La répression en lieu de l’organisation !

Comme depuis le début de la pandémie Covid-19, le gouvernement ne cesse de réagir, à retardement, face à une crise multiforme qu’il n’arrive pas à gérer. Et pour cause, maitriser la crise sanitaire n’est pas son seul objectif. « En même temps », il vise la domination politique en faveur des nantis et des spéculateurs.

La répression en lieu de l’organisation ! (billet d’humeur le 15 octobre 2020)

Comme depuis le début de la pandémie Covid-19, le gouvernement de notre beau pays de France ne cesse de réagir, à retardement, face à une crise multiforme qu’il n’arrive pas à gérer.
[1]

Et pour cause, maitriser la crise sanitaire n’est pas son seul objectif. « En même temps », il vise la domination politique en faveur des nantis et des spéculateurs.

Encore hier au soir, 14 octobre, le Président a-t-il parlé des personnes, des citoyens, de Nous ?
Non ! Pour lui, les ‘’gens’’ sont corvéables ! Seules les entreprises comptent (entendez les actionnaires) … Il faut préserver le travail, même au prix de la sociabilité, de la liberté et de la santé.

Malgré la prise en compte - au niveau du seul discours - des critiques qui ont pu être formulées, la ligne politique reste claire : préserver le travail, transférer de l’argent public des contribuables vers le privé, et saupoudrer quelques primes en trompe-citoyens…

La répression, donc, sous forme de couvre-feu cette fois-ci, en place d’organisation !

Les pédagogues (mais quelle est donc cette espèce ?) savent que recourir à l’autorité, aux contraintes et punitions condamne à poursuivre sans cesse. Toujours plus de répression et donc plus d’injustices.

Ce gouvernement a-t-il invité un pédagogue pour réfléchir aux pistes responsables face à la Covid-19 et expliquer ces choix ? Que nenni ! Ont été invités, les boites de comm’, les ‘’marketeurs’’ dont le kaléidoscope culturel associe marchandisation et domination, dont la vision est captée par le service aux puissants et aux nantis !

La répression, donc, sous forme de couvre-feu cette fois-ci, au lieu d’organisation !

Inutile de reprendre les sages commentaires qui moquent une décision bien peu rationnelle face au développement de la pandémie.

En revanche, faisons un petit retour dans le temps.
Ce gouvernement semble ne pas avoir réagi, publiquement et démocratiquement du moins, alors que les premiers cas de pathologie humaine SARS-Cov2 datent de la mi-novembre 2019.

Alors que le virus est identifié dès la fin décembre 2019 avec une épidémie qui se développe déjà en Chine. Qu’en Asie du Sud Est, les premières mesures de fermeture des frontières sont prises dès début janvier 2020.

Non. Comme le nuage de Tchernobyl, le virus ne peut atteindre la France !

Les premières mesures sont prises à la mi-mars 2020. 5 mois plus tard !!!
5 mois pendant lesquels, les stocks de masques ne sont pas reconstitués.
5 mois pendant lesquels la population est tenue dans le silence feutré du déni !
5 mois… alors que les personnels hospitaliers alertent publiquement sur les fragilités de l’hôpital…

Et, que décide le gouvernement ?
Il déclare la guerre à un envahisseur invisible (sic) ! Il déclare la guerre à la sociabilité ! « Restez chez vous ! »
Il décrète le temps de la distanciation sociale… Au sens propre de l’expression.

Il adopte le choc du confinement.
Ce choc qui servira, en même temps, aux patrons du Medef pour contenir les revendications des travailleurs et les assujettir plus encore ! Une belle stratégie qui vise à « réduire le coût du travail » !

Un confinement très jacobin, sur tout le territoire.
Interdites les promenades sur les plages, en forêt, dans les parcs, la marche en ville… Interdire les spectacles, les bibliothèques, les gymnases et les piscines… Une mesure contraire aux bonnes recommandations de santé ! Sanctionnées les respirations en solitaire… La répression contre les personnes, contre la liberté. Ce régime politique a un nom…

Certes, en mars, le traitement de la pathologie comportait encore de nombreuses zones d’ombre. Mais, le schéma de développement d’une pandémie était connu.
Le gouvernement ne pouvait l’ignorer ! Ce n’était pas la première pandémie !

