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Billet de blog 5 avr. 2022

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MACRON : EN MÊME TEMPS D'EXTRÊME DROITE ?

En dédiabolisant Marine Le Pen dans l'espoir de garantir sa place au second tour, tout en donnant de nombreux gages aux forces réactionnaires du pays, Macron aura réussi a opérer une sorte de fusion, ce macrolepénisme qui nous permet aujourd'hui de poser la question : Emmanuel Macron est-il en même temps d'extrême droite ? Top 10 des exemples révélateurs de ce quinquennat fascisant.

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1/

Qui aurait imaginé le candidat Macron de 2017 réhabiliter la mémoire de Pétain ou invoquer Maurras, fondateur de l'action française, une organisation royaliste, fasciste anti-gaulliste et antisémite ? Pourtant aujourd'hui, ses déclarations sur les comoriens ne semblent plus déranger une classe médiatique déjà habituée au personnage, tout comme cet échange embarrassant durant lequel on peut entendre le chef de l'État promettre à un vétéran plus de fermeté sur les expulsions. Ces textos échangés avec Pascal Praud, l'animateur star de la chaine d'extrême droite CNews, ce coup de fil à Éric Zemmour pour le consoler suite à une nouvelle agression et lui commander une note sur l’immigration, cet interview accordé à l'hebdomadaire ultra-réactionnaire Valeurs Actuelles...

Réhabilitation et dédiabolisation du fascisme qui passe notamment par ce silence glaçant au sujet des récurrentes violences venant de militants d'ultra droite, et puis ces "petits mots" suspects que les chercheurs en sciences politiques appellent « dog whistles », ou « sifflets à chiens », pour définir l’usage de ce vocabulaire qui paraît innocent pour certains mais qui active les stéréotypes négatifs et généralement racistes d'autres personnes, une technique traditionnellement utilisée par l'extrême droite. Ces petits gestes sont autant de gages données pendant ces cinq dernières années à la bourgeoisie réactionnaire, autant de plats servis aux nombreux militants de ce camp de la haine présents sur les plateaux télé.

2/

En terme de plats servis, qui aurait cru à la même époque il y a cinq ans que la ministre de l’enseignement supérieur devrait un jour justifier devant le Conseil d’État sa décision d’ouvrir une enquête sur l’« islamo-gauchisme à l’université », projetant des purges contre les personnes suspectées d'anti-racisme en pleine crise du monde étudiant ? Ou que le propre ministre de l'éducation financerait un vrai-faux colloque réactionnaire sur un thème « si essentiel » que le wokisme ?

Nos jeunes auront donc du subir cette propagande confusionniste de la part de propres membres du gouvernement, des éléments de langage directement empruntés à l'extrême droite, et que l'on retrouve à travers cette guerre menée par la Secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement Sarah El Haïry au communautarisme, au multiculturalisme ou à l'antiracisme. Cette dernière n'aura pas hésité à leur déclarer : "Moi, ce qui m'effraie, encore plus que Zemmour, c'est les discours intersectionnels du moment".

Le ministre des transports Jean-Baptiste Djebbari estime qu'Eric Zemmour « a une politique assez wokiste » mais « pose des débats intellectuels qui sont assez intéressants » tandis que pour Gérard Darmanin Marine Le Pen serait trop molle, lui qui trouve Éric Zemmour respectable et "intellectuellement intéressant parce que c'est peut-être un des derniers marxistes" ! Ou quand la confusion devient une stratégie politique.

3/

Impossible alors d'anticiper cette séquence durant laquelle Stanislas Guerini, le délégué général du parti présidentiel, condamna le port du voile d’une candidate LREM aux départementales, en réponse à une provocation du vice-président du RN, démontrant à quel point l’extrême droite dicte l’agenda politique d’une majorité "sans histoire ni colonne vertébrale", écrira Médiapart.

La femme musulmane ayant décidé de porter le foulard est devenue l’emblème national de ce mystérieux "islamisme politique" à combattre, comme l'illustrent les interdictions en séries affligées uniquement à cette catégorie de la population qui n'a désormais plus accès à des choses aussi simples comme pratiquer un sport de compétition ou aller récupérer ses enfants à la sortie de l'école.

En mettant en place la double peine pour les étrangers coupables de violences sexistes et sexuelles, Marlène Schiappa sera même accusée d’instituer « un traitement différencié selon la nationalité » et, par là même, de promouvoir le fémonationalisme, c’est-à‑dire un féminisme qui instrumentalise les droits des femmes à des fins nationalistes et identitaires.

