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Billet de blog 28 mars 2022

Marine le Pen et le FN/RN, agents d'influence au service du Kremlin ?

Y a-t-il eu une contrepartie politique aux financements russes du Front national ? Après l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête en 2011, c’est un véritable lobbying en faveur du président Poutine et de ses positions qui s’est mis en place et qui s’est intensifié dans les mois qui ont précédé et suivi l’obtention des prêts russes qui correspondent avec l'annexion de la Crimée...

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Y a-t-il eu une contrepartie politique aux financements russes du Front national ? Le parti lepéniste a toujours affiché une ligne pro-russe depuis l’effondrement de l’URSS, mais après l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête en 2011, c’est un véritable lobbying en faveur du président Poutine et de ses positions qui s’est mis en place, dans les interventions médiatiques comme au Parlement européen. Ce lobbying pro-russe s’est intensifié dans les mois qui ont précédé et suivi l’obtention des prêts russes qui correspondent avec l'annexion de la Crimée... (compilation d'articles)


En avril 2015 des milliers de documents sont piratés par les hackers d'«Anonymous International» auprès d'un responsable de l'administration présidentielle russe et démontrent une ingérence politique de deux lobbyistes russes et les jeux d'influence pro-Poutine derrière ces financements. Ces messages datés de mars 2014 évoquent des contacts entre les Russes et le Front national pour obtenir une prise de position officielle du parti d'extrême droite en faveur du rattachement de la Crimée à la Russie. Ils font aussi état de discussions financières et il y est question de la manière dont Marine Le Pen doit être « remerciée » en échange de son soutien sur la Crimée, en mars 2014.

Le 17 mars, Marine Le Pen prend effectivement position sur le sujet et son conseiller international se rend en Crimée en qualité d'« observateur ». La présidente du FN déclare au lendemain des résultats qu’« à [son] sens les résultats du référendum sont sans contestation possible ». Une déclaration forte dont s’était réjoui un responsable du Kremlin dans des textos, révélés par des hackers russes. Selon les documents hackés, les Russes ne cachent pas leur satisfaction et envisagent comment « d'une manière ou d'une autre remercier les Français ». Dans les mois qui suivent, Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen obtiennent tous deux des prêts russes pour leur financement politique à hauteur de 11 millions d'euros.

Le 31 mars, Shaltaï Boltaï publie une seconde salve de fuites, cette fois-ci de 40 000 SMS échangés dont l’authenticité ne semble pas mise en doute. L’un des interlocuteurs, le directeur du journal et de la télévision RBK Nikolaï Molibog, a déjà confirmé sur sa page Facebook que ces échanges avaient bien eu lieu. Dans la masse de e-mails piratés, le Front national et son soutien à la Russie sont mentionnés à 66 reprises, mais ce sont surtout trois échanges de textos qui intriguent (traduction disponible ici). Ils ont été écrits en mars 2014, alors que le référendum pour le rattachement de la Crimée à la Russie se préparait activement (il s'est tenu le 16 mars). L'interlocuteur est un certain « Kostia » mais selon les « Anonymous International », il s’agit de Konstantin Rykov, l'un des plus actifs blogueurs, utilisateur de twitter et concepteur de sites Internet pro-Poutine. Il a été député de la Douma d'État de 2007 à 2012. 

  • Premier échange :

Le 10 mars 2014, Timur Prokopenko écrit à « Kostia ». Il lui demande s’il peut faire venir Marine Le Pen en Crimée, « comme observatrice » du référendum qui doit se tenir six jours plus tard. « On en a extrêmement besoin. J'ai dit à mon chef que tu étais en contact avec elle ???? », lui écrit Prokopenko. « Oui j'essaye de savoir demain », répond « Kostia ». Le lendemain, Prokopenko relance « Kostia », qui revient avec de bonnes nouvelles :

- 15h17: Kostia, réponds.

