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Billet de blog 11 janv. 2020

Annonces d’Edouard Philippe sur l’âge pivot: recul ou déni de démocratie?

Malgré une habile mise en scène, les annonces d’Édouard Philippe ne changent rien ni au contenu, ni au calendrier de la réforme. Les personnes nées avant 1975 restent concernées par un coup de rabot de 12 milliards d'euros sur leurs pensions. Seul change un flou entretenu et un passage en force annoncé, au mépris du Parlement.

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1. Sur le contenu de la réforme: rien ne change

Qu'est-ce qui était prévu en décembre ?
Des mesures de baisse des pensions dès 2022, dans le cadre du système actuel de retraites, en mettant en place un âge pivot pour les personnes nées entre 1960 et 1975. L'objectif ? Trouver 12 milliards d'euros d'économies en 2027, sur les personnes partant alors à la retraite.
Et la mise en place d’un système à points avec un âge d’équilibre qui augmente automatiquement avec l'espérance de vie, pour toutes les personnes nées après 1975.

Et maintenant, que propose Édouard Philippe ?
Pour les générations nées après 1975, strictement la même chose : un âge d’équilibre qui augmente automatiquement avec l'espérance de vie.
Pour les générations nées avant 1975, exactement le même objectif : 12 milliards d'euros d'économies en 2027 - la trajectoire établie par le Conseil d'orientation des retraites en novembre, dans le cadre du système actuel. Sans hausse de cotisations sociales, donc uniquement par des baisses de pensions. Par un âge pivot ou par toute autre mesure qui produise les mêmes baisses de pensions.

2. Quelles options alternatives à l'âge pivot pour quelles conséquences ?

Dans sa lettre du 11 janvier aux partenaires sociaux, le Premier ministre demande de “rétablir l’équilibre” (c’est à dire faire 12 milliards d’euros d’économies d’ici 2027), et écarte (comme déjà à plusieurs reprises) l’option d’augmenter les cotisations - et de baisser les pensions des actuel·le·s retraité·e·s Les économies seront donc concentrées sur les personnes qui sont aujourd’hui à deux ans de la retraite ou plus. Elles pourraient prendre plusieurs formes, listées notamment par le rapport du COR de novembre 2019: âge pivot (“âge minimal du taux plein”), allongement de la durée de cotisation, report de l’âge légal (demandé par une partie du patronat)… Toutes ces options sont strictement équivalentes, puisqu'elles rabotent toutes 12 milliards d'euros sur nos pensions dès 2027.

Dans un dossier publié en décembre, nous avions illustré les effets de ces différentes options :

L'une des options alternatives à l'âge pivot pourrait être d'augmenter la durée de cotisation (retrouvez les chiffrages de ces différentes options dans notre dossier)


3. Sur la méthode : le gouvernement se prépare à passer en force

Sur le calendrier : rien n’a changé non plus. Dès son discours de décembre, Édouard Philippe proposait :

  • de voter d’abord la mise en place du système à point. 
  • puis de discuter (une fois la réforme votée), de la forme des baisses de pensions à mettre en oeuvre dès 2022. 
  • Tout en disant que si aucun accord n’est trouvé, ces mesures d’économies prendront la forme d’un âge pivot dès 2022. 

C’est ce qui était dit en décembre et c’est encore ce qui est dit aujourd’hui. À un point près : plutôt que d'être directement votées par le Parlement, ces décisions passeraient…par ordonnances. Donc sans contrôle démocratique, potentiellement sous la seule signature du gouvernement. Et les parlementaires, votant la loi, ne sauraient même pas à quoi s'en tenir. 

En clair, ce qui change, ce n’est pas le contenu du projet, qui vise toujours à économiser 12 milliards d'euros en 2027, puis à bloquer les cotisations à (maximum) 14% du PIB. En revanche, le gouvernement accroît encore le flou sur les modalités de son projet, en espérant le vote d'un chèque en blanc par les parlementaires.

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