Comment savoir la fraction de la population infectée (sans tests couteux) ?

La perte du goût et/ou de l'odorat est un signe sûr d'avoir eu le virus et il atteint 1/3 des personnes ayant développé le virus. Un moyen simple d'estimer la proportion de la population ayant développé le virus ?

D'après une étude de l'institut pasteur mené sur 661 personnes dans l'Oise, la perte du goût ou de l'odorat est un signe très sûr d'avoir contracté le virus. Les chercheurs indiquent que sur 59 personnes ayant perdu le goût, 52 (88%) étaient positives au SARS-COV-2, le virus de la Covid. Ils ajoutent que chez les quelques personnes négatives au test tout en ayant perdu le goût ou l'odorat, les symptômes étaient apparus plus d'un mois avant le test suggérant que le test n'était plus à même de détecter le passage du virus. Toutes les personnes ayant perdu le goût ou l'odorat auraient donc développé le virus

La perte du goût ou de l'odorat est donc un signe plus sûr d'une infection que les tests sérologiques eux-mêmes qui peuvent "rater" une infection si elle a eu lieu plus d'un mois avant. Au bénéfice des tests par contre, ils peuvent détecter des infections qui ne se traduisent pas par une perte du goût ou de l'odorat : sur les 171 personnes atteintes, seules 52 (30%) ont perdu l'odorat ou le goût. 

Perte du goût et Covid-19 © Corentin Barbu Perte du goût et Covid-19 © Corentin Barbu

En conclusion, si il y a eu perte de l'odorat ou du goût de manière brutale (et ça revient ensuite), on est à peu près sûr d'avoir eu le virus, par contre si on a le virus on a seulement 30% de chances de perdre le goût ou l'odorat. 

Un grand problème aujourd'hui pour savoir où nous en sommes de l'épidémie et de savoir quelle est la fraction de la population qui a développé le virus. Une estimation rapide pour estimer la proportion des personnes ayant développé le virus serait un sondage sur la perte de goût puis de multiplier la proportion par 3 ! 

Edit au 27 avril 2020 : 

Grâce à une remarque d'un lecteur j'ai découvert le sondage IPSOS : https://datacovid.org/ qui pose, entre autre, la question. 

Alors, est-ce que ça marche ? On trouve un niveau national d'infection de 10% autour du 10 avril, ce qui correspond à la marge haute de celui estimé à 5.7% par l'Institut Pasteur à l'aide de modélisations informatiques des données hospitalières. Quand on compare les taux de réponses positives aux taux de mortalité hospitalière à cette date, on trouve une correlation significative mais bruitée (R2 = 0.35). On retrouve par exemple que le Grand-Est est devant et que l'Ile-de-France arrive peu après mais l'Auvergne-Rhône-Alpes s'intercale entre les deux de manière surprenante. Donc pour l'instant ça ne marche pas très bien.

Ce n'est pas vraiment surprenant qu'au départ de l'épidémie ça ne marche pas si bien : il y a toujours une petite fraction des gens qui peuvent avoir ces symptômes ou les rapporter sans avoir eu la maladie, on peut s'attendre à ce que la corrélation s'améliore si une fraction croissante de la population entre en contact avec le virus. Vu le coût, ça reste un marqueur intéressant :-)

 

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