- 15h20: À propos de Marine. C'est la campagne électorale pour les municipales. Elle est en tournée. Aujourd'hui ou demain, le Front national prendra officiellement position sur la Crimée. On saura alors si elle est prête (ce qui est peu probable) à venir en Crimée ou si l'un de ses adjoints viendra. J'aurai des détails ce soir.

- 15h22: Oh ! c'est super. On peut les convaincre.

- 15h22: À propos des financements non.

- 15h23: Merci beaucoup, le ministère des affaires étrangères va encore discuter avec elle.

- 15h23: Elle a parlé à Philippo (Florian Philippot, vice-président du FN - ndlr). Il réfléchit

- 15h23: Quelqu'un du fonds t'a contacté sur les financements ?

- 15h24: Oui le vice-ministre des affaires étrangères lui téléphonera.

- 15h25: Nous avons aussi le soutien des Danois, mais je ne peux pas m'expliquer avec eux. Je ne parle pas leur langue ;(

  • Troisième échange le 17 mars :

- 15h49: Marine Le Pen a officiellement reconnu les résultats du référendum en Crimée !

- 15h51: Elle n'a pas trahi nos attentes ;)

- 15h57: Il faudra d'une manière ou d'une autre remercier les Français.. C'est important.

- 16h09: Oui, super !

Le 17 mars, Marine Le Pen, en déplacement à Saint-Gilles (Gard) pour les municipales, s’exprime en effet sur la Crimée lors d’une conférence de presse. « À mon sens, les résultats du référendum sont sans contestation possible », déclare-t-elle, en ajoutant que la Crimée ne faisait partie de l'Ukraine que depuis 60 ans. La présidente du FN demande à l’Union européenne « de ne pas rester dans l’incohérence » vis-à-vis de cette région. Sa déclaration est reprise sur plusieurs sites et réseaux sociaux frontistes (notamment le compte Facebook de Marion Maréchal-Le Pen), mais aussi des sites de propagande russes à l’étranger.

La veille, son conseiller international Aymeric Chauprade, pilier des réseaux russes du FN, était en Crimée comme « observateur » du référendum organisé par les séparatistes, « en tant que conseiller spécial de Marine Le Pen », car le Front national « a été invité de son côté »  par une organisation pro-russe. Il livre un « témoignage » abondamment relayé sur les sites frontistes et pro-russes, et « loin de la propagande médiatique des médias de l’Ouest », dit-il.

Le 12 avril, Marine Le Pen se rend en revanche elle-même à Moscou, en visite privée, pour y revoir le président de la Douma Sergueï Narychkine, un très proche de Poutine qu'elle avait déjà rencontré en juin 2013. Quelques jours plus tard, un premier financement russe arrive de deux millions d’euros d’une société chypriote alimentée par des fonds russes. C'est Aymeric Chauprade, l'observateur frontiste en Crimée, qui sert d'intermédiaire. Cet argent a permis d'avancer des fonds aux candidats aux européennes. En septembre 2014, c'est au tour de la présidente du FN de décrocher un prêt de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank (FCRB), une banque basée à Moscou. Grâce à un autre intermédiaire cette fois-ci : l'eurodéputé frontiste Jean-Luc Schaffhauser.

Y a-t-il eu des contreparties politiques à ces prêts russes ? Quel est ce "remerciement" à adresser « aux Français », évoqué dans les textos à propos du référendum en Crimée ? Konstantin Rykov, le grand manitou des réseaux sociaux pro-poutiniens, est-il en contact direct avec Marine Le Pen comme il le laisse entendre dans les textos piratés ? Il ne cache en tout cas pas son admiration pour la présidente du FN, élevée au rang d'icône sur son site et dont il suit les moindres faits et gestes (voir photo). 