4/

Il serait aujourd'hui difficile de ne pas reconnaitre que c'est l’islamophobie qui a été choisi par la classe dominante, et donc par ses différents porte-voix politiques, du printemps des républicains jusqu'au Csp+ de Reconquête, pour jouer ce premier rôle dans la fascisation du pays. Le président Emmanuel Macron s'en est toujours amusé à travers l'institutionnalisation des discriminations sous prétexte de menace terroriste, un deux poids deux mesures permanent ainsi que la banalisation de procédures arbitraires (perquisitions, dissolution sans motif d'organisations luttant contre l’islamophobie), la déshumanisation des personnes réfugiées non-blanches, des actes et des paroles permettant de légitimer par avance des politiques de nettoyage ethnique nous alerte la revue Contre Temps

« La manière dont le Conseil d’État, en particulier, a validé récemment la dissolution du CCIF constitue de ce point de vue un avertissement pour tous les collectifs ou associations qui luttent contre l’oppression : Par un curieux retournement, la dissolution du CCIF est donc approuvée au motif qu’en luttant – légalement – contre les discriminations et la haine antimusulmanes, il s’est rendu lui-même coupable de discrimination et de haine… En effet, pour le Conseil d’État, “critiquer sans nuance” des politiques publiques ou des lois qu’on considère comme discriminatoires, c’est pousser les victimes de la discrimination alléguée sur la pente de la radicalisation »

5/

Pas étonnant alors de voir depuis la majorité présidentielle s'opposer à l'inéligibilité des candidatures ouvertement fascistes en rejetant une proposition qui visait à favoriser les peines d’inéligibilité à l’encontre des personnes condamnées pour provocation à la discrimination ou à la haine. Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti s’est lui-même exprimé contre cette proposition. Lui et d'autres tartuffes de cette obscure stratégie qui consiste à favoriser un faux duel avec Le Pen ou Zemmour s'exprimera sans doute dans quelques jours, surement même ce 10 avril au soir, pour nous responsabiliser face à l'urgence de voter Macron afin de faire barrage à nouveau à l'extrême droite...

6/

Plus rien n'a d'étonnant dans le glissement réactionnaire de la macronie, pas même la nomination au poste de ministre de l'intérieur de l'abominable Darmanin, alors mis en cause dans deux affaires de faveurs sexuelles exigées en échanges de petits coup de... pouce, au poste de ministre de l'intérieur. Lui qui aura passé la majeure partie de son mandat à suspecter les musulmans de faire passer les lois de leur religion avant celles de la République, cet ancien collaborateur de l'action française s'est permis de décorer de la Légion d’honneur le président de la Conférence des évêques Éric de Moulins-Beaufort, celui-là même qui avait affirmé que « le secret de la confession est plus fort que les lois de la République », au lendemain des publications sur le scandale de pédocriminalité dans l’Église catholique... Vinrent ensuite les mauvais casseurs, ou les mauvais séparatistes des banlieues parisiennes, et les bons, ceux de corse... Non, plus rien n'a d'étonnant...

7/

La France peut désormais être mise en cause par l'ONU qui réclame une « enquête approfondie sur les violences policières qui se sont produites pendant les manifestations des Gilets Jaunes (...) contre « leur exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques » et ont fait face à un « usage excessif de la force». Nantes Révoltée dresse un "brillant tableau" de ces différents rapports qui placent Macron sur le même plan que des régimes autoritaires comme la Hongrie, et au même niveau que les milieux Trumpistes. Le gouvernement recevra d'ailleurs a plusieurs reprises des représentants du gouvernement sanguinaire de Colombie alors des centaines de manifestants sont morts ou portés disparus et 133 leaders sociaux ont été assassinés depuis janvier 2021.

Frédérique Lordon osera nommer les choses dans le Monde Diplomatique avec cette mémorable sortie : "Un gouvernement qui déploie des armes de guerre contre ses contestataires, mutile comme jamais sous la Ve « république » depuis les ratonnades officielles de 1961, cautionne les violences racistes de la police par son silence, voire ses encouragements, à l’image du ministre de l’intérieur qui « s’étouffe » de rire d’en entendre parler, un gouvernement qui fait voter des lois de surveillance sans précédent, fait mettre en garde à vue pour une banderole sur une maison ou une apostrophe sur le passage du président (...), n’est pas un gouvernement centriste. C’est un gouvernement de droite extrême."

