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Billet de blog 13 déc. 2021

BOITE À OUTILS #2 : COMMENT GAGNER LA BATAILLE POLICIÈRE ?

Comment se constituer en réel contre-pouvoir à la violence d'État ? Mode d'emploi pour contrecarrer, se débarrasser ou simplement se passer de cette institution mortifère.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.


"Il existe un corps étranger au sein de notre société qui vit tellement auto-centré sur lui même qu'il n'est même plus en état d'apercevoir les solidarités objectives qui pourtant devraient l'unir à ceux qu'on l'envoie matraquer."

Frédéric Lordon

Cette violence policière ne survient pas de nulle part ou pour rien, elle vient en réponse à une révolte grandissante ces dernières années : l'anticapitalisme. Se retrouvant confronté chaque jour un peu plus à ses contradictions, à son insoutenabilité, à cette impasse vers lequel il nous mène, notre système politique et culturel pourrissant sera pourtant défendu "quoi qu'il en coûte" par la classe dominante à travers l'action du gouvernement, et donc, l'appareil répressif.

Tarnac, Bure, répression des mouvements contre la Loi Travail, la réforme des retraites ou les Gilets Jaunes et des morts qui se succèdent dans les quartiers populaires... Le modèle ultra-répressif à la française se porte tellement bien qu'il s'exporte à travers le monde, il semblerait que nos mutilés et éborgnés fassent des envieux... Le partenariat réaffirmé à deux reprises ces dernières semaines entre la France et le gouvernement Colombien, qui accumule les assassinats et disparitions de manifestants par dizaines, vient à nouveau nous le crier à la figure : ils ont le monopole de la violence et sont prêts à la déployer en toute impunité pour conserver leur ordre bourgeois.

La situation actuelle en Guadeloupe nous le démontre également : le gouvernement savait depuis plusieurs mois que la situation allait exploser selon les rapports des services des renseignements, mais il n'a pourtant rien choisi de faire d'autre que de préparer une spectaculaire démonstration de force. Il est en effet désormais incapable ni de penser ni d'accepter une autre réponse que la violence et nous devons adapter nos stratégies en fonction de ce triste constat. Si l'on souhaite vraiment gagner cette bataille, il est nécessaire de changer notre rapport à la police.

Plus qu'une simple communauté d'hommes et de femmes qui ont choisi lâchement d'être du côté des dominants contre les intérêts du reste de la population et l'avenir de leurs propres enfants, il nous faut la voir comme un dispositif à étudier et surveiller, avec forcément un mode d'emploi pour le contrecarrer ou le désactiver, l'épuiser, y résister ou l'affronter, s'en débarrasser ou simplement s'en passer. Finie la longue litanie des "cas isolés", il nous faut analyser cette entité pour ce qu'elle est : un ensemble de moyens de l'État détournés et utilisés à des fins privées, une milice du capital et donc un corps anti-social à combattre.

Comme à chaque fois, le but de cette boite à outil n'est pas d'exposer la problématique (un travail déjà effectué sur notre discord et par bien d'autres collectifs) mais plutôt de mettre à disposition de nos lecteurs des outils qui existent et qui marchent (ceux qui peuvent être partagés sur internet en tout cas) pour se protéger et à terme abolir cette institution gangrénée par le racisme, la violence et la corruption. Ces différentes boites à outils peuvent représenter une base de travail pour organiser un atelier localement ou en visio.

REJOINDRE UN GROUPE PRÈS DE CHEZ TOI

Les groupes ou collectifs rassemblés ici mènent des luttes pour se défendre de la police, de la justice ou de la prison, ici et maintenant.

SURVEILLER LA POLICE (COPWATCHING)

Infiltrer forums et groupes Facebook de policiers pour en extraire un certain nombre d’informations compromettantes pour les forces de l’ordre, notamment sur le racisme inhérent à l’institution policière. Il s'agit de faire changer le sum de camp, briser le sentiment (l'état ?) d'impunité, participant ainsi à une stratégie plus globale de "démoralisation" de la police. Le collectif "Désarmons-les !" appelle à la création de dizaines de groupes de copwatching dans les quartiers populaires, à l’alimentation de canaux telegram, instagram et snapchat dédiés, ainsi qu’à l’utilisation de l’application UVP mise à disposition par Urgence Notre Police Assassine.