Quand Marine le Pen se fait récemment interroger dans l'émission "La France dans les yeux" sur BFMTV au sujet de cette proximité avec la Russie et de ces nombreuses rencontres et déplacement, la présidente du premier parti d'extrême droite français se réfugie derrière l'"intérêt de la france" qu'elle irait défendre auprès du Kremlin, la raison première de ce mystérieux investissement de sa personne.

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Le Pen sur l'Ukraine: "Le jour où Poutine a lancé son armée, j'ai immédiatement condamné cela" © BFMTV

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Le déblocage de ce prêt au Front national par une banque russe se trouvant de facto entre les mains d'un ancien cadre bancaire de l'État survient à un moment critique des relations entre l'Union européenne et la Russie, mises à mal par la crise ukrainienne. Cinq banques publiques russes sont visées par les sanctions et 119 personnes, parmi lesquelles des oligarques et des banquiers, sont interdites d'entrée sur le territoire de l'UE. L'un des principaux contacts du FN et conseiller de Vladimir Poutine est d'ailleurs visé par cette mesure, l'oligarque et député Alexander Mikhailovich Babakov à l'origine du montage financier derrière ces mystérieux prêts. 

Une série d’emails que Mediapart s’est procurés démontre pourtant que les deux interlocuteurs russes de Schaffhauser – Alexander Vorobyev et Mikhail Plisyuk – sont directement liés à certains voyages et prises de position du Front national dans l'intérêt... de la Russie et de la survie financière de leur propre parti.

Exemple le 2 juillet 2014. Ce jour-là, le Russe Alexander Vorobyev transmet ainsi à Jean-Luc Schaffhauser un « exemple de déclaration » sur la situation en Ukraine, que l’eurodéputé transfère à Marine Le Pen sur son email personnel. Trois heures plus tard, Schaffhauser explique, dans un autre courriel, que « Marine est prête à envoyer un communiqué à Reuter » et qu’« il faut lui en préparer qu’elle finalisera et m’en donner copie ».

Schaffhauser reprendra mot pour mot ce communiqué lors de sa première intervention en séance plénière au Parlement européen, le 17 juillet 2014. Une intervention qu’il a transmise trois jours plus tôt à Marine Le Pen et son assistant par mail pour validation. Mais aussi… à Mikhail Plisyuk. Le 16 juillet, il donne des gages à son ami russe : « C’est mon intervention, avec mon propre texte. (...) La vidéo n’est pas encore sur le site Internet du Parlement européen, mais elle le sera. ». Dès le 15 juillet, le député fait un teasing de son discours sur Twitter, mettant en avant le passage envoyé par son contact russe (tweet supprimé depuis).

Dans la foulée, le 22 juillet, le député européen organise, avec le même Mikhail Plisyuk, une table ronde sur l'Ukraine. Pour ce « dîner-débat », à l’hôtel Renaissance, à Bruxelles, Schaffhauser convie une vingtaine de personnes, eurodéputés et membres de son Académie européenne. L’intitulé de la soirée annonce la couleur : « Ukraine, information et désinformation mais réelle guerre civile en Europe : que peuvent faire les députés européens ? ».

Schaffhauser, alors très actif sur la question de l'Ukraine au parlement européen comme dans certains médias pro-russes s'était d'ailleurs rendu lui aussi en Ukraine comme « observateur » des élections séparatistes en novembre et en Crimée en mars lors du « référendum » puis à deux reprises dans la région du Donbass pour soutenir les séparatistes pro-russes. Sa première visite a eu lieu deux mois après la signature du prêt. 

