Des gilets jaunes au(x) gants noirs: égalité, justice, dignité ou rien!

Il n’y aura pas de front large contre le régime de Macron ou contre le fascisme qui s’annonce si l’immigration et les banlieues qui constituent quelques millions d’âmes sont ignorées.

Pour les gilets jaunes, le pari est gagné ! Cette mobilisation inédite et sans précédent témoigne de l’existence d’un profond mécontentement chez les classes populaires en voie de paupérisation méprisées par le pouvoir et les élites. Il serait faux et condescendant de n’y voir qu’une manipulation de l’extrême-droite d’autant que ses initiateurs réfutent toute entreprise de récupération partisane. Ce mouvement spontané ne peut pas être compris sans les mises en échec successifs du mouvement social contre la loi Travail et plus tard des grèves de la SNCF et d’autre part, sans l’existence d’un exécutif arrogant, trahissant de manière éhontée l’histoire sociale du pays et cédant de manière outrancière aux lois du marché. La mobilisation du 17 novembre et sa force d’identification représentent incontestablement une colère juste en ce qu’elle vise prioritairement un pouvoir replié sur lui-même, fermé et déterminé à détruire le pacte social.

Pour autant, cette spontanéité qui fait toute son originalité et sa fraîcheur n’en charrie pas moins de fortes contradictions qu’il est important de prendre en compte pour ne pas tomber dans une adhésion béate. C’est précisément sa spontanéité et sa porosité qui permet à l’extrême-droite lepéniste et à certains syndicats de police de s’y associer et de lui donner bon gré, mal gré une coloration poujadiste et chauvine, d’autant que la mobilisation a déjà été entachée par des actes racistes scandaleux, des actions odieuses contre les migrants et d’autres clairement réactionnaires. Enfin, la revendication légitime de la baisse du carburant ne peut en aucun cas se substituer à un mouvement généraliste dont l’objectif principal serait la justice sociale pour tous.

S’il faut soutenir les gilets jaunes pour les raisons ici évoquées, et dénoncer vigoureusement la répression dont ils ont fait l’objet, il revient à l’ensemble des franges qui constituent le mouvement social de charpenter et de donner un véritable contenu politique aux revendications des gilets jaunes. L’antiracisme politique fait partie du mouvement social et comme toutes ses composantes, il est interpellé. Le collectif Rosa Parks qui réunit différentes sensibilités de cette mouvance a déjà fait sienne l’idée d’une convergence réelle mais exigeante car le constat est là : l’immigration post-coloniale et les habitants des banlieues, qui cumulent les discriminations en tout genre, sont de fait aussi les laissés-pour-compte de ce système inégalitaire. Le racisme qui frappe de manière systématique quelques millions de non-blancs structure le champ social aussi sûrement que l’exploitation des ouvriers, hiérarchisant et distinguant à l’intérieur des classes prolétaires, un corps social légitime et pleinement incorporé à la nation, d’un corps illégitime constituant dans les faits une « France d’en bas » et une « France d’en-dessous de la France d’en bas ». Cela se traduit par une surveillance policière accrue, une ghettoïsation spatiale et sociale et une mise au ban politique, par des campagnes de diabolisation, des groupes politiques qui osent dénoncer cette situation. Si la hausse du carburant est une cause suffisamment légitime pour être endossée par les forces du mouvement social, qu’en est-il de la destruction des services publics, de l’état d’urgence, des violences policières ou des migrants qui meurent par dizaines de milliers dans la Méditerranée ?

Disons-le clairement : il n’y aura pas de front large contre le régime de Macron ou contre le fascisme qui s’annonce si l’immigration et les banlieues qui constituent quelques millions d’âmes sont ignorées. C’est pourquoi, le collectif Rosa Parks a mis au cœur de sa démarche le racisme d’État mais aussi la lutte contre cette guerre sociale faite à tous et aux plus pauvres en particulier, la crise des migrants et les guerres impérialistes, questions fondamentales qui interrogent le grand désordre du monde.

Depuis son lancement, l’initiative du collectif Rosa Parks a fait des émules et amplifie son audience. Plusieurs tribunes ont été publiées :

À ce propos, nous nous réjouissons que des syndicats aient déjà déposé des préavis de grève formels en vue de la journée de la disparition. C’est indéniablement un pas de plus vers la reconnaissance et la prise en compte des discriminations racistes au travail.

Nous appelons tous les habitants des quartiers comme des zones rurales, les populations qui subissent le racisme et tous ceux qui subissent de plein fouet les mesures néolibérales bref, tous les « Noirs, Jaunes, Rouges, Gris, Blancs et pas très clairs » à :

  • disparaître avec nous le 30 novembre des réseaux sociaux, des universités et de lycées, des lieux de travail et à boycotter la télé et les grandes surfaces et
  • réapparaître le 1er décembre sous la forme d’une Marche pour l’Égalité, la Justice et la Dignité au départ de Nation, un gant noir au poing.

Nous espérons que celles et ceux qui appellent à manifester le 1er décembre pour plus de justice sociale se joindront à nous. C'est une occasion historique qui se présente, celle de pouvoir allier toutes les revendications d'égalité, de justice et de dignité. Ne pas saisir cette opportunité constituerait une erreur politique majeure. Les syndicats et les gilets jaunes avec nous ! Et avec des gants noirs ! 

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