En 2018, le 1er mai tombe un mardi

En 2017, la Terre a effectué une révolution autour du Soleil. Profitons de cette réalité astronomique pour dresser un bilan du projet, des luttes, et souhaiter le meilleur pour 2018.

 © Cauri films © Cauri films
Depuis le mois d’août 2017, beaucoup de choses se sont passées. Lorsque le projet a été médiatisé hors des cercles militants l’été dernier, au début nous n’avons pas réellement compris ce qu’il se passait. De demandes d’interviews répétées en messages d’encouragements réguliers, nous avons commencé à réaliser que CoopCycle était devenu désirable, comme dirait Benoît Hamon en mangeant un kebab. Incontournable, au point d’être considéré comme une alternative au leader mondial des plateformes de livraison de repas.

Notre petit groupe ad-hoc a dû rapidement s’adapter. Alors que nous échangions plutôt à travers des messageries sur Internet, nous avons commencé à nous réunir physiquement de manière hebdomadaire. Nous avons dû mettre en place des outils pour nous organiser, comme une véritable petite entreprise (sic). Nous sommes désormais une association loi 1901, de nouveaux membres nous ont rejoint. On a même un SIRET !

Au départ simple clone d’une plateforme de livraison de repas, nous avons désormais changé notre roadmap technique afin de s’adapter aussi à la livraison dernier kilomètre. Côté technique, nous sommes désormais deux développeurs à travailler à temps plein sur le projet, aidés de quelques valeureux contributeurs.

Une courbe qui va vers le haut Une courbe qui va vers le haut

Nous avons changé deux fois de logo, parce que nous avons désormais un vrai graphiste dans notre collectif !

Preuve s’il en est que le projet devient de plus en plus concret, nous travaillons aujourd'hui à l'élaboration d’un modèle économique viable et pérenne.

Nous avons organisé une conférence à la Bourse du Travail.
Nous avons tissé des liens avec des acteurs majeurs de l’écosystème social et solidaire.
Nous avons voyagé à Bruxelles, Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse, et même… New-York !

Bonnes révolutions résolutions

Malgré ce bilan plutôt honorable, il faut bien reconnaître que nous n’avons pas encore effectué la moindre livraison grâce à notre logiciel.

C’est l’objectif n°1 que nous nous sommes fixé : cette année, nous devons le mettre en
production. Ça signifie produire de la documentation, mettre en place des procédures de tests de l’application en conditions réelles, organiser les demandes et les retours des utilisateurs... bref, prouver que ce n'est pas un vaporware

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★ Continuer à mettre au clair notre feuille de route, pour nous projeter dans l’avenir.

★ Permettre au maximum de personnes de pouvoir contribuer, selon leurs envies.

★ Aller à la rencontre de nos amis dans toute l'Europe.
En Espagne, en Allemagne, en Angleterre, aux Pays-Bas, pour rencontrer les collectifs et les syndicats qui s’organisent face aux plateformes capitalistes.

★ Ne plus prononcer le mot "ubérisation"

Nouvelles du front

En 2017, le masque de l’économie collaborative a continué de tomber, révélant un peu plus son visage d'exploiteur façon XIXème siècle.

Avec pratiquement une affaire par mois, la société Uber a tenu le haut de l’affiche. Il ne reste plus beaucoup de monde pour clamer haut et fort qu’il utilise et apprécie l’application, c’est désormais devenu pratiquement honteux d'utiliser ce service de voiture avec chauffeur qui était autrefois si “innovant”.

En Angleterre, Transport For London a menacé de suspendre la licence de la société de VTC. Très récemment, la Cour de Justice Européenne a estimé que la startup était un service de transport comme les autres. Une tribune dans l’influent magazine Wired a appelé à ce que ce soit les travailleurs qui détiennent la plateforme. Jeremy Corbyn, dans un discours, propose de généraliser les plateformes coopératives.

Des dizaines de grèves ont eu lieu en Europe, organisées par les travailleurs des plateformes de livraison, parfois avec le support des syndicats historiques, parfois de manière totalement autonome. Deliver Union en Allemagne, Riders X Derechos en Espagne, Riders Union aux Pays-Bas… d’une nouvelle classe sociale, le précariat, émergent de nouvelles formes de syndicalisme.

Et comme il n'y a qu'un pas entre syndicalisme et coopérativisme, des collectifs se lancent dans l'aventure, comme à Bordeaux ou à Nantes

Les voeux du Président

L’année 2017 s’achève (enfin). 

On peut s’infliger VU 2017 pour visualiser en avance rapide tout ce qui s’est passé en 365 jours : accélération de l’assaut libéral, retour du fascisme, augmentation des inégalités, sur fond d’alerte générale sur le réchauffement climatique et de crise migratoire...

Cependant, nous sommes loin de déprimer, bien au contraire. Le mouvement d’émancipation se poursuit.

Partout, la parole continue de se libérer pour dénoncer le racisme, les violences policières, le harcèlement, les agressions sexuelles, la corruption. 
Notamment, l’incroyable succès du hashtag #MeToo a porté un coup sérieux au bloc patriarcal, et les déflagrations vont se poursuivre pendant longtemps.

Aux États-Unis, dans le sillage d’Occupy Wall Street et de Bernie Sanders, un nouveau parti socialiste est en train d’émerger, avec un message progressiste positif et ostensiblement anticapitaliste, qui devrait faire honte au (feu) parti français avec un nom et un logo similaire.

Thanks, Capitalism! © Democratic Socialists of America (DSA)

La contestation en France ne s’est pas essoufflée. Les discussions politiques se multiplient, des slogans aux accents situationnistes apparaissent sur les murs des villes. Signe extrêmement révélateur, une partie de la jeunesse en vient même à inquiéter les autorités.

Au Vénézuela, au Honduras, en Catalogne, en Iran... les multitudes exigent la démocratie, maintenant. La fin de l'histoire semble prendre fin. 

Une fenêtre de tir s'ouvre.
Le roi est nu, et en situation de crise permanente, le statu quo devient tout simplement intenable. 
Face aux fascismes rampants, qui comptent bien aussi profiter de la situation, le mouvement d’émancipation doit s’étendre, s’unifier, et vaincre. De nouveaux mondes ne sont pas seulement possibles, mais nécessaires.

En 2018, nous fêterons les 50 ans de Mai 68.
En 2018, ceux qui sont nés en l’an 2000 seront des adultes. 

L'an prochain, la Révolution.
Et, comme la Terre, on recommence chaque année. 

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