Gaza plombe les relations entre les USA et Israël

John Kerry, le secrétaire d’État américain, vient d'essuyer un nouveau camouflet. Son plan de cessez-le-feu, à peine mis sur la table, fut aussitôt rejeté par Israël, accusant le secrétaire d’État américain d'avoir fait l'impasse de sa principale demande : la démilitarisation de Gaza, c'est à dire la reddition pure et simple du Hamas et des autres mouvements de la résistance palestinienne, sans conditions.

John Kerry, le secrétaire d’État américain, vient d'essuyer un nouveau camouflet. Son plan de cessez-le-feu, à peine mis sur la table, fut aussitôt rejeté par Israël, accusant le secrétaire d’État américain d'avoir fait l'impasse de sa principale demande : la démilitarisation de Gaza, c'est à dire la reddition pure et simple du Hamas et des autres mouvements de la résistance palestinienne, sans conditions. Ce que ne peut évidemment pas accepter le gouvernement de Gaza, compte tenus des massacres de civils causés par l'aviation israélienne et l'étranglement économique imposé par Israël depuis 2006.

La proposition de John Kerry n'était pourtant pas très différente de l'initiative de l’Égypte, appuyée par Benyamin Natanyahou et Tony Blair, mais qui avait lamentablement capoté (cf "Le sale jeu du maréchal Al-Sissi). Le secrétaire d’État américain proposait d'instaurer un  "cessez-le-feu humanitaire sous 48 heures et d'une durée d'une semaine", assorti de discussions au Caire basées sur l'accord de cessez-le-feu ratifié par Israël et le Hamas en 2012, en vue d'une solution durable. Déjà échaudé par les violations répétées par Israël des accords conclus depuis 2008 par l'intermédiaire de l’Égypte, le Hamas a lui aussi exprimé son refus du plan américain. 

Bref, à l'Ouest, rien de bien nouveau ! Sinon que ce nouveau camouflet plombe un peu plus les relations américano-israéliennes. Ce n'est en effet pas le premier : après des mois de discussions, la précédente initiative de John Kerry s'étaient soldées, au dernier moment, par un échec cuisant, Israël refusant de relâcher les prisonniers palestiniens réclamés par le Hamas. Pas étonnant donc qu'Israël, poursuivant son but ultime, aie intensifié son offensive aérienne et terrestre sur Gaza, faisant fi de la dernière proposition de cessez-le-feu issue de la réunion au sommet de Paris, le 26 juillet, initiée par Laurent Fabius. Ce dernier, rappelons-le, s'était pris lui aussi une gamelle, lors de sa tournée en Égypte et en Israël le week-end précédent. 

Malgré la présence de la diplomatie internationale -John Kerry, l'italienne Federer Mogherini, le britannique Philip Hammond, l'allemand Frank-Walter Steinmeier, le qatarien Khalid bin Mohammad Al-Attiyah, le turc Ahmet Davutoglu- ce sommet extraordinaire a accouché d'une souris : une trêve humanitaire de 12h prenant effet le lendemain 28 juillet à 8h, reconductible toutes les 24 heures. Ben Ki-Moon fut chargé de la proposer au Hamas, qui l'accepta, ainsi qu'à Israël qui y mis évidemment ses conditions. « Les civils de Gaza, à qui il a été demandé d’évacuer leur logement, doivent s’abstenir d’y retourner » et « l’armée ripostera si les terroristes tentent d’exploiter cette période pour attaquer des soldats ou tirer sur des civils israéliens », mis en garde Tsahal dans un communiqué."Pendant cette trêve, les activités opérationnelles pour localiser et neutraliser les tunnels de la bande de Gaza vont se poursuivre", prévint encore l’armée israélienne. Ce qui se traduisit par la reprise des bombardements le soir même -y compris sur l’hôpital Al-Shifa, le plus grand de Gaza- et l'ordre donné aux habitants de trois quartiers de Gaza de se regrouper dans le centre-ville. Au prétexte, mille fois matraqué, qu'Israël avait encore essuyé des tirs de roquettes. Cette fois, en plus de John Kerry, c'est toute la diplomatie internationale qui se retrouva piétinée par l'irrédentisme israélien. Dès lors, on voit mal comment son offensive contre Gaza pourrait être stoppée. A moins que la Maison Blanche ne prenne rapidement des sanctions concrètes, en particulier le blocage immédiat de son aide financière -ce qui est une autre paire de manches compte tenu de l'influence israélienne au Congrès américain- les États-Unis auront définitivement perdu le contrôle sur leur rejeton dans la région !

Rabha Attaf est grand reporter, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient. Auteure de "Place Tahrir, une révolution inachevée", éditions Workshop 19.

 

 

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