire, in cha Allah !

Le collectif de défense des jeunes du Mantois

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