Officiellement, l’eurodéputé s’y était rendu seul, et de sa propre initiative mais en réalité, il était accompagné par le directeur de cabinet de Marine Le Pen, Nicolas Lesage, et une équipe de Nations Presse Info, un site « d’info patriote » satellite du Front national. Leur mission : offrir une légitimité aux élections du Parlement et de l’exécutif organisées dans ce petit État auto-proclamé par les séparatistes, avec le soutien du Kremlin mais la désapprobation de Kiev, des États-Unis et de l’Union européenne. Mais aussi réaliser des vidéos relayant la propagande pro-russe. Ce voyage a été préparé en coulisses avec l’aval de Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen et vice-président du FN, comme l’attestent des courriels exhumés dans notre ouvrage Marine est au courant de tout

BANQUES MAFIEUSES, MONTAGES FINANCIERS ET ALERTE SUR UN POSSIBLE PHAGOCYTAGE DU FN

La fondation de l'eurodéputé Schaffhauser a d'ailleurs été le bénéficiaire de fonds en provenance des îles Vierges britanniques, par le truchement d'une société au Luxembourg. Ces commissions présumées ont, toujours selon nos informations, poussé la justice française à ouvrir une enquête préliminaire confiée à l'Office anticorruption. En 2014, après la révélation du premier emprunt, l'eurodéputé avait reconnu avoir été rétribué « 140 000 euros » par la banque FCRB pour son rôle d'intermédiaire, une somme qu'il avait « omis » de faire figurer dans sa déclaration d’intérêts de parlementaire.

L'enquête de Médiapart dans les coulisses du prêt accordé en 2014 fait apparaître un schéma tortueux de versements passant par le Luxembourg et les îles Vierges britanniques, et dans lequel on retrace en filigrane Alexandre Babakov et ses proches. Au cœur de cette nébuleuse, on trouve l'Académie européenne, une « fondation » dirigée par Schaffhauser qui œuvre au rapprochement avec la Russie et qui a reçu, en 2014 et 2015, 250 000 euros au total, en provenance de sociétés basées dans des paradis fiscaux et derrière lesquelles se trouvent les Giner père et fils, Vadim et Yevgueni, deux prête-noms d'Alexandre Babakov. Pourquoi avoir envisagé un prêt de l'Académie ? Ce montage était-il destiné à masquer l'origine des fonds ?

L’enquête raconte l'histoire d’un réseau qui s’est constitué – avec ses intermédiaires et ses structures opaques – pour aider le parti de Marine Le Pen à décrocher des millions, et même à en masquer la provenance avec en filigrane le rôle décisif du sénateur Alexandre Babakov pour mettre en contact le FN avec trois banques russes au profil douteux. Toutes les banques russes auxquelles le Front national a fait appel ont disparu et étaient dirigées par des escrocs ou des blanchisseurs d'argent. De l'argent sale russe a-t-il financé les campagnes du Front national ? En attendant, comme nous l'avons appris, le paiement des intérêts du prêt est suspendu.

À chaque fois le parti de Marine Le Pen choisit un canard boiteux avec la perspective qu’au bout du compte, les millions empruntés ne soient jamais remboursés. Les faits semblent se reproduire et il est de plus en plus difficile de croire à une simple coïncidence : à chaque fois un prêt est obtenu, ou demandé, auprès d’un établissement peu connu et à la réputation déjà entachée, puis survient la chute de la banque, avec la perspective que l’emprunt s’évapore dans la nature sans être jamais recouvré, au gré d’interminables procédures arbitrales ou civiles. Ce qui pose la question de savoir si à travers ce schéma, les soutiens de Marine Le Pen en Russie n’ont pas trouvé la formule magique qui permettrait au Front national de bénéficier de dons sous couvert de prêts.

À partir de cet épisode, l'intermédiaire français dit avoir mis en garde Marine Le Pen sur le fait que « des gens dangereux et manipulés cherchent à nuire au FN en nous mettant sur la piste de banques pourries qui font faillite ». « Elle m'a répondu : “On n'est sûr de rien, donc on poursuit” », ajoute-t-il. En effet, le Front national a poursuivi sans sourciller sa chasse aux millions. D’abord auprès de la Strategy Bank (placé au 241e rang dans le classement des banques russes), puis de la NKB (527e rang), dont la réputation était plus que trouble. 

