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Billet de blog 29 déc. 2021

État d’alerte - Abattages de vaches : changeons les procédures !

En octobre, une vache positive à la brucellose a été détectée dans un troupeau. La procédure veut que, de toute urgence, tout le troupeau soit abattu. Le 18 novembre 2021, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale avait été définitivement adoptée. Puisque les animaux « ne sont ni des jouets ni des consommables », il est temps de changer les procédures. Par Jocelyne Porcher et le Collectif Sauvons les vaches de Saint Laurent (éleveurs, vétérinaires, militant·e·s et élu·e·s)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le 18 novembre 2021, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale a été définitivement adoptée, à une quasi-unanimité, par un vote à l’assemblée nationale puis au Sénat. Cette loi vise notamment à interdire progressivement la présence des animaux d’espèces sauvages dans les cirques et les delphinariums, à interdire la vente de chiens et des chats en animaleries, à punir plus durement les personnes abandonnant leurs animaux. La loi a été votée en procédure accélérée pour répondre semble-t-il à « l’urgence ». Car, ainsi que le souligne le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, il est temps que "tout le monde (prenne) conscience qu'un animal n'est ni un jouet ni un consommable". 

En octobre 2021, une vache positive à la brucellose a été détectée dans le troupeau laitier d’Eric et la procédure veut que, de toute urgence, pour protéger le statut « indemne de brucellose » de la France et ses exportations, tout le troupeau soit abattu, et cela avant le 15 janvier. Il s’agit de conduire à l’abattoir les vaches traites, mais aussi les vaches gestantes et d’euthanasier les tout jeunes veaux. Sans doute en respect de la loi contre la maltraitance qui vient d’être votée, le chien d’Eric pourrait être épargné.

Pour les services de l’Etat donc, il existe deux poids, deux mesures. Nos relations aux chiens et aux chats ont manifestement plus de valeurs que les relations des éleveurs et de nos concitoyens avec les vaches. Il est coupable d’abandonner son chien mais il est réglementaire d’abandonner ses vaches. Car, pour un éleveur, dont les relations de travail à ses animaux reposent sur des règles morales, il s’agit bel et bien d’un abandon. Les éleveurs sont responsables de leurs animaux. Comme le soulignent nombre d’entre eux, les vaches font partie de la famille. Une vie d’éleveur laitier se construit sur le temps long avec les animaux, quotidiennement, dans le travail régulier de la traite, dans le soin, l’attention, les relations au pâturage et à la nature. Les vaches sont avec nous dans des rapports de travail, comme tous les animaux domestiques, et cette relation est construite sur un compagnonnage. Les vaches aussi sont des animaux de compagnie et des compagnes.

La raison sanitaire imposerait cette violence contre l’éleveur et ses vaches. Pourtant, il est techniquement possible de suivre le troupeau et de vérifier au jour le jour son état face à la brucellose. Comme le soulignent d’anciens éleveurs, avant les années ’70, un troupeau où se trouvait une vache atteinte de brucellose restait en quarantaine à l’étable jusqu’à ce que toutes les vaches soient testées négatives. Aujourd’hui, nous avons les moyens de collecter des données plus fiables, d’identifier précisément les vaches positives, de traiter le lait dans des filières de lait pasteurisé. Nous avons les moyens de faire autrement qu’abattre tout un troupeau sans discernement.

Ce traitement violent de la maladie des troupeaux par les services sanitaires est une épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête de tous les éleveurs. Comme l’exprime une éleveuse, « l’abattage du troupeau est ma hantise ». La peur, tout autant que de la maladie, de voir perdre, sans recours aucun, son troupeau, son travail, son identité. Et cela donc non pas pour des raisons sanitaires mais pour des raisons économiques.

La pression faite sur les élevages est terrible. Même si l'éleveur souhaite s'opposer aux mesures et défendre son troupeau, il se retrouve néanmoins contraint de subir l'abattage car toute la ferme est complétement bloquée. Les ventes sont interdites, donc il n’y a plus de rentrée d'argent malgré la nécessité de faire tourner la ferme : traire les vaches qui n’arrêtent pas leur lactation au gré des décisions administratives, faire de la place aux veaux naissants... L'administration est froide et perfide. A la pression morale vient s'ajouter la pression économique et financière. L’objectif est que les éleveurs cèdent quelle que soit la souffrance qu’ils endurent et que les procédures font endurer aux animaux.

Puisque les animaux « ne sont ni des jouets ni des consommables », il est temps de changer les procédures.

C’est en ce but qu’a été déposée sur change.org une pétition à l’intention de Monsieur Espinasse, préfet de Haute Savoie et de Monsieur Julien de Normandie, Ministre de l’agriculture. Cette pétition, ouverte le 18 décembre 2021, a d’ores et déjà été signée par 80 000 de nos concitoyens, éleveurs, vétérinaires ou citoyens sans lien direct avec l’agriculture, choqués par la violence et l’absurdité de ces procédures.

C’est pourquoi nous demandons instamment aux autorités concernées ainsi qu’à la profession vétérinaire en charge de la protection animale, représentée par son Ordre, de prendre en considération la valeur intrinsèque des animaux mais aussi leur valeur affective et morale pour les éleveurs et pour nos concitoyens et de rechercher maintenant des solutions autres que l’abattage total.

***

Pour signer la pétition, c'est ici

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