Globalisation, réagir à l’endormissement de notre pensée !

Raison de plus pour faire l’effort de distinguer, de qualifier, de documenter et de requestionner les catégories intellectuelles utilisées. D’interroger même les évidences… Des analyses opérationnelles ne sauraient se suffire de globalisations qui affaiblissent la pensée ou la rend inopérante.

Globalisation, réagir à l’endormissement de notre pensée !

L’association Esperanza21 a développé ce thème, aujourd’hui sous les feux de l’actualité d’une loi dite de ‘’sécurité globale’’. [http://esperanza21.org/editoriaux]

Elle ne traitera pas de la globalisation, cette uniformisation des modes de vie sous la pression d’échanges marchands mondialisés…

En revanche, elle propose de réfléchir à quelques concepts clés pour penser des transitions capitales, car vitales.

‘’La Nature’’, un concept dont nous devons revisiter la perception à l’aune de l’Anthropocène. Trop souvent, le mot fait référence aux végétaux et animaux… visibles à l’œil nu. Oubliant de ce fait l’ensemble des micro-organismes qui constituent pourtant la plus grande part de la biodiversité. [http://esperanza21.org/sites/default/files/Edito_Microbes_relations%20MASelosse%20%2819nov2018%29.pdf]
De plus, ne pas distinguer les plantes et animaux domestiqué-es des espèces et populations écotiques (toujours qualifiées de ‘’sauvages’’ !), c’est se priver d’une analyse essentielle à la compréhension des enjeux locaux et/ou globaux des activités humaines. [http://esperanza21.org/sites/default/files/Edito_Biodiversit%C3%A9s_Vivants%20%2828mai2018%29.pdf]

Les biodiversités donc, qui méritent bien le pluriel puisqu’elles présentent des caractéristiques fort différentes selon que l’une est issue de la longue évolution des espèces et des populations, tandis que l’autre est le fruit des sélections successives et orientées de la domestication par les Hommes. [http://esperanza21.org/sites/default/files/Edito_ecotique%20%20%28Aout%202018%29.pdf ]
Sans oublier la troisième, la diversité des organismes génétiquement modifiés en laboratoire, qui ouvre des problématiques dont nous ne pouvons pas encore mesurer l’ampleur.

‘’L’environnement’’, globalisation qui, le plus souvent, a tendance dans la ‘’culture générale’’ à devenir synonyme de ‘’la nature’’.
Or, nos environnements sont multiples et polymorphes. Plus ou moins intuitivement et consciemment, chacun sait adapter ses comportements aux diverses situations quotidiennes.
En aucun cas, les environnements éco ou biologiques ne doivent occulter nos environnements sociaux et humains. En effet, plus de la moitié des humains sont citadins et tous vivent en société… Cette distinction est nécessaire.
Les sciences de l’écologie et de l’anthropologie devraient utilement croiser leurs regards sur ces problématiques !

‘’Le développement durable’’, qui laisse supposer qu’il y aurait une voie privilégiée, à défaut d’être unique, pour atteindre ce qui est considéré comme ‘’développement’’.
Derrière les principes sur lesquels il est possible de trouver un accord, tels les 17 objectifs de développement (ODD) signés par les Etats en septembre 2015, chaque territoire doit élaborer et évaluer les objectifs, les conditions de son ‘’développement’’ local, en harmonie, sinon en coopération, avec celui des territoires voisins. [https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable]
Voilà qui restreint de beaucoup la durabilité et l’effectivité des objectifs tant ils sont tributaires de leurs périmètres d’espace et de temps…

‘’La science’’, évoquée souvent à tort, parce que ce raccourci langagier pour un certain type de connaissances, confond ce qui relève de la recherche, des sciences, de leurs applications et des techniques ou technologies qui s’en inspirent… [http://esperanza21.org/sites/default/files/Edito59%20Sciences_technologies%20facteurs_Dev%20%281er%20juillet%202019%29.pdf]

Les sciences, donc, se définissent par leurs méthodes et leurs champs d’investigations. Par leurs visions, analyses, interprétations, codifications, hypothèses, doutes, vérifications et, in fine, leurs explications… Chacune apporte ses représentations et ses modélisations qui prennent sens, aussi, avec la complémentarité ou la confrontation aux autres sciences.

Spécificité, pluralité et diversité fondent, ensemble, la valeur de connaissances rationalisées et objectivées.

Sur un autre registre, quelques exemples d’effets pervers de globalisations

‘’La France’’ ! Combien de décisions, combien d’actions lui sont-elles attribuées ? Combien d’évènements et d’exactions aussi ?
Autant de situations qui nécessitent de savoir Qui a pris la décision, Qui en a tiré bénéfice et Qui en a subi les conséquences. Une invitation à préciser les données institutionnelles de cette ‘’France’’. ‘’Qui’’ est réellement au gouvernail ? ‘’Qui’’ est réellement responsable ?