« Spécial Investigation » révèlera une conversation édifiante dans laquelle un eurodéputé FN pro-russe met en garde Aymeric Chauprade sur des proches de Poutine qui voudraient « phagocyter » Marine Le Pen. L'élu l'alerte également sur un personnage-clé de la filière russe du FN qu'il juge « mafieux » : son ami Konstantin Malofeev, un oligarque proche du Kremlin. Cette conversation est embarrassante pour les Le Pen car l'homme d'affaires s'est entretenu à plusieurs reprises avec Jean-Marie Le Pen en Russie, via Aymeric Chauprade. Il aurait aussi rencontré Marine Le Pen « à Paris ».

Un eurodéputé FN: des proches de Poutine " veulent phagocyter " Marine Le Pen © Mediapart

Dans cet échange dévoilé par « Spécial investigation », l'eurodéputé frontiste met également en garde Aymeric Chauprade par rapport à d'autres proches de Vladimir Poutine, qui voudraient selon lui manipuler Marine Le Pen. « Il faut être prudent avec tout le monde, parce que les autres aussi... insiste-t-il. Les autres, qui sont très proches, ils veulent la phagocyter ! Alors, comme elle ne sait pas qui est qui, c'est facile de phagocyter. » « Ça, c'est vrai ! », acquiesce Aymeric Chauprade. 

L'enquête de « Spécial investigation » dévoile par ailleurs, via des hackers russes, une note confidentielle d'Alexandre Douguine, l'idéologue russe qu'a rencontré Jean-Marie Le Pen en octobre 2014. Sa stratégie ? « Envahir l’Europe, la conquérir, et l’annexer », expliquait ce nostalgique de l'Union soviétique dans une vidéo, en ajoutant : « Notre parti communiste faisait de très bons résultats d'infiltration chez les parlementaires européens. » L'objectif de Douguine est d'utiliser des parlementaires européens comme cheval de troie et cet idéologue a établi une classification des relais d’influence à utiliser pays par pays. Pour la France, le premier contact est Aymeric Chauprade... 

UN LOBBYING QUI S'INTENSIFIE DÈS L'ARRIVÉE DE MARINE LE PEN À LA TÊTE DU FN

Marine Le Pen balaie la question d'éventuelles contreparties politiques aux prêts russes du FN en affirmant que l'engagement pro-russe de son parti est ancien. En effet, dès son arrivée à la tête du Front national, en 2011, c’est des cercles poutiniens que se rapproche Marine Le Pen et un intense lobbying se met en place : multiplication des voyages et rencontres, nombreuses déclarations défendant les intérêts russes, postes et investitures confiés à des pro-russes. 

Au quotidien russe Kommersant, elle déclare, en octobre 2011, qu’elle « admire Vladimir Poutine », ce qu’elle redira sur RTL. Sur France 3, elle cible l’Union européenne, qui « n’est bonne qu’à menacer de sanctions et faire du chantage », mais salue l’attitude de Poutine, qui « a pris ses distances ». « Historiquement Kiev est le berceau de la Russie, un tiers des habitants d’Ukraine sont russophones, une grande partie de l’économie ukrainienne est liée à l’économie russe, donc on ne va pas changer la géopolitique », plaide-t-elle. Pendant la campagne présidentielle, son programme international est résolument axé vers la Russie, avec laquelle elle prône une « alliance stratégique poussée ». Plusieurs candidats et responsables frontistes profitent des Jeux olympiques à Sotchi pour vanter la politique de Poutine et fustiger la « propagande anti-russe » des médias occidentaux. 

Marine Le Pen, mais aussi Marion Maréchal, Bruno Gollnisch et différents cadres du parti se rendent alors régulièrement en Russie, à chaque fois pour y rencontrer des proches de Poutine et même le chef du Kremlin en Personne. Les entrées en Russie de Marine Le Pen sont favorisées par les relations sur place d’Aymeric Chauprade, son éminence grise durant quatre ans, devenu officiellement son conseiller international à l'automne 2013, et le moteur de l’alliance pro-russe. De plus, comme l’a signalé L’Obs, elle rencontre fréquemment en privé l’ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov.