D’ailleurs il réunit un ‘’conseil scientifique’’. A l’Élysée. Sous sa main. Et non au Conseil économique, social et environnemental (CESE) dont c’est pourtant la fonction citoyenne.

Dans le même temps, sa majorité impose un ‘’État d’urgence sanitaire’’ qui muselle les deux autres chambres parlementaires.
Un coup d’État au moment où il faudrait mobiliser les citoyens et fédérer les énergies. Un état d’urgence qui n’est toujours pas levé ! Le dernier épisode scélérat s’étant joué le 14 octobre, au Sénat, en fin de séance des questions au gouvernement.

 

Hier soir, le Président a élargi l’horizon Covid-19… à l’été 2021 !

Ignore-t-il que les scénarios élaborés par les virologues se déploient jusqu’à l’été 2022. [2] Qu’il nous faudra désormais vivre avec le virus SARS-Cov-2.
Que l’espoir d’un réel changement de situation n’arrivera qu’avec un vaccin. Vaccin que l’optimisme commercial de l’Institut Pasteur espère… pour la fin 2021, au mieux. [2]  

 Enfin, il reconnait qu’un foyer familial n’est pas épargné par la pandémie !
Enfin, il reconnait que des mesures peuvent être adaptées aux spécificités des territoires, spécificités sanitaires et sociologiques.

Le Président se perd en compliments pour les restaurateurs qui doivent continuer à travailler. Certes, c’est important. D’ailleurs, les restaurants auraient pu continuer à exercer durant la première vague.  Ce n’est qu’une question d’organisation. D’organisation, alliant prudence et convivialité. Citoyenneté et démocratie.

Mais, a-t-il observé les comportements dans les restaurants ? Les convives entassés. Plus il y en a, mieux c’est… pour la caisse et le patron, évidemment ! A-t-il observé les convives qui se parlent à proximité pendant de longues minutes… Entre ami-es, le virus ne pourrait être transmis !

Il est vrai que le Président, enfin, enfin, a précisé que la première mesure de précaution est de garder distance. Une distance physique qui évite la contamination. Sinon, le port du masque est obligatoire… Ou recommandé, en privé.

Que signifie, sanitairement, un couvre-feu de 21 h à 6 heures ?
Les Français-es ne sont-ils pas assez éduqués, pas assez responsables pour prudence garder dans ce créneau horaire ? La journée, ils doivent travailler évidemment ! Les risques sont alors permis… au nom du PIB et des dividendes !

Des Français-es qui auraient presque, presque, des excuses dans la cacophonie des commérages débités à longueur de journée sur les médias privés et même publics.

Ce gouvernement n’a-t-il pas la force, la reconnaissance, la confiance pour dire clairement ce que les scientifiques n’ont jamais cessé d’expliquer. Les scientifiques. Pas les opportunistes qui, sous couvert d’une étiquette professionnelle, laissent libre cours à leurs fantasmes sociétaux !

La répression, toujours plus de répression…
Nous devons nous poser la question de sa motivation : la peur ou la précaution ? Ou bien un objectif politique structurant.

Ce gouvernement s’est écarté d’une légitimité politique, d’une capacité démocratique à organiser, avec les citoyen-nes et ses représentants, une société adaptée aux nouvelles donnes sanitaires.

Une organisation contrainte par ce virus SARS-Cov2, la pandémie Covid-19 et leurs conséquences sur les dispositifs de soins thérapeutiques.

Une organisation en faveur de la santé, qui évite les pollutions de tous types, insensées et planétaires ; l’érosion des biodiversités dont nous n’avons pas encore pleinement conscience des dégâts ; le réchauffement climatique qui n’est pas pris en compte dans les processus de production et de commercialisation…

La répression dans l’incapacité d’une organisation ayant pour objectif l’intérêt général !

[1] https://blogs.mediapart.fr/maumauf/blog/180520/cette-crise-un-systeme-de-ou-en-crises?userid=c906ab69-fb68-482f-8b1d-120e633a9dbe

[2] https://www.academie-sciences.fr/fr/Seances-publiques/covid-19-deuxieme-seance-exceptionnelle.html

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