‘’L’Afrique’’, appellation tant utilisée, alors qu’elle globalise les diversités d’un continent aux histoires, aux cultures et aux conditions environnementales si diverses et déterminantes.
Ou bien, qui exclut, en particulier vue depuis la France hexagonale, des régions considérables, hors ou même dans l’espace francophone… Il est d’ailleurs possible de reprendre la même critique avec ‘’l’Afrique noire’’ !

‘’L’Amérique’’, en réalité les USA, ignorant tous les autres états d’un continent à cheval sur deux hémisphères !
‘’Les États-Unis’’, en réalité les ‘’Etats-Unis anglophones d’Amérique du Nord’’, ignorant les ‘’Estados unidos de Mexico’’ !

Les ‘’Femmes’’, ‘’Noirs’’, ‘’Blondes’’, ‘’Paysans’’, ’’Voilées’’, ’’Banlieusards’’
Toutes catégories sociales dont il est inutile de souligner les ravages d’intolérance et de domination-soumission ! Des catégories excluantes, racisantes pour certaines, méprisantes le plus souvent…
Toute catégorie sociale ou culturelle ne peut en effet être choisie que temporairement, ici et maintenant, aux fins de réflexion.

’Le Peuple’’, ‘’les Gens’’, ‘’les petites Gens’’, ‘’les Gens de rien’’… aux mêmes effets délétères ! Vision d’une autre catégorie sociale qui, le plus souvent, s’arroge le droit de porter des jugements catégoriques, négatifs ou positifs, sur une population globalisée de laquelle elle souhaite se distinguer, voire la dominer.

‘’Dieu’’. Osons le blasphème ! La perfection du ‘’Tout’’ qui est partout, en étant totalement invisible et indivisible. Totalement flouté, totalement floué-es !

Terminons par ‘LE Covid’’, ou ‘LA crise du Covid19’’ et leurs variantes...
Un amalgame qui agglomère un virus, le SARS-CoV-2 ; la ou les maladies qu’il provoque dont les syndromes respiratoires ; la pandémie Covid-19, et, enfin les mesures qui ont été mises en place par les gouvernements ! [http://esperanza21.org/sites/default/files/Edito%2075_Crises%20%26%20syste%CC%80me%20%2827%20mai%202020%29.pdf].

Comment, dans une telle imprécision, se forger une opinion claire des effets, positifs ou non,  des divers confinements comme frein de la pandémie ? Les chercheurs ne seront probablement jamais en mesure de démêler les données afin de proposer un audit, pourtant très utile pour faire face aux prochaines pandémies.

En revanche, chacun a conscience des effets dramatiques, durables, produits sur des personnes, des familles, sur les économies, les liens sociaux, les dispositifs culturels et d’éducation…

Distinguer, partout et toujours, c’est se donner la possibilité de penser et d’agir efficacement.

Cette réflexion critique de globalisations occultantes n’écarte évidemment pas le recours à des concepts globalisants, car, à leur niveau d’analyse, ils ont pour fonction d’identifier des entités essentielles pour la pensée et l’action.

Par exemple, en lien avec les exemples ci-dessus : la biosphère.

Autre concept, ‘’Une santé’’. Il tisse les liens entre tous les compartiments de la biosphère, la santé des écosystèmes reliée à celle des Humains. Il pose une unicité de condition et d’objectifs essentielle à sa réalisation.
‘’La santé’’, une référence totalement dévoyée quand elle est attribuée, trop souvent, non pas à l’objectif de ‘’bonne santé’’ mais à un système de soins thérapeutiques. Quelle que soit l’importance, même vitale, de ce dernier.
C’est une autre perversion de langage, un glissement de valeur très utilisé aux fins de marketing et par la publicité. [http://esperanza21.org/sites/default/files/Editorial%2058_Sante%CC%81%20contagieuse%20%2816%20avril%202019%29.pdf] [http://esperanza21.org/sites/default/files/Edito_Sante%20pour%20Tous%20%281er%20novembre%202018%29.pdf]

Constatons toutefois, à l’écriture de ce billet, qu’il est bien difficile, et parfois délicat, de se départir d’une pensée globalisante ou d’un vocabulaire trop approximatif.

Raison de plus pour faire l’effort de distinguer, de qualifier, de documenter et de requestionner les catégories intellectuelles utilisées. D’interroger même les évidences…
Des analyses opérationnelles ne sauraient se suffire de globalisations qui affaiblissent la pensée ou la rend inopérante.

« Quel rapport, me direz-vous, avec la loi dite de ‘’sécurité globale ? »
Pas beaucoup ! Car la loi serait mieux nommée de ’’sécurité totale’’, loi liberticide qui ouvre la porte au totalitarisme. Lorsque les inégalités grandissent, le gouvernement attend de la police qu’elle maintienne l’ordre…

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