Parallèlement, alors que les agressions homophobes se multiplient en Russie, Marine Le Pen affirme que les homosexuels n’y sont pas persécutés. Le président du FNJ, Julien Rochedy, propose quant à lui l'interdiction, comme en Russie, de la « propagande LGBT ». Rappelons que Chauprade avait lancé un appel devant la Douma, en juin 2013, visant à résister à « l’extension mondiale des droits des minorités sexuelles ».

Mais c’est lors de l’annexion de la Crimée par la Russie que le Front national va vraiment donner de la voix. Dans un communiqué officiel, Aymeric Chauprade justifie l’intervention russe, dépeinte en conséquence de l’ingérence des « pyromanes de salon », qui ont « pouss(é) une partie de l’Ukraine contre une autre ». Même en plein été, le Front national n'a de cesse de manifester son engagement pro-russe. Au parlement européen, les 23 eurodéputés frontistes votent comme un seul homme contre l'accord d'association et de libre-échange avec l’Ukraine, adopté par 535 voix. Dans l’hémicycle, Marine Le Pen dénonce « une grave violation du processus démocratique ». Le 17 décembre, Jean-Richard Sulzer, élu FN et conseiller économique de Marine Le Pen, exprime dans l'hémicycle « toute l'affection (qu'il a) pour la Russie » et évoque le « grand démocrate » Poutine.

Andreï Issaïev, vice-président de la Douma russe (Chambre des députés), membre de Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, et invité d'honneur du Front national pour la première journée de son congrès de Lyon. S’ensuit un discours en russe peu ou non traduit, aux propos virils notamment sur l’Ukraine : « Un coup d’État anticonstitutionnel a été commis au cœur de l’Europe, l’arrivée au pouvoir des forces radicales (…), les héritiers idéologiques de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, l’alliée de Hitler. » Marine Le Pen applaudit. 

Pour le politologue Pascal Perrineau, présent dans la salle, « c’est un pas de côté dans leur stratégie de respectabilisation. Je ne les ai jamais vus aussi engagés sur la Russie. On a l’impression d’un emballement. Et surtout, cela prouve qu’un lobby pro-russe est à la manœuvre. Ce qui n’est pas fait pour rassurer leurs potentiels partenaires. Cela manque de maturité politique. En politique, la confiance égare », analyse-t-il. 

À la tribune, Marine Le Pen a plaidé pour « une Europe de l’Atlantique à l’Oural, et non de Washington à Bruxelles ». Les signaux envoyés à la Russie sont on ne peut plus clairs. Plus tôt dans la journée, Marine Le Pen regrettait devant la presse que la France ait reporté la livraison des navires de combat Mistral à la Russie et dénonçait les sanctions de l’Union européenne contre Moscou suite à l‘annexion de la Crimée, au printemps dernier. 

Le Front national se saisit en effet de cette autre actualité qu'est la non-livraison par la France du Mistral à la Russie. Chauprade dénonce une décision « profondément nuisible », Florian Philippot fustige une France « aux ordres des Américains ». En août déjà, les élus frontistes de Saint-Nazaire avaient créé le collectif « Mistral, Gagnons ! » en soutien à la livraison des Mistral. 

À noter la création de la web télé de « réinformation » pro-russe Prorussia.tv – qui a depuis fermé – lancée par d’anciens cadres du FN, avec l'appui de l'ambassade de Russie à Paris.

En janvier 2017, nouveau message lancé en direction de la Russie par Marine Le Pen qui juge que l’annexion de la Crimée n’était pas « illégale ».

À lire également :

Chauprade au cœur de l'affaire « Air Cocaïne » 
(Cet article est une compilation de différents articles de Médiapart sur le sujet)

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