Intervention de Yessa Belkhodja au rassemblement contre l'islamophobie

"Si nous avons initié cette mobilisation, c'est que nous sommes pour la plupart d'entre nous des femmes musulmanes et que nous nous sommes reconnues dans l'humiliation subie par Fatima et son enfant par un élu d'extrême droite, la semaine dernière au conseil régional à Dijon."

Salam à toutes et à tous! Merci d'avoir répondu si nombreux à notre appel.

Nous sommes les mamans du Collectif de défense des jeunes du Mantois. Nos enfants ont été interpelés avec une violence inouïe le 6 décembre dernier à Mantes-La-Jolie, ils ont été humiliés, agenouillés mains sur la tête durant plusieurs heures, insultés, frappés pour certains.
Ils étaient 151. Aujourd'hui nous sommes 151 mamans à avoir signé un appel à marcher pour la justice et la dignité, pour l'amour de nos enfants, le 8 décembre prochain au départ de Barbés.

Si nous avons initié cette mobilisation, c'est que nous sommes pour la plupart d'entre nous des femmes musulmanes et que nous nous sommes reconnues dans l'humiliation subie par Fatima et son enfant par un élu d'extrême droite, la semaine dernière au conseil régional à Dijon. Comme elle nous sommes des mères de famille, comme elle nous sommes insultées, comme elles nos enfants sont humiliés et maltraités.


Nous avons été fortement touchées par ces images qui sont aujourd'hui devenues iconiques, d'une mère qui n'a comme dernier ressort que de rester debout et ne pas flancher pour protéger son enfant.

Nous voulons dire à Fatima que nous sommes solidaires d'elle et de son acte, nous voulons lui dire que nous l'aimons et que son enfant est notre enfant. Nous voulons dire à son enfant que nous nous dressons au coté de sa mère pour la soutenir et lui donner la force de le protéger et de le faire grandir en paix dans un pays qui lui doit le respect qu'il doit à tous les enfants qui y naissent sans distinction.


Aujourd'hui nous sommes en colère parce qu'une de nos sœurs a été humiliée car musulmane.

Aujourd'hui nous sommes en colère parce que nos enfants sont humiliés, suspects depuis leur plus jeune âge puisqu'ils devront désormais justifier de ne pas vouloir donner la main à leur petite camarade dans la cour de récréation.

Aujourd'hui nous sommes en colère parce que notre foi est criminalisée.

Aujourd'hui nous sommes en colère parce la barbe de nos frères est stigmatisée.

Aujourd'hui nous sommes en colère parce que nos mosquées sont sous surveillance.

 Aujourd'hui nous sommes en colère car concrètement aux yeux du pouvoir nous sommes considérés au mieux comme une cinquième colonne au pire comme de potentiels terroristes jamais comme des citoyens à part entière.

Aujourd'hui nous sommes en colère parce qu'on nous fait passer collectivement pour un danger alors que c'est nous qui sommes en danger : nous sommes en danger dans un commissariat de police quand on s'appelle Amine Bentounsi,  Babacar Gueye, Angelo Garand, Adama Traoré, Ibrahima Bah ou Wisaam El Yamni, nous sommes en danger devant un contrôle de police, nous sommes en danger en prison, nous sommes en danger quand on est une femme voilée et qu'on marche dans la rue ou tout simplement quand on va prier dans une mosquée qui sont de plus en plus la cible d'attaques de groupuscules d'extrême droite.


L'année dernière nous étions en colère parce nos enfant avaient été maltraités et humiliés sous les ordres du gouvernement.

Tout comme hier nous étions en colère contre tous les gouvernements qui lui ont précédé et qui ont mené et mis en place des lois liberticides islamophobes pour nous exclure de l'espace publique.
Nous sommes en colère mais pas résignée!
Nous sommes ici, à l'image de notre sœur Fatima, pour rester dignes et fières de ce que nous sommes, de notre héritage et de l'histoire qui nous porte. Nous ne sommes pas là par hasard. Nous parents ont été amenés ici comme travailleurs et ils ont été exploités. Nous sommes là en tant qu'héritiers de cette histoire. Et en tant qu'héritiers, nous affirmons devant Macron, Castaner, Blanquer, Zemmour et Odoul, devant les médias qui les servent que nous ne sommes pas des kleenex. Sitôt utilisés, sitôt jetés! Nous sommes ici pour revendiquer notre humanité pleine et entière, notre dignité pleine et entière. Nous sommes là pour exiger le respect qui nous est dû. 


Nous appelons les responsables musulmans à plus de fermeté devant l'islamophobie, nous appelons ces mêmes responsables à porter haut et fort les revendications élémentaires de justice. Nous rappelons également aux musulmans et aux habitants des quartiers quels qu'ils soient qu'ils doivent d'abord compter sur eux-mêmes et qu'ils doivent s'organiser.  Pour autant, nous appelons aussi toutes les organisations éprises de justice et de liberté, politiques ou syndicales, de mettre le combat contre l'islamophobie dans leurs priorités et de cesser les débats foireux sur la compatibilité ou pas de l'islam avec la république, de l'islam avec les valeurs progressistes, de l'islam avec le féminisme. La seule question légitime à se poser est "la république est-elle compatible avec les valeur de liberté, égalité, fraternité qu'elle prône ? La république respecte-t-elle la justice ? La république traite-t-elle tous ses citoyens de la même façon. Si ces questions étaient posées de cette manière dans le débat public, la réponse serait NON!. 

 Aujourd'hui, mes frères, mes sœurs, mes amis et camarades, nous tenons à dire que ce qui se passe en France est terrifiant. Nous en avons pris la mesure l'année dernière à Mante la Jolie. Sois nous nous laissons écraser, soit nous résistons.

En tant que mères, nous n'avons pas le choix. Nous devons résister. Nous savons que nous ne trouverons pas la solutions toutes seules. Aussi, dans l'immédiat, nous vous invitons à rejoindre les cadres d'organisations qui existent comme le CCIF ou la plateforme des Musulmans en qui nous avons toute confiance et qui font un travail remarquable. Dans un second temps, nous vous demandons de nous rejoindre le 8 décembre prochain pour une grande marche nationale qui partira de Barbès pour exiger justice et réparation à nos enfants. L’IGPN a classé sans suite. Le parquet de Nanterre a classé sans suite. Ils veulent classer l’affaire sans suites. Nous vous demandons de devenir les ambassadeurs de cette initiative car nos enfants sont vos enfants! NOS ENFANTS SONT VOS ENFANTS! Nous sommes tous Fatima, nous sommes tous l'enfant de Fatima! Nous sommes tous Mantes-la-Jolie!

Tous à Barbès le 8 décembre prochain insh’Allah. Barak Allahoufikom!

Au nom du collectif de défense des jeunes du Mantois

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