Grenelle des violences conjugales, retour sur la première rencontre

Après deux mois de réflexion, les 11 groupes du Grenelle des violences conjugales devaient se réunir ce mardi 29 octobre afin d'exposer les quelques 65 propositions pour lutter contre les violences conjugales à la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa.

Le 3 septembre, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, donnait le coup d'envoi du Grenelle des violences conjugales à Matignon. Ce Grenelle mobilisant 11 équipes de travail pour la lutte contre les féminicides devait faire part de ses premières propositions lors d'une série de rencontres ayant débuté ce mardi 29 octobre, jusqu'au 25 novembre prochain. L'objectif étant "d'enrayer le fléau des violences conjugales".

Un coup d'envoi optimiste

Pour la première de la longue série de rencontres prévues afin d'exposer les idées de ces 11 équipes travaillant depuis deux mois pour trouver des solutions contres les violences conjugales, Marlène Schiappa a souhaité faire les choses en grand en réunissant, selon ses propos livrés à L'Express, "toutes les parties prenantes de la table". Elle expliquait notamment vouloir travailler au-delà des membres du gouvernement, en mobilisant aussi bien des familles de victimes que des associations ou encore la police nationale, afin de trouver des solutions communes et de rassembler toutes les sources possibles. Les concertations  dureront jusqu'au 25 novembre prochain, date symbolique de la Journée Internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Une importante opération de communication à destination du grand public est notamment à prévoir durant cette période, afin d'informer sur la mise en place d'une plateforme téléphonique disponible 24/24h pour les femmes violentées, le 39 19. 

La secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa ouvre ce mardi le "Grenelle des violences conjugales". © Thomas SAMSON La secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa ouvre ce mardi le "Grenelle des violences conjugales". © Thomas SAMSON

 

 

 

 

 

 

Une situation qui alarme

Depuis le début de l'année 2019, c'est plus de 100 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Ce Grenelle est donc particulièrement attendu par les familles des victimes, mais aussi par les nombreuses associations de protection des femmes victimes de violences qui dénoncent notamment un manque de budget consacré à la lutte contre les violence conjugales. Lors d'un entretient consacré au journal La Croix, Marlène Schiappa expliquait l'importance d'intégrer la question des violences sexistes et sexuelles au sein de toutes les politiques publiques, justifiant ainsi selon elle, la raison pour laquelle le Président en a fait la cause principale de son quinquennat. La secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes s'est également exprimé sur le fait que le combat se gagne en ne considérant plus les violences conjugales comme des affaires privées. 

A voir aussi : Interview de Marlène Schiappa à propos du Grenelles des violences conjugales sur Radio Classique, 29 Octobre 2019

Un problème de budget ? 

C'est l'une des questions les plus importantes de ce Grenelle, le budget accordé à la lutte contre les violences conjugales est-il à la hauteur? Le 29 juillet dernier, le gouvernement annonçait la création du "Fonds Catherine" d'un million d'euros uniquement destiné aux associations locales de lutte contre ces violences. Un budget qualifié "d'énorme" par la secrétaire d'Etat, mais qui reste cependant insuffisant selon certaines associations, comme le collectif de lutte contre les violences faites aux femmes #NousToutes qui réclame 1 milliard d'euros pour obtenir une réponse suffisante contre ces violences. Selon le Haut Conseil à l'Egalité, le budget actuel consacré aux violences conjugales atteindrait 79 millions d'euros rappelle Le Monde. Cependant, selon un rapport publié fin 2018, "Où est l'argent contre les violences faites aux femmes?", 506 euros seraient nécessaires afin d'offrir de réelles solutions contre ces violences. 

Les mesures phares de cette première rencontre 

Marlène Schiappa aurait longuement évoqué la nécessité d'un protocole clair en gendarmerie et commissariat, exigeant que plus aucune victime ne reparte sans avoir connaissance de ses droits et de où trouver du soutien. "Une grille d'évaluation du danger est en court de création" affirme-t-elle, afin que les forces de l'ordre puissent évaluer l'imminence du danger. La réquisition d'armes à feu dès la première plainte fait également parties des mesures proposées qui ont été soulignées par la secrétaire d'Etat. En effet, les armes à feu restent le mode opératoire le plus utilisé pour commettre un féminicide, loin des coups. Cette démarche ressemble à celle de la lutte anti-terroriste, pour lutter contre, on supprime autant de modes opératoires que possible. Un problème primordial soulevé par les associations de lutte contre les violences faites au femmes pourrait lui aussi voir apparaître sa solution, l'hébergement et la prise en charge sur le long terme des victimes. En effet, le manque de place dans les hébergements d'urgence se font ressentir, c'est pourquoi elle reste l'une des questions les plus importantes de ce Grenelle, l'idée étant d'offrir la possibilité à la victime de sortir de son quotidien dangereux en lui proposant une solution durable. La création de centres d'hébergement ouverts 24/24h a de même été suggérée. Cependant, pour Marlène Schiappa, là n'est pas l'unique problème, il faut également se concentrer sur la qualité de l'accueil et de l'accompagnement psychologique proposé aux victimes, "Il ne suffit pas de créer des places, il faut aussi le faire intelligemment" dit-elle. Les experts du Grenelle proposent également de faire évoluer le secret médical, ce qui pourrait permettre aux professionnels de santé de signaler une situation de violence au sein d'un couple, sans risque. Ils prévoient également de garantir  l'indépendance économique des victimes, de renforcer la formation des professionnels ou encore de reconnaître le statut de victime des enfants témoins de violences conjugales. 

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