8/

Gérald Darmanin l'a promis : les tentes des exilés ne seront plus lacérées par les entreprises privées qu'emploie l'État. Les images ont pourtant choqué la France entière, en ce qu'elles disaient la volonté de rendre la vie impossible aux migrants, des pratiques pourtant dénoncées depuis longue date par les associations. Sur le terrain, un militant note qu'en effet, les tentes ne sont plus lacérées. Mais... "dans les faits, elles sont jetées quand même à la benne, ça revient au même". La fin de la lacération ne change strictement rien à cette sauvagerie et ce racisme institutionnalisé envers ceux-là même que nos médias dépeignent en sauvages, un racisme encore plus exacerbé depuis que la différence de traitements avec les réfugiés ukrainiens se fait évidente aux yeux de tous.

9/

De la même manière nous avons pu observer le président de la République rester mutique face au sort des 141 réfugiés bloqués en mer à bord de l'Aquarius. Critiqué en juin pour ne pas avoir accueilli le navire en s'abritant derrière le "droit de la mer", le président français a laissé passer, sans ciller, le projet de création de « plateformes de débarquement » sur les rives sud de la Méditerranée, où les migrants interceptés en mer par les navires européens pourraient être ramenés. Une fois devant la presse, Emmanuel Macron est même allé jusqu’à reprocher aux bateaux des ONG de faire « le jeu des passeurs ». Le refus de la police d'aller secourir plus récemment une embarcation qui essayait de passer la Manche nous rappelle également ce triste constat : Macron ne se distingue pas vraiment de sa version d'extrême droite Marine Le Pen.

10/

En sont un bel exemple ces mesures adoptées sur la couverture santé des migrants qui prévoient un délai de carence de trois mois pour l'accès à la couverture santé de base pour les demandeurs d'asile. Des mesures qui diminuent de 15 millions d’euros le budget de l’aide médicale d’État (AME) et ont divisé jusque dans les rangs de la majorité présidentielle. «Où est notre âme (...) où allons-nous?», a lancé Jennifer de Temmerman, députée LREM présente dans l'hémicycle. Ces mesures «ne font que conforter les pires idées que nous sommes venus combattre» et vont «achever l'humanisme», a lâché l’élue.

Les autres principales mesures que La Cimade déplore et qui vont considérablement dégrader les conditions des personnes migrantes sont :

  • L’allongement de la durée de la rétention administrative jusqu’à 90 jours y compris pour les familles accompagnées d’enfants mineurs ;
  • Une intervention du juge des libertés et de la détention dans les quatre jours suivant le placement en rétention.
  • L’absence de recours suspensif pour les personnes originaires d’un pays dit « sûr », pour celles qui demandent le réexamen ou qui sont considérées comme présentant un trouble grave à l’ordre public ;
  • Le cantonnement des demandeurs d’asile ;
  • La systématisation des mesures de bannissement et la multiplication de mesures de surveillance à l’encontre des personnes étrangères ;
  • L’extension des possibilités de prononcé d’une interdiction du territoire français ;
  • La banalisation des audiences par visio-conférence ;
  • La complexification de la procédure de reconnaissance de filiation et le durcissement de l’accès à un titre de séjour pour les parents d’enfants français ;
  • Le fichage des mineur·e·s isolé·e·s ;
  • La possibilité pour les préfectures de passer outre les avis médicaux dans le cadre de la procédure de régularisation pour raisons de santé.

Alors non !

Non, Macron n'a pas fait barrage aux idées d'extrêmes droite, lui qui promettait au soir de sa victoire de tout faire durant les cinq années suivantes pour que les électeurs de Marine Le Pen n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes !

Non, Macron n'est pas le candidat de la raison, de la sociale démocratie et encore moins du progressisme qu'il prétend incarner, lui qui promettait de porter "une nouvelle espérance, un nouvel humanisme, celui d'un monde de libertés défendues, de plus de justice"...

Ce roi de l'escroquerie en bande organisée aura sûrement déçu de nombreux français qui ont cru en lui à l'époque et c'est à nous maintenant d'aller chercher ces sociaux démocrates sur les réseaux sociaux et dans nos vies de tous les jours, pour les confronter à la gravité des faits.

Non, aucune voix ne doit aller à ce tyran méprisant et manipulateur qui pour garder la main n'aura eu de cesse de monter les français les uns contre les autres, de diviser pour mieux régner, au risque de faire sombrer le pays des Lumières dans une nouvelle ère de xénophobie mortifère.

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