Covid-19, arrétons de dire que tout augmente !

La maladie comme le rebond sont réels mais la situation se stabilise actuellement. Il est important de reconnaître quand les choses s'améliorent pour identifier les mesures qui marchent.

Rappel : la lutte contre les épidémies est histoire de réaction commune donc ce qui est dit ci-dessous ne doit pas être pris comme un encouragement à désobéir aux consignes gouvernementales. Je cherche seulement à participer au débat démocratique sur les mesures à prendre.

Les plus attentifs auront noté que l'on est passé dans le discours ambiant d'une "augmentation exponentielle" à une "dynamique de croissance". Ce n'est pas un hasard : les chiffres officiels sont sans appel, la croissance exponentielle avait atteint son maximum fin août et on est en train d'assister à une stabilisation des chiffres quotidiens. Le bilan final de ce rebond devrait donc s'approcher de 10 à 15% de la mortalité de la première vague (et pour l'instant la seule). 

Commençons par l'indicateur potentiellement le plus précoce : le nombre de tests PCR positifs (pour tous les graphiques, les points sont les valeurs quotidiennes officielles, les lignes bleues la moyenne des 7 derniers jours).

Evolution des résultats des tests PCR (France entière), source Santé Publique France © Corentin Barbu Evolution des résultats des tests PCR (France entière), source Santé Publique France © Corentin Barbu

 Note: le diagramme mis à jour est disponible sur https://info.spatcontrol.net/covid19/#chiffres_officiels_des_tests_pcr.

Il est manifeste que depuis mi-septembre nous avons une stabilisation du nombre de tests positifs. Le nombre de tests variant de manière importante cet indicateur est assez délicat à manipuler mais la courbe du nombre quotidien de tests positifs semble cependant très "régulière" ce qui suggère sa fiabilité en comparaison du nombre de tests ou du ratio tests positifs sur nombre total de tests. 

De plus il y a aussi une stabilisation, voir un début de descente du nombre quotidien de nouvelles hospitalisations, le deuxième indicateur le plus précoce, en haut à gauche ci-après. 

Evolution des chiffres hospitaliers du covid-19 (données Santé Publique France) © Corentin Barbu Evolution des chiffres hospitaliers du covid-19 (données Santé Publique France) © Corentin Barbu

 

Note: courbes mises à jour quotidiennement sur https://info.spatcontrol.net/covid19/#chiffres_hospitaliers

Certes, l'indicateur suivant, les entrées en réanimation est encore en légère augmentation mais il commence lui aussi à se stabiliser. Le nombre de décès hospitaliers quotidiens risque donc encore d'augmenter mais relativement peu. 

On notera par ailleurs que le nombre de retours à domicile par jour est de l'ordre d'un tiers de celui atteint en avril alors que le nombre de décès hospitaliers atteint péniblement 1/10ème des décès en avril. Cela suggère que l'on envoie les gens assez facilement à l'hopital et/ou que les traitements à l'hopital sont plus efficaces. Les deux sont probablement vrais dans la mesure où d'une part l'on a appris que l'intubation précoce qui était largement pratiquée en mars/avril est une mauvaise chose et d'autre part que la proportion de décès à l'hopital dans le nombre total de décès liés au Covid est nettement plus élevée qu'en avril (de l'ordre de 90% actuellement alors qu'elle était descendue à 60% début avril). 

Bien sûr, si vous regardez le détail par département vous vous rendrez compte que certains départements sont encore en croissance mais une majorité sont stabilisés et certains en nette décroissance. Deux cas particuliers doivent cependant être précisés : la Guadeloupe et dans une moindre mesure la Réunion voient actuellement une augmentation très forte de leur mortalité. Ces départements d'outre-mer n'ont pas eu de vraie première vague, protégés par leur situation d'iles, on peut craindre que les déplacements liés aux vacances d'été (des iliens comme des vacanciers dans ces iles) ont favorisé la première vague comme ils ont probablement favorisé le rebond actuel en métropole. 

Par ailleurs, les résultats de tests par classe d'âge montrent des différences entre classes d'âge, la décroissance ou la stabilisation semblant particulièrement marquée pour les scolaires (on fait donc bien de leur lacher un peu les basques) et moins marqué pour les 50-80 ans qui devraient vraiment réaliser que ce sont eux qui doivent faire attention tant pour eux que pour leurs amis

Dans l'ensemble, il n'en demeure pas moins que pour l'essentiel de la France aujourd'hui, les mesures en place depuis 2 semaines semblent avoir été suffisantes pour enrayer la progression de l'épidémie. Pour ma part, ce que j'ai observé autour de moi c'est un renforcement des gestes barrières. On vous l'a dit, on vous l'a répété et c'est vrai : ce sont les gestes barrières (lavage des mains, limitation des contacts physiques et masques dans les transports) et la protection accrue des personnes à risque qui sont efficaces pour enrayer l'épidémie

 

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