L'histoire et les méthodes sulfureuses du Copwatching français

FILMER LA POLICE (COPWATCHING)

Il s’agit tout simplement de filmer la police. C’est essentiel car il faut être très clair : sans images pas d’affaire Chouviat, pas d’affaire Floyd… L’Observatoire national des pratiques et des violences policières et le collectif Urgence notre police assassine ont lancé leur application "Urgence violences policières" (UVP) qui permet que les images que vous filmez soient instantanément stockées sur un serveur, pour éviter que le matériel de prise vidéo soit détruit par les FDO. Preuve que ces vidéos dérangent : la volonté répétée de nos politiques de les faire interdire.

Patrouiller a plusieurs par groupes affinitaires dans un quartier, jamais seul vous vous feriez immédiatement embarquer pour "outrages", être visible et en groupe, bien sur les flics n'aime pas ça, c'est sur mais aucune loi ne vous empêche de vous baladez en groupe avec des camera vidéos. Toujours vous munir d'un numéro de téléphone d'un avocat, au besoin créer en parallèles de votre copwatch, des référents juridiques, ou faire votre balade de copwatching avec un avocat. N'ayez bien sur jamais d'alcool (ou autres choses) sur vous lors de vos balades, pas la peine de donner des arguments aux forces de répression. En cas d'interpellation, niez toujours si la police prétend que ce que vous faites est "illégal", et dire collectivement que vous êtes un groupe en balade.

Quelques conseils concrets à appliquer :

Prendre en photo les flics en civils avant chaque début de manif. Inattentifs, ils parlent entre eux, rigolent et ne sont jamais cagoulés. C'est le meilleur moment pour les prises d'identités.

Même cagoulé, les vêtements du flic en civil le trahissent, il devient alors parfaitement identifiable.

Prendre également des photos ou vidéos lorsque les flics sont cagoulés pendant les manifs. En cas d'agression, celles-ci permettront de recouper les infos avec celles prises précédemment.

Un grand nombre de policiers titulaires d'armes dites non légales se masquent le visage. Il est bien plus difficile de pouvoir identifier un flic qui vient d'éborgner une personne au flashball. Cependant les LBD sont attitrés a des policiers bien spécifiques et il est essentiel de prendre en photo tous les policiers porteurs de ce type d'armes. Ils permettront d'être identifiés par la suite.

Fréquemment cagoulées, les unités anti émeutes de type CRS ou CDI utilisent de plus en plus des caches cou toujours dans le but de taper, tirer au flashball ou au cougar sans être identifiés en cas de graves blessures. Or le CRS ou CDI cagoulé fait parti d'un petit groupe dont il ne se sépare jamais. Afin de permettre l'identification de l'individu cagoulé, il suffit de faire une photo de l'ensemble du groupe. Les collègues de celui-ci ne sont pas tous cagoulés et permettront l'identification par élimination du policier cagoulé violent.

Note de Manif’Est :

Malgré l’utilité évidente de l’application UVP pour filmer et témoigner de violences policières, de sérieuses inquiétudes existent quant à la sécurité de cette application. En particulier, on peut lire une analyse ici dans laquelle l’auteur parvient à accéder à toutes les données des utilisateurs et utilisatrices de l’application. Ces vulnérabilités ont depuis été corrigées. Néanmoins, l’impossibilité de consulter le code source de l’application (qui n’est pas public) afin d’en vérifier la sécurité, et le fait qu’elle embarque plusieurs trackers sont autant d’éléments jetant le doute sur les garanties de sécurité et d’anonymat que ce genre d’application se doit d’offrir à ses utilisateur·ices. Si vous souhaitez malgré tout installer et utiliser UVP, nous vous recommandons de le faire sous pseudonyme, avec une adresse email dédiée, et en ne renseignant aucun élément personnel dans vos données d’inscription.

Trois recommandations :

Si vous choisissez de centraliser les informations et images recueillies, ne le faites pas par le biais d’outils informatiques non sécurisés et stockez ces données sur des serveurs ou disques durs chiffrés, tout en utilisant un VPN ou le réseau TOR pour accéder à internet et communiquer, y compris sur votre téléphone ! (Riseup VPN et TOR Brower/Orbot sont de très bons outils pour ordinateurs et portables).

Nous alertons sur notre opposition politique et éthique à l’utilisation de cette pratique à l’occasion d’actions politiques ou de révoltes (manifestations, émeutes…), la prise d’image restant un outil à utiliser avec prudence et sans mettre en danger les personnes qui luttent de façon radicale contre l’État et le système. L’image peut s’avérer utile à la répression si elle montre d’autres personnes que les policiers et les victimes de violences policières.

La pratique du copwatching peut être risquée, c’est pourquoi nous ne conseillons aucunement de filmer les policiers de façon ostentatoire lorsqu’on n’est pas protégé par une foule ou un collectif de personnes solidaires. Attention lorsqu’on filme à rester hors de portée des policiers et à ne jamais s’en approcher à moins de 20 mètres, en veillant si possible, à mettre son visage et son corps à l’abri derrière un obstacle en cas de tir de balles de caoutchouc.

SOUTENIR LE PROJET INDEX

L’association INDEX réalise des contre-expertises indépendantes afin de rétablir rigoureusement la réalité du déroulé de ces trop nombreux drames, grâce notamment à des reconstitutions 3D et des enquêtes vidéos qui ont déjà permis de mettre en lumière les circonstances de la mort de plusieurs victimes de la police, comme Adama Traoré, Zineb Redouane ou encore Gaye Camara. Un travail minutieux de reconstitutions, indispensable et nécessaire face à la propagande et aux mensonges de la police.

Afin de garantir son indépendance, l'association est exclusivement financée par des dons et n'accepte, bien entendu, ni aide de l'Etat ni celle des familles de victimes. Une campagne de collecte de financement participatif est actuellement en cours pour soutenir cette initiative. Cette initiative cherche aussi à développer une expertise indépendante pour soutenir les victimes. 

ATTAQUER ET MAINTENIR L'IGPN SOUS PRESSION JURIDIQUE ET MÉDIATIQUE

Dénoncer la complicité de l'IGPN avec les policiers violents, racistes et/ou corrompus et attaquer cette institution en permanence avec de vrais dossiers, si possible avec une présence régulière et médiatisée face à son immeuble. Saboter la police ne passe pas forcément par des moyens illégaux, risqués et répréhensibles. Par exemple, pleins de choses sont possibles à travers la justice ou les médias, avec de bons dossiers bien sûr !

Cette institution est le bouclier d'immunité de la police, de nombreux rapports et enquêtes le démontrent régulièrement. Si l'IGPN tombe c'est une grand partie de la police qui tombe avec elle.

L'objectif est d'arriver à imposer une nouvelle institution plus transparente et contrôlée par un comité de vigilance de citoyens tirés au sort en soutien aux personnes connaissant le droit.

CONSTITUER UNE ALTERNATIVE POPULAIRE À L'IGPN

(Proposition des GJ de Belleville)

Il est important pour nous de centraliser les cas pour communiquer sur le nombre et se mettre en position d'attaquer les mesures devant les Cours d'Appel et de Cassation, puis la CEDH en perspective. Il y a aussi un double intérêt pour le mouvement à regrouper les dossiers judiciaires permettant de "grimper" jusqu'en haut de la pyramide judiciaire et obtenir à terme des jurisprudences utilisables démontrant par A + B l'illégalité gouvernementale. Il faudra sélectionner les "meilleurs" dossiers et soutenir les personnes concernées : il suffit d'un seul dossier sélectionné mais il doit être quasi imperdable.

* historique à long terme par la jurisprudence obtenue (si on gagne),

* communication efficiente sur un exemple précis avec une personne concernée acceptant de s'exprimer

La CNSAP a fonction de recueillir l'ensemble des informations, y compris celles recueillies par HRW, Amnesty et la LDH. Ce pourrait être l'activité quotidienne d'un tel Observatoire citoyen que de rapporter les faits qu'il collectionne auprès du Défenseur des Droits, sous forme de "lettres-ouvertes", puisqu'il s'agit simultanément d'informer la presse et le public. Les faits recensés doivent faire l'objet de "rapports" rédigés proprement qui sont aussi ses communiqués, en quelque sorte. Diffusés sur le site de la CNSAP ils peuvent (et devraient) aussi faire l'objet de plaintes, éventuellement avec constitution de partie civile et à déposer devant le Procureur de la République.

Un tel organisme se financerait par crowfunding, pour payer les frais judiciaires s'il y en a (comme lorsqu'on se constitue partie civile) et plus généralement pour financer les enquêtes destinées à établir les faits, défendre les victimes et publier ses résultats. On pourrait même imaginer, s'il y avait l’argent, l'achat de "pages d'information" dans les quotidiens, Libé, L'Huma, Le Monde... Il doit être fait appel au millier d’artistes qui ont signé un appel de soutien aux GJ pour passer la barrière des médias, en toute nécessité.

En fonction du budget, un "numéro vert" et des permanents pourraient être mis en place pour répondre à tout moment et organiser les "secours", en tout cas juridiques, en ouvrant aussitôt une enquête pour établir aussi rigoureusement que possible les faits tels qu'ils se sont produits, et ce assez rapidement, pour informer la presse, comme le mouvement, de la réalité de la "météo" policière, heure par heure si possible.

En attendant, soutenir les commissions juridiques !

CRÉER, REJOINDRE, SOUTENIR DES ASSOCIATIONS DE VICTIMES

Pour sortir du statut de victime et devenir forts ensemble, notamment en facilitant la centralisation de l'information, l'action juridique et médiatique. Apporter un soutien sans faille aux populations victimes en se déplaçant à leurs événements, en étant à leur écoute et essayant de répondre à leurs besoins.

Kit d’information et de soutien aux blessé-es et à leurs proches

BOYCOTTER LES SYNDICATS DE POLICE

Obliger les centrales syndicales à refuser l’affiliation de syndicats de policiers

APPAUVRIR LA POLICE (LOBBYING)

C’est une revendication qui gagne beaucoup en popularité actuellement aux États-Unis. Des initiatives fleurissent partout en ce sens. Par exemple, Defund12 permet à tout le monde d’envoyer des emails aux responsables politiques pour demander l’arrêt du financement de la police. D'autres projets s'opposent aux campagnes de recrutement de policiers, à la construction de nouveaux commissariats ou de nouvelles écoles de police...

La revendication d’un arrêt du financement de la police est, d’un point de vue stratégique, le pendant de celle de l’arrêt de la construction de nouvelles prisons et du désinvestissement dans le secteur carcéral. Par exemple la campagne Harvard Prison Disinvest que mènent les étudiant.e.s d’Harvard pour que leur université cesse ses liens économiques avec le secteur des prisons privées et des banques qui font des prêts pour les cautions liées aux libérations provisoires. Cet appel à l’arrêt du financement de la police va souvent de pair avec l’idée d’utiliser cet argent pour financer les secteurs qui sont réellement utiles à la population.

LUTTER CONTRE LES ARMES DITES NON LÉTALES ET LES ARMES DE GUERRE

Dénoncer le coût des armements dit non létaux, des armes de guerres, des véhicules blindés, des drones... Des commandes passées en période de crise sanitaire et économique et qui se pratiquent sans aucune consultation du parlement et encore moins de la population. Rappelons que les armes françaises servent à opprimer les peuples dans les dictatures du monde entier.

Récupérer et entasser les capsules de lacrymos pour symboliser la répression ou dénoncer la contamination au cyanure. Réaliser des structures artistiques avec.

Frapper concrètement les salons de vente d'arme et de techniques de répression dans lesquels des régimes dictatoriaux viennent faire leur marché sur les innovations répressives. Frapper également les entreprise française de vente d'arme de répression, notamment en bloquant ses installations quand le gouvernement passe des commandes.

Exemple : Nobel Sport 57 rue Pierre Charron 75008 PARIS 01 42 89 51 89

LUTTER CONTRE LES DISPOSITIFS DE VIDÉO-SURVEILLANCE

Réaliser des campagnes locales sur le coût exorbitant, les dangers et l'inefficacité de ces installations comme les caméras de surveillance, mettre en parallèle la dilapidation de l'argent public et ce à quoi cet argent aurait pu servir... Accumuler les chiffres et exemples de leurs totale inefficacité pour sensibiliser la population...

Exemple de campagne locale

Remplacer une caméras de surveillance par une cabane pour les oiseaux. Vous avez compris l'idée : transformer quelque chose de nuisible en quelque chose d'utile ou de plaisant. Simple et inspirant !

Plusieurs techniques existent pour aveugler ou désactiver une caméra de vidéo-surveillance

... et en dernier recours il reste le bon vieux lance pierre !

Créer un relai local sous-surveillance.net

Cette cartographie est participative, collaborative et accessible au plus grand nombre. Elle permet de rendre visible la prolifération des caméras tout en collectant un maximum d’informations les concernant.

REFUSER LA PRÉSENCE DE PERSONNES ARMÉES ET D'ALERTES DANS LES LIEUX PUBLICS

Refuser le conditionnement vigipirate par des soldats auxiliaires de police.

Dénoncer/refuser les intrusions policières (notamment avec des armes militaires) au sein ou aux alentours des établissements scolaires, si possible par le biais des associations de parents d'élèves.

Dénoncer/refuser les alertes intrusion ou attentat qui participent à la terreur permanente de l'ennemi intérieur dans les établissements scolaire de la maternelle au lycée. (rappeler que le féminicide ou le travail tuent plus que le terrorisme)

LIMITER L'INTRUSION DE LA POLICE DANS NOS COMMUNAUTÉS

Inciter les gens de nos quartiers et voisinage à se déplacer à la police au lieu de les appeler et donc de les ramener dans nos communautés en mettant possiblement en risque la vie ou la santé de certaines personnes.

Lister et diffuser des listes de contacts spécialisés alternatifs à la police et capables de gérer certains problèmes comme les médiateurs, associations, avocats, psychologues, volontaires, premiers secours, street medic, agent de sécurité ou personnes formées à l'autodéfense, foyers, services en ligne (hotline), leaders de communautés...

Dans le South Side de Chicago, des militant.e.s de terrain s’organisent pour dépasser la simple critique de l’institution policière, et mettre en place des contre-institutions rendant inutile l’intervention de la police. Inspiré.e.s par le concept d’abolition de la prison porté par Angela Davis, ou par la notion de « justice réparatrice » héritée des traditions indiennes, le but est de montrer que la fonction de la police tient plus dans la répression que dans la protection. Cercles de parole, repas de quartier servant de défense collective, ou bien encore résolution des délits à l’intérieur des communautés et des quartiers, les idées pour abolir la police ne manquent pas et certaines sont mises en pratique.

Cela implique la construction de communautés/voisinages forts qui ont des ressources à offrir dans toutes les situations où ordinairement les gens font appel à la police. Il s’agit, par exemple, de se former collectivement à la gestion des situations de violences interpersonnelles ou à intervenir auprès de personnes qui ont des problèmes de santé mentale ou qui consomment des produits psychoactifs.

SUIVRE OU ANIMER UN ATELIER "COMMENT RÉGLER UN PROBLÈME SANS APPELER LA POLICE ?"

Quel rapport avons-nous avec la police dans notre vie quotidienne ? Passer par l’imagination et la réflexion est une façon de se mettre en situation et de rendre concrètes les propositions abolitionnistes. L’idée est de partir des expériences de chacun⋅es pour voir comment on y répond et quelles sont les ressources mobilisables. L'idée est aussi d'insister sur des moments ordinaires de nos vies : une panne de voiture, une soirée un peu trop bruyante, quelqu’un qui pète un cable, etc. Le but est d’améliorer notre compréhension des situations qui posent problème et d’être plus fort⋅e pour y faire face si elles arrivent"

Quelques idées : 

1 – Ne te sens pas obligé⋅e de défendre la propriété – surtout la propriété « privée » des grandes entreprises. Avant d’accuser quelqu’un⋅e ou de contacter la police, demande-toi si quelqu’un⋅e est violenté⋅e ou mis⋅e en danger par le « vol » ou le dommage d’une propriété. Si la réponse est « non », alors laisse faire.

2 – Si quelque chose qui t’appartiens est volé et que tu as besoin de faire enregistrer l’infraction afin de toucher l’assurance ou pour une autre raison, vois si tu peux aller au commissariat de police plutôt que de faire venir les flics au sein de ton entourage. Sans t’en rendre compte, tu pourrais faire courir un risque à quelqu’un⋅e de ton voisinage.

3 – Si tu rencontres quelqu’un⋅e présentant un comportement qui paraît « étrange » à tes yeux, n’en conclus pas qu’il ou elle est sous l’emprise de produits stupéfiants en plein sur la voie publique. Une lésion cérébrale ou une crise liée à une maladie peuvent provoquer des symptômes similaires. Demande-lui si ça va, s’il ou elle est dans un état de santé particulier et s’il ou elle a besoin d’aide.

4 – Garder une liste de numéros de ressources communautaires, comme une ligne d’écoute en cas de situations compliquées (tentative de suicide, mise en danger d’autrui, etc.). Quand la police est contactée pour « gérer » des situations comme celle-là, les personnes qui ont des troubles mentaux ont 16 fois plus de risque d’être tuées par les flics que les autres.

5 – Si tu vois une personne arrêtée sur la chaussée à cause d’un problème de voiture, tu peux t’arrêter et lui demander si elle a besoin d’aide ou si tu peux appeler une dépanneuse. Si la police s’en mêle, elle peut mettre des amendes abusives, cibler celles et ceux qui n’ont pas de papiers, ou pire encore.

6 – Réfléchis à deux fois avant d’appeler la police, lorsqu’une personne te semble suspect⋅e. Est-ce que sa race, son genre, son ethnicité, sa classe ou son mode d’habitat influence ton choix ? Des coups de fils comme ça peuvent mettre en jeu la vie de beaucoup de gens.

7 – Encourager les professeurs, les collègues et les organisateurs⋅trices d’événements à ne pas convier la police dans les classes, les lieux de travail et les espaces publics. À la place, œuvrer pour une culture de l’attention des un⋅es aux autres, sans mettre par inadvertance qui que ce soit en danger. Si on fait partie d’un groupe qui organise un rassemblement ou une manifestation, ne pas demander d’autorisation à la police et éviter toute forme de coopération avec elle.

8 – Si un⋅e voisin⋅e fait la fête et que le bruit te gêne, va voir, va lui parler. Apprendre à connaître tes voisin⋅es lors d’une fête de quartier, est un bon moyen de rendre moins embarrassant le fait de leur demander de faire moins de bruit, ou bien de trouver un⋅e autre voisin⋅e qui veut bien le faire à ta place.

9 – Si tu vois quelqu’un⋅e pisser en public, regarde ailleurs ! Souviens-toi que beaucoup de sans-abris n’ont pas d’accès facile à des toilettes.

10 – Organiser et participer à des ateliers de désescalade ou de résolution de conflit, de secourisme et d’auto-défense, dans ton entourage, dans ton école, à ton travail ou au sein de ton comité de quartier.

11 – Le street art c’est beau ! Ne signale pas des graffitis ou des artistes de rue. Si tu vois une œuvre qui contient des propos fascistes ou haineux, peins par-dessus, toi-même ou avec tes ami⋅es.

12 – Souviens-toi que la police peut exacerber des situations de violence domestique. Tu peux soutenir des ami⋅es et des voisin⋅es victimes de violence, en les accueillant, en les conduisant en lieu sûr ou en prenant soin de leurs enfants. Utilise des ressources communautaires comme des lieux d’entraide et des lignes d’écoute.

Des communautés fortes rendent la police obsolète !

Aller plus loin sur la Justice Transformatrice

CRÉER SA PROPRE POLICE COMMUNAUTAIRE

La Police communautaire (PC) et la Coordination régionale des autorités communautaires (CRAC) de l’État de Guerrero, au sud du Mexique, offre un exemple d’expérience pratique d’une prise en charge autonome des enjeux de sécurité et de justice par la population. Leur existence oblige par ailleurs à remettre en question le rôle de l’État en matière de sécurité et de justice. Si le contexte est certes très différent à celui de la France (narco-État, guérilla, indigénisme...), ces initiatives populaires, de par leurs modes d'organisation (volontaire, communautaire, égalitaire...) mais aussi leur vision de la justice réparatrice (à travers l'éducation, le travail pour la communauté...), sont une source d'inspiration pour les sociétés du monde entier et pourraient bientôt représenter un modèle à suivre dans des lendemains en effondrement ou en guerre civile...

Les justiciers du Guerrero - Vice

MEXIQUE : Police communautaire, la société contre l'état

Exemple en France d'un agent de sécurité qui propose ses services

ET LA GAUCHE ELLE DIT QUOI ? UNE POLICE DU PEUPLE EST-ELLE POSSIBLE ?

À gauche, les tentatives pour parler sécurité semblent bien vaines : participation à des manifestations de police, sorties médiatiques etc. Alors, vouloir être en sécurité ou s’inquiéter de la délinquance est-ce réactionnaire ? La gauche a-t-elle encore son mot à dire, sa place, dans ces débats ? Comment réconcilier gauche et sécurité ? Est-elle encore crédible sur ces questions ? Comment la gauche doit-elle penser son programme sécuritaire ?

Réponses de Marion Beauvalet, autrice d’une note « Mettre la République en sûreté » pour le think tank Intérêt Général

Brochure « Penser la Police au service du peuple » « Refonder la Police »

DES APPROCHES LÉGALISTES

Les 3,8 millions d'habitants de Berlin ne pourront désormais plus faire l'objet de discrimination de la part d'agents publics fondée sur le sexe, l'origine ethnique, la religion, les convictions politiques, le handicap, l'âge, l'identité sexuelle ou encore le statut social. Une disposition irrite particulièrement les opposants à cette nouvelle loi : en cas d'accusation de discrimination, les policiers devront désormais prouver qu'ils ne se sont pas rendus coupables de tels agissements. Jusqu'à présent, c'était à la victime présumée de démontrer qu'elle avait été discriminée. Et si la discrimination est reconnue par la justice, la victime aura droit à une indemnisation de 300 à 1.000 euros, voire plus pour les cas les plus graves.

Comment une ville leader du mouvement municipaliste comme Barcelone envisage-t-elle la sécurité de ses habitant.e.s ? Quels instruments et leviers concrets utilise-t-elle ? Est-ce qu’il existe une politique de sécurité municipaliste qui se différencie des autres approches plus classiques ou plus répressives ?

S'INFORMER ET PARTAGER LES ALTERNATIVES

Coalition pour l'Abolition de la Police en France

Quelques objectifs à long terme pour s’orienter

8 mesures pour abolir la police

Mediapart se penche sur les chantiers de transformation de l’institution policière pour améliorer la confiance des citoyens, des propositions existent

Cette liste est loin d'être exhaustive, n'hésites pas à compléter ce travail avec des liens, partager ton avis ou poursuivre la discussion dans notre salon Discord (catégorie Sécurité)

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