Et si Macron avait choisi la voie démocratique ?

Après un an, nous avons des éléments solides pour critiquer ‘’la déclaration de guerre’’. Alors que les nouvelles variantes du coronavirus annoncent un nouveau stade de la pandémie. Et que les mesures de "confinement" ne sont probablement pas les mieux adaptées.

Et si Macron avait choisi la voie démocratique ?

Hypothèse incongrue, penserez-vous peut-être !
Mais elle vaut d’être explorée, il me semble.

Même si je vais prendre le risque, et la part, d’un scénario sous forme de procuration, il me parait important d’ouvrir ce billet aux contributions multiples que vous voudrez bien lui apporter. La possibilité de commentaires à ce blog en offre un moyen.

Pourquoi un an après ?
Parce que nous avons des éléments solides pour critiquer ‘’la déclaration de guerre’’. Et aussi, parce que les nouvelles variantes du coronavirus annoncent un nouveau stade de la pandémie.

Un an après ? Ce n’est pas un mauvais calcul ! Fin janvier 2020, le SARS-CoV2 était déjà décrit et l’épidémie largement connue. Le premier cas de pathologie repéré en France.

Comment un gouvernement aussi ‘’développé’’ que celui de la France, avec son organisation diplomatique pouvait-il ignorer ce qui se passait en Chine ? A Wuhan, où plusieurs entreprises françaises sont présentes ? Rappelons que les premiers cas de maladie y ont été identifiés dès la mi-novembre 2019… Il y a 14 mois déjà ! 4 mois avant ‘’la déclaration de guerre’’…

Le premier fondement de la démocratie, c’est l’information.
Elle se conjugue avec l’éducation pour développer des argumentaires qui permettent à chaque Citoyen-ne de construire sa propre opinion et de participer à la vie collective.

Disposons-nous des éléments qui permettent de savoir à partir de quel moment l’information des Français-es a été défaillante ? Il aura fallu le travail de quelques journalistes pour porter le sujet de l’épidémie au cours du mois de février 2020. Nous pouvons dire, je pense, qu’alors le fonctionnement démocratique a failli !

Lorsque le gouvernement a pris ouvertement ‘’les choses’’ en mains, mi-mars, en déclarant la guerre à ‘’un virus invisible’’ (sic !), il a imposé un ‘’État d’urgence sanitaire’’ alors qu’il aurait dû mobiliser toute la Nation. Au premier rang, les Elu-es des trois chambres parlementaires. Non ! Au lieu de confier au Conseil économique, social et environnemental (CESE) -l’information et l’instruction d’un dossier sont ses fonctions- il a convoqué un ‘’Conseil scientifique’’ réuni à l’Élysée ! De plus, il a constitué, en surplomb de l’Etat, un ‘’Conseil de défense’’ dont la composition et les débats sont maintenus secrets. Pour éviter que le virus ne profite des réflexions dans sa stratégie de duplication. Évidemment !

Dès lors, l’organisation démocratique de l’Etat était chamboulée.
Le gouvernement vient de ‘’demander’’ au parlement d’avaliser l’état d’urgence sanitaire jusqu’en juin prochain. Un recul politicien et des privations de liberté autoritaires qui ne prendront fin qu’avec la pandémie ?
En ce cas, dans de nombreuses années, car, même avec des campagnes de vaccination de plus en plus efficaces, un tel virus transmis mondialement, ne sera pas éradiqué sous peu ! Ses variantes seront de plus en plus contagieuses, c’est la loi biologique de ses mutations. Les moins bien adaptées disparaissent ou ne sont plus visibles, les mieux adaptées dominent ! A notre détriment…

Au risque de me répéter, encore souligner un point d’information et de compréhension essentiel : des éléments de nature diverse contribuent aux dynamiques du système.

  • Le virus avec sa possibilité de duplications – sélection
  • La pandémie, liée aux contaminations de proximité humaine, dont nous savons depuis plusieurs mois qu’elles sont essentiellement aéroportées, par l’intermédiaire des postillons.
  • Les pathologies engendrées par le virus qui, malgré des progrès très substantiels, n’ont pas encore une réponse thérapeutique suffisante pour éviter de trop nombreuses morts. En mobilisant des techniques intