Quel est l'intérêt du masque artisanal (et quel cahier des charges) ?

La principale caractéristique d'un bon masque pourrait bien être qu'il soit confortable, même pour faire du sport ! Une revue suscinte de la littérature scientifique sur les masques artisanaux.

Alors que le masque devient obligatoire dans les transports et recommendé dans l'espace publique, notamment sur la recommendation du conseil scientifique au moins à partir du collège, il est important de comprendre à quoi il sert pour bien le choisir ou le fabriquer et l'utiliser. 

Le masque artisanal vous protège, mais mais pas tant que ça en filtrant l'air inspiré. C'est contre-intuitif mais pourtant évident : une portion significative de l'air inspiré passe sur les bords du masque tant que vous ne porterez pas un masque FFP2 correctement ajusté. Une certaine protection du porteur, par des masques artisanaux très simple faits d'une seule couche découpée dans un tee-shirt ou un torchon, a bien été démontrée (1, 2) mais elle reste marginale contre les aérosols (3).

Par contre, un masque artisanal limite beaucoup les projections de postillons contagieux, émis en abondance lorsque l'on parle et lors d'éternuements intempestifs (allergies saisonnières mes amies....). Il va sans dire que les personnes qui toussent doivent absolument rester chez elles mais une fraction importante des personnes porteuses du SARS-CoV-2 ne présente pas ou peu de symptômes et ces personnes peuvent toujours parler et même éternuer occasionellement ce qui dans des transports en commun ou autre lieu public est une catastrophe si la personne est porteuse : les personnes en face sont bien sûr directement à risque mais comme les surfaces plastiques atteintes peuvent rester infectieuses 3 jours, un grand nombre de personnes peut être contaminé par un simple éternuement d'une personne se portant par ailleurs très bien ! 

Parce que le virus reste sur les surfaces, le masque vous protège aussi d'un risque important : il évite que vous vous touchiez la bouche ou vous grattiez le nez sans y penser. En effet, si vous vous grattez le nez sans vous être lavé les mains après avoir touché une surface infectieuse, votre risque augmente énormément pour ce genre de maladies ! L'utilité des gants reste en revanche à démontrer tant que l'on est pas en contact avec ce que l'on appelle pudiquement des "liquides biologiques". 

Par conséquent, la première qualité d'un bon masque est d'être très confortable pour que vous n'ayez pas envie de le retirer. Il doit vous laisser respirer librement surtout si vous faites du sport avec car vous émettez beaucoup d'air à grande vitesse et donc beaucoup de postillons ! Il doit être léger, sécher rapidement (et ouiii quand on éternue après c'est désagréable...), un simple tissu de tee-shirt peut donc très bien faire l'affaire même si vous pouvez utiliser du torchon pour un peu plus de filtration (voir 1 et 2) mais attention au confort... Attention cependant, la norme AFNOR mentionne explicitement qu'il faut en mettre 2 couches, elle donne aussi des patrons, à suivre. Dans le doute et si vous hésitez entre faire du sport sans masque et faire du sport avec un simple couche ... faites un simple couche !

Pour respirer librement, un tissu léger pourrait donc faire mieux l'affaire qu'un masque moletonné ou un masque à base de tissu HIPAA, rappellez-vous, l'objectif c'est : 

1 - d'être suffisament confortable et respirant pour que vous le portiez toute la journée sans y penser

2 - empêcher les postillons de passer, dans un sens comme dans l'autre

3 - vous empécher de vous gratter le nez

Ensuite, il faudra bien le retirer à un moment, attention, il est à priori souillé de tout ce que vous avez craché dedans et de tout ce qu'il vous a empéché de respirer donc hop direct dans la machine à 60°C et on se lave les mains

Et bien sûr, comme l'a encore rappellé le conseil scientifique, le masque ne remplace pas les gestes barrières : éternuer dans son coude, se laver les mains plusieurs fois par jour, pas de contacts physiques et distances d'un mètre (pour éviter de se toucher et limiter la transmission par les particules respirées). Le masque n'est que la dernière barrière, très imparfaite, lorsque tout le reste a manqué !

Bon déconfinement progressif ! 

Quelques références supplémentaires intéressantes :

Division par 3.4 des particules de virus de la grippe émises avec un masque chirurgical (le plus proche de masques artisanaux). 

Protection déjà raisonnable du porteur par un masque artisanal fait en torchon

Protection marginale contre les aérosols (pas les postillons!) pour les masques artisanaux 

Protection du porteur dans une certaine mesure et réduction importante des émissions (division par 4 à 5 des émissions de bactéries lors d'une toux)

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