A Toulouse: la première expérience concrète anti-Deliveroo

A Toulouse, l'entreprise de livraisons Applicolis va très prochainement tester la plateforme Coopcycle pour se lancer sur le marché de la livraison de repas. Un beau challenge lorsqu'on sait que Deliveroo, Allo resto, Foodora et Uber Eats sont déjà bien implantés dans la ville rose.

Applicolis Applicolis
A Toulouse, le monde de la livraison à vélo est en pleine ébullition. Après Deliveroo et Allo Resto, Foodora et Uber Eats viennent tout juste de débarquer sur le marché. Une concurrence féroce dans laquelle va bientôt plonger Coopcycle. En effet, la plateforme de livraison en open source devrait être testée pour la première fois dans la ville rose d'ici fin septembre par la startup Applicolis.

Née en février dernier, elle propose des livraisons à vélos aux fleuristes, cavistes, imprimeurs, magasins bio, conciergeries, épiceries et même les magasins Carrefour. Soit un total de trente commerçants et encore assez peu de restaurants. "Lorsque nous les démarchons, ils nous expliquent qu'ils n'ont pas de site internet adéquat pour gérer les livraisons. De notre coté, cela nous coûterait trop cher d'en développer un. D'où l'idée de travailler avec Coopcycle", explique Vincent Monteil l'un des trois cofondateurs. Les restaurateurs visés jonglent déjà avec les tablettes des grands acteurs de la Foodtech. En avoir une supplémentaire ne les gênerait pas, voire même, pourrait les avantager, selon les calculs de Vincent Monteil.

En effet, Applicolis facture un tarif fixe à la course, contrairement aux concurrents de la Foodtech qui réclament 30% du chiffre d'affaire. Ainsi, plus le panier moyen du repas sera élevé, plus le restaurateur augmentera ses marges et aura intérêt à passer par Coopcycle. "Certes, Deliveroo &co apportent une clientèle additionnelle que nous ne leur offrirons pas. Mais pour les clients fidèles ou pour les grosses commandes, nous sommes plus avantageux", assure Vincent Monteil. Il ne s'inquiète pas davantage de la puissance marketing et monopolistique de ces grandes plateformes, pariant sur la conscience citoyenne des consommateurs, qui pourraient préférer Coopcycle, un site éthique, local, qui ne spécule pas sur le travail d'autrui et dont les capitaux restent sur le territoire français. Il espère également former une équipe de livreurs motivés et impliqués, pour créer une vraie solidarité professionnelle. Dès novembre, Applicolis passera sous le statut de coopérative (Scic), et les livreurs pourront acheter une part du capital. De quoi les intégrer encore plus dans le projet. 

Réfléchir à une nouvelle forme de contrat de travail.

Applicolis possède actuellement une base d'une quarantaine de livreurs, dont une quinzaine d'actifs. Ils sont rémunérés en fonction de différents critères, notamment la distance et le volume : entre 4 et 5 euros pour les courses de moins d'un kilomètre et au moins 10 euros dès que l’on dépasse les 5 kilomètres, avec une majoration de 50% pour les vélos cargos. Pour l'instant, tous travaillent sous le statut d'auto-entrepreneur, mais Vincent Monteil et son équipe aimeraient pouvoir en salarier certains grâce à la création d'une coopérative. "Nous avons consulté nos livreurs et les ¾ veulent garder leur indépendance, beaucoup ne veulent pas du pur salariat. Nous réfléchissons donc à la création d'un modèle hybride qui pourrait s'adapter à leur demande". Trouver un juste milieu entre le sacro-saint CDI et l'ultra précarité des auto-entrepreneurs : tel est le défi du moment chez Applicolis.

Au-delà du lancement de Coopcycle, Vincent Monteil et son équipe voient plus loin. A l'instar des fondateurs de Coopcycle, ils espèrent développer un réseau de coopératives nationales afin d'avoir plus de poids face aux instances politiques et de peser dans les décisions. En attendant, la petite équipe se forme à la Yes Académie, destinée aux jeunes pousses de l'économie sociale et solidaire et participe à ReadinESS, un programme européen pour les entreprises, qui va les aider à structurer plus précisément leur business plan et à préparer leur levée de fonds en novembre prochain.

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