PSG à Grignon: menace sur la falunière «point chaud» de la biodiversité marine

Référence mondiale pour sa richesse exceptionnelle et pour l’admirable préservation des fossiles marins, la falunière de Grignon (78) mais également les autres affleurements présents dans le parc du domaine sont insuffisamment protégés au titre de l’environnement et du patrimoine géologique. La possible transformation de Grignon en camp d’entrainement du PSG fait craindre le pire pour ce trésor.

La falunière de GRIGNON, « point chaud »  de la biodiversité marine, menacée par les ambitions du PSG

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Imaginez ! Il y a environ 45 millions d’années (exactement entre 48 et 40 millions d’années correspondant à l’étage lutétien sur l’échelle des temps géologiques), vous êtes à la latitude des Baléares, vous avez les pieds dans l’eau, dans une eau à 25°, car le climat est tropical; vous êtes dans un lagon au fond d’un golfe bordé par l’anticlinal de Beynes et qui s’ouvre au nord-ouest vers l’Angleterre. La Loire qui est encore reliée au bassin de la Seine charrie des sédiments, des grains de quartz provenant du Massif central. La faune marine y est extrêmement riche, vous êtes sur un « point chaud » (hotspot) de la biodiversité marine identique à la zone actuelle aux confins des Océans Indien et Pacifique située entre l’Indonésie, les Philippines et l’Australie.

Vous êtes…vous êtes à Grignon dans les Yvelines, dans le parc du domaine national de Grignon, berceau de la recherche agronomique française, au milieu des bois, à 2 pas du château Louis XIII, de l’arboretum, de pâturages et de terres agricoles.

Bien sûr comme sur les plages actuelles, il y a des accumulations de débris, mais les coquilles intactes qui ont traversé quelques 45 millions d’années sont là sous nos pieds à quelques 20/30 cm de profondeur.Vers 1900, Stéphane Meunier avait fait une douzaine de sondages sur l’ensemble du domaine et partout il y a trouvé des fossiles.

Grace à un contexte qui réunit les trois conditions suivantes - un climat tropical, une configuration paléogéographique d’archipels et un endémisme des espèces très important – la falunière de Grignon est pour la période du Cénozoïque (qui couvre les 60 derniers millions d’années, le gisement au monde qui présente et concentre en un même endroit la plus grande diversité d’organismes marins benthiques (notamment les mollusques gastéropodes et bivalves).

Cryptocorda stromboides (Grignon, Lutétien) Cryptocorda stromboides (Grignon, Lutétien)

Et ces fossiles sont dans un état de conservation tout à fait remarquable, due à la consistance sableuse des sédiments (faciès non consolidé), avec même une préservation des motifs colorés résiduels sur certaines coquilles.

Nous pourrions vous parler des coquilles de Grignon qui ont rempli les cabinets de curiosités des collectionneurs au XVIIIème siècle, de tous les scientifiques qui sont venus étudier et collecter des fossiles (Cuvier, Lamarck….), du Congrès International de Géologie en 1900 (la gare de Plaisir Grignon construite à l’occasion de la visite de 70 scientifiques du monde entier qui visitent et fouillent la falunière et vont alimenter les musées du monde entier en coquilles de Grignon) et encore celui de 1980. Le nombre des publications scientifiques internationales, passées et actuelles, consacrées à Grignon est aussi révélateur de sa richesse.

Référence mondiale absolue pour sa richesse exceptionnelle et pour l’admirable préservation des fossiles marins benthiques, la falunière de Grignon mais également les autres affleurements présents dans le parc du domaine sont insuffisamment protégés au titre de l’environnement et du patrimoine géologique.

Dans un contexte où l’on évoque la vente du domaine, sa transformation possible en camp d’entrainement du PSG ou quelle que soit d’ailleurs l’évolution de la destination du domaine, l’ensemble de ces zones doit être sauvegardé et rester accessible aux chercheurs.

Cassis (morionelle) harpaeformis (Grignon-Lutétien) Cassis (morionelle) harpaeformis (Grignon-Lutétien)

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