Covid-19, Bas les masques

Le nerf de la guerre, c'est bien les masques. Entre ceux importés de Chine, ceux qui sont ceux supposés arriver fin juin (!), ceux qui ont été volés et ceux dont on manque, c'est tout un monde dont on aimerait lever le voile pour comprendre un peu mieux.

Ca commence par une usine en Bretagne fermée en 2018, car elle n'est plus rentable, le srs-cov de 2003 n'a pas atteint la France, et la h1n1 de 2009 est aussi déjà loin derrière. L'usine ferme car les premières grandes mesures économiques pour le tout rentable commencent à arriver en avalanche depuis la nouvelle présidence de la France en 2017. C'est pourtant une usine tout à fait honorable ; les masques sont aux normes de maladies les plus contagieuses. C'est même cette usine qui a inventé le double-pli qui permet une certaine ergonomie à la bouche pour pouvoir parler et être entendu. Le pli permet en effet d'articuler sans que le masque se déplace, c'est dire ! Il convient donc parfaitement à des chirurgiens pour donner des indications au personnel soignant et s'adresser aux malades en toute innocuité.

 

Car c'est là le drame : la pénurie de masques en France est une réalité obséquieuse car les plus concernés par son utilité n'en ont pas assez; les autres peuvent bien attendre. Et à vrai dire, ce sont eux qui en ont vraiment besoin : le personnel hospitalier confronté au quotidien et de très près aux cas les plus sévères. Ce manque de masques dans l'univers hospitalier des services d'urgences en réanimation est parmi d'autres raisons incohérentes, à l'origine de ce que Noam Chomsky appelle «  La faille létale ». La faille létale est la priorité donnée aux malades atteints du Covid de moins de 64 ans à l'hôpital, pour s'assurer d'un pourcentage de guérison plus propice à réussir. Les plus de 64 ans passent après pour des raisons de priorité de rentabilité économique.

Car à y repenser, pourquoi les policiers n'en portent pas quand ils s'approchent de si près pour contrôler si notre attestation est en règle, seraient-ils immunisés sans qu'on le sache, ou n'est-ce pas si grave de s'approcher entre 2 personnes saines, qui ne sont pas confrontées de près à des cas de malades réellement atteints...

En outre, pourquoi Monsieur Castaner a-t-il fait reculer tous les préfets qui ont créé des amendements pour rendre le masque obligatoire dans leur ville ? Pourquoi ? Quel est son argument? Il n'y en a pas, sa collègue Sibeth Ndiaye dirait à demi-mot que le masque n'est pas vraiment efficace... de quels masques parle-t-elle, les FFP2, ceux qui étaient savamment fabriqués en France? ou ceux que nous fabriquons nous -mêmes en tissus qui ne sont économiquement pas efficaces, car pas inscrits dans la course au tout économique?

Est-ce la raison pour laquelle le personnel hospitalier n'en a pas suffisamment non plus, parce qu'il n'est pas si efficace, alors que le monde hospitalier est exagérement confronté aux cas les plus atteints et les plus contagieux ?

Est-ce vrai que le personnel hospitalier qui attrape le covid n'est pas indémnisé à hauteur , car le covid qu'ils attrapent n'est pas considéré en tant que maladie/accident du travail?

Le monde hospitalier l'attraperait-il de toute façon car tellement confronté au microbes que rien n'y ferait , car le service des réanimations est plein à craquer et condensé dans certains hôpitaux? Est-ce vrai que certains hôpitaux privés ne s'occupent pas du Covid, et sont quasi-vides ? Pourquoi épuiser certains hôpitaux publics, pour mieux le rentabiliser et mettre à épreuve la conscience éthique des médecins? Comment être solidaire autrement qu'en applaudissant tous ces métiers essentiels chaque soir à 20h ? Pourquoi certains masques n'arrivent-ils que fin juin ?

Ne peut-on booster son système immunitaire ou se soigner soi-même si on l'attrape et qu'il n'est pas grave, et ainsi éviter le sur-remplissage des hôpitaux, ou la durée de confinement est-elle relative au fait d'entretenir un service de soin dédié à cette maladie, pour mieux évaluer les tests d'endurance des services hospitaliers, pour une rentabilité optimale?

Comment faire usage de l'hôpital public pour qu'il ne soit pas sur-rentabilisé et pour éviter la privatisation des soins qui deviendraient alors tellement coûteux ? Y'a-t-il des maladies nobles et des moins nobles ?... Le covid ne dit pas cela et les malades atteints non plus ; on ne peut pas essentialiser les services de santé, c'est du racisme sanitaire.

 Le président de France passe depuis 2019 des accords commerciaux d'ampleur avec la Chine. 2021 sera l'année l'année franco-chinoise du tourisme. Il a fait importer des millions de masques par avions, mais parle de nécessité d'autonomie économique. A Hong-Kong, l'île veut s'émanciper du joug la Chine, et n'a pas pratiqué le confinement ; ils portaient tous des masques, n'ont pas voulu se soumettre à cette politique de contrôle numérique et s'en sont très bien sortis. Aparté qui n'a pas de lien évident, mais qui n'est pas claire, quand aux velleités françaises d'un président dont la valeur chiffre est essentielle pour la croissance de son PIB et de sa balance des paiements. L'éthique de l'hopital public en danger? Comment enrayer le manque d'éthique d'un système mis à mal?

On aimerait lever le voile sur toutes ces incohérences, à moins que la priorité économique l'emporte objectivement sur les raisons sanitaires. Et qu'après tout, les gouvernants de France  préfèrent rentabiliser l'usage des services de réanimation pour tester la valeur du matériel numérique... l'hopital public est-il mis à mal en Europe? La course à la croissance grâce tout numérique serait-elle partout, jusqu'aux confins des services de réanimation de l'hôpital public? Il a été dit que le confinement permet la régulation des services de réanimation. Le déconfinement progressif validerait en tout cas indirectement cette hypothèse.

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