Comment être un.e bon.ne allié.e ?

Avec les récentes révoltes contre le racisme qui sévissent actuellement dans le monde entier, revenons sur le statut d’allié.e et sur les quelques règles à connaitre pour soutenir des combats par lesquels nous sommes indirectement voire, par du tout concerné.e.s.

Qu’est ce qu’un.e allié.e ? 

Dans le monde du militantisme, un.e allié.e est une personne qui ne subit pas une certaine oppression mais qui cependant s’associe aux personnes qui en sont victimes afin de combattre ensemble le système. Cette définition recouvre tous les domaines de lutte et militantisme qui existent comme le racisme, le féminisme, la lutte contre l’homophobie, la transphobie, etc. La personne alliée ne vit pas les discriminations contre lesquelles elle lutte mais en a conscience, et souhaite ainsi mettre des choses en place pour les combattre. Être un.e allié.e c’est donc plus que de faire preuve de compassion à l’égard de celleux qui souffrent de discrimination(s), c’est agir. 

Il est donc essentiel d’associer le concept d’allié.e avec la notion de privilège. Un.e allié.e, ayant des privilèges et ayant conscience de ceux-ci, peut accompagner les personnes qui, au contraire, subissent un système mis en place pour les maintenir en bas de l’échelle sociale. Nous avons tous des privilèges et en prendre conscience peut être une étape longue et houleuse, en effet, remettre en question l’entièreté du monde qui nous entoure et son fonctionnement peut s’avérer compliqué pour certaines personnes. Même si le mot « privilège » a tendance à faire peur, il n’en reste pas moins qu’un concept très large et assez flou. 

Un privilège, c’est un pouvoir ou une immunité particulière que l’on détient sans avoir fait d’effort pour l’obtenir, et qui nous facilite la vie bien que nous n’en n’ayons même pas conscience. Ce n’est ni bien ni mal en soi, il est juste important d’en avoir conscience. Dans le vocabulaire militant, on insiste notamment sur le fait qu’il soit important de « checker » ses privilèges afin d’éviter de participer, même inconsciemment, au système oppresseur. 

Apprendre et se taire

L’une des règles les plus importantes pour être un.e bonn.e allié.e est de ne pas prendre tout l’espace en monopolisant la parole, notamment. Nous ne savons pas tout et lorsque l’on ne sait pas, il vaut mieux se taire. Par exemple, la question du racisme suscite souvent de nombreux débats où chacun pense que son opinion vaut mieux que celle de l’autre, et notamment qu’elle vaut mieux que celles des personnes directement concernées. Or, c’est beaucoup plus complexe, le racisme est un système qui déshumanise, réduit et invisibilise des êtres humains, ainsi, les personnes n’en souffrant pas n’ont qu’un aperçu théorique de ce qu’est réellement le racisme. Les personnes qui en sont victimes, elles, possèdent à la fois le mode d’emploi et le vécu. Les personnes qui subissent ces discriminations et les allié.e.s ne sont donc pas au même niveau de compréhension sur ces matières, un groupe sait, l’autre découvre. 

Un.e allié.e ne doit donc pas prendre toute la place, notamment lors de discussions, débats, ou de passages dans les médias, la position d’allié.e restant tout de même une position de retrait. Les minorités ne sont que trop peu représentées dans la sphère publique, un.e allié.e peut donc permettre d’ouvrir la porte à plus de visibilité, sans pour autant prendre la place. Il est vraiment nécessaire de ne pas invisibiliser et de ne pas reproduire ces mêmes rapports de domination que l’on tend à combattre. 

Un.e allié.e peut participer à un débat lorsqu’il a quelque chose de pertinent à dire, lorsque sa contribution est enrichissante, ou en posant des questions qui peuvent faire avancer le débat, tout en gardant une place marginale. Un.e allié.e doit savoir rester à sa place de « non concerné.e » tout en sachant être à l’écoute. Face à la critique, il est important de ne pas se mettre sur la défensive mais d’écouter, un.e allié.e s’éduque constamment, il est important d’apprendre et de faire ses recherches ! L’apprentissage ne se fait pas du jour au lendemain mais dure probablement toute une vie. Outre les moments de discussion et de débat, il est donc important de s’informer et de s’instruire pour devenir un.e bon.ne allié.e.

Éduquer les autres

Au delà du fait de s’instruire soi-même, il ne faut pas hésiter à réagir aux mauvais agissements des autres, calmement et pédagogiquement, c’est une part très importante du rôle d’allié.e. Il faut combattre les oppressions, notamment en éduquant nos proches X-phobes, X-cistes, en l’espoir que ces personnes ne partagent pas leurs propos auprès des personnes directement concernées. En étant allié.e, on ne peut pas se taire, se taire, c’est cautionner. Il faut savoir se montrer solidaire et ne pas laisser le fardeau de la déconstruction du système, uniquement aux personnes qui souffrent de discriminations. Les personnes racisées doivent faire face au racisme tous les jours, sans jamais pouvoir y échapper, tout comme les femmes subissent la misogynie perpétuellement, dans leur travail et même au sein de leur foyer. Il faut donc savoir se montrer solidaire et ne pas se taire lorsque cela nous arrange. 

Trouver sa place 

Lorsque l’on est un homme par exemple, trouver sa place au sein du mouvement féministe peut être complexe puisqu’il semble difficile de se positionner lorsque le combat mené et les discriminations dénoncées ne nous concernent pas directement. Il est donc primordial de réfléchir sur son propre comportement et sur les privilèges que l’on a en tant qu’homme et en tant que personne privilégiée en général. En effet, si l’on prend l’exemple d’un homme hétérosexuel, cisgenre, blanc et de classe moyenne supérieure, il ne pourra jamais connaître ou ressentir ce que vit une femme, tout comme il ne pourra pas comprendre ce que cela signifie de vivre avec le poids du sexisme, du racisme ou encore de la LGBTphobie. Il faut donc prendre conscience qu’en tant qu’homme, on fait partie d’un groupe dominant et que necessairement, les logiques patriarcales peuvent se refléter dans nos comportements, même involontairement. Dans le milieu associatif féministe, de nombreux hommes se joignent à la cause, pleins de bonnes intentions, mais pas sans faire de maladresses pour autant, notamment avec le mansplaining, voilà pourquoi l’éducation est importante ! 

Afin d’éviter un mansplaining, il est important de se poser certaines questions : 

- « Est ce que vous savez combien la femme à qui vous parlez en sait sur le même sujet? » 

- « Est-ce que vous utilisez votre prétendue expertise pour prouver quelque chose sur votre virilité? »

- « Quand elle parle, est-ce que vous écoutez ce qu’elle est en train de dire où êtes-vous simplement en train de répéter votre prochaine réplique? »

- « Est-ce que vous parlez de votre propre expérience, ou bien êtes-vous en train d’universaliser vos propres sentiments? Est-ce que vous lui expliquez sa propre expérience ? »

- «  Est-ce que vous savez vraiment de quoi vous parlez ? »

Devenir allié.e passe donc par une profonde remise en question sur soi et de nombreux changements de comportement, de discours, d’idée, etc... et par un processus d’apprentissage qui prend au mieux, toute une vie. L’inaction rend complice et renforce le système oppresseur dans lequel nous vivons, il n’est donc jamais trop tard pour devenir allié.e de n’importe quelle cause. 

 

 

 

 

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