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Billet de blog 6 août 2020

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Lettre ouverte de notre collectif de sans papiers (Montreuil)

Nous sommes un collectif de travailleurs immigrés de Montreuil, presque tous sans papiers et résidant en France depuis au moins 10 ans. Nous avons récemment écrit au préfet pour lui demander la régularisation de notre groupe. Sans réponse de sa part, nous avons décidé de proposer aux médias de publier notre lettre, pour informer les Français au sujet de la vie des sans papiers.

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Le contexte de l'envoi de la lettre (pdf, 134.5 kB)

Montreuil, le 16 mai 2020

Monsieur le Préfet,

Au nom de l’association du collectif des Sorins, nous vous adressons cette lettre, tout d’abord pour adresser nos condoléances à tous ceux qui ont perdu la vie par le Covid 19 dans le département et dans tout le pays et nous souhaitons la bonne guérison à tous ceux qui sont atteints.

Nous sommes un groupe de personnes de 4 nationalités différentes vivant ensemble depuis presque 10 ans, à savoir Mali, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry et Burkina Faso. A ce jour, nous sommes en confinement dans le foyer et à présent Dieu merci personne n’est tombé malade ici. Nous avons reçu beaucoup de soutien par la ville, les voisins et les plus généreux de cœur qui nous connaissent. Des soutiens alimentaires, moraux et des matériels de protection.  Nous disons que cette maladie a été une menace pour l’humanité dans l’univers. Une maladie qu’on n’a jamais vue ou entendue depuis les temps de la civilisation.

Par ailleurs, Mesdames et Messieurs de la préfecture, nous ne cesserons pas de vous interpeler que nous sommes des sans-papiers, des mal-logés et des sans-travail. Nous sommes environ 150 personnes. Beaucoup d’entre nous n’ont pas eu encore la chance d’avoir leur titre de séjour. Depuis le début de cette maladie, nous sommes incapables de subvenir à nos besoins, ne parlons pas du minimum d’aide que nous faisons à nos familles en Afrique. 

Vraiment avec ces soucis, nous nous voyons stressés et « enruinés » et nous ressentons notre vie comme brisée.

Ce n’est pas une vie d’être humain. En 10 ans, beaucoup ont perdu leurs parents, n’ont pas même pu voir leurs corps. 10 ans, ce n’est pas 10 semaines et 6 000 kilomètres ce n’est pas 600 kilomètres.

Ce n’est pas une vie d’homme. A notre âge, on se plie sur des lits d’une seule place alors que nous voudrions nous marier ici en France et avoir une vie française.

Ce n’est pas une vie. On ne sait pas quand on sera libres. Un prisonnier sait quand il va être libéré mais nous, nous sommes bloqués maintenant. Il n’existe plus de limite à notre peine.  En 2011, nous aurions obtenu des papiers si nous avions eu 10 ans de présence en France. Mais aujourd’hui, non.

Il faut être régularisé selon la loi pour avoir la vie française. Mais la loi se contredit : nous n’avons pas le droit de travailler et pourtant on nous demande aujourd’hui des preuves que nous travaillons pour nous régulariser.

Certains nous disent ou pensent que nous pouvons rentrer en Afrique mais si nous rentrons, c’est la France qui perd avec nous. Nous participons à sa vie économique et des patrons nous font confiance en nous employant à des tâches dures, à des heures difficiles. Nous, les Sorins, nous faisons 18 métiers d’ouvriers. Nous sommes couvreurs, maçons, plombiers, peintres, soudeurs, plongeurs, agents de ménage, agents de sécurité, carreleurs, mécaniciens, manœuvres, tailleurs, livreurs, cuisiniers, serveurs, charpentiers, manutentionnaires, plaquistes, électriciens. Voyez notre valeur pour nous régulariser. Il va y avoir des demandes de travailleurs après la crise du Covid-19 et ce serait dommage de ne pas pouvoir prendre des travailleurs sans papiers.

Monsieur le Préfet, on doit réclamer notre vie. Sans papiers, on est étrangers. Mais depuis que le coronavirus est venu, on se sent comme les Français parce que le virus ne s’occupe pas des papiers.

Monsieur le Préfet, on veut être visibles comme tout le monde. On vous demande notre régularisation, pour qu’on sorte de l’obscurité. On veut marcher comme les autres et pas les yeux baissés dans le pays du droit à la liberté, à l’égalité et à la fraternité.

Monsieur le Préfet, il ne faut pas rester silencieux devant les sans-papiers. Nous vous « suppliquons » dans les mois à venir de penser à nos conditions de vie dans votre programme afin que nous puissions sourire une partie de notre vie. Sans séjour, travail, logement, liberté de circuler, la santé et le bien-être n’existent pas. Nous savons que vous jouez un rôle important dans le département pour l’application de la loi et la gouvernance ; alors si ce n’est pas vous, qui allons-nous prier ? La loi ne nous reconnait pas car elle n’a pitié de personne. Donnez-nous le privilège que vous possédez car nous en avons besoin. 10 ans de patience et de soumission devraient être largement suffisants pour nous ouvrir la porte de l’intégration.

Nous vous souhaitons, Monsieur le Préfet, la bonne compréhension et un sentiment d’humanité et de rapprochement à la lecture de cette lettre. Merci.

Le Président de l’association du collectif des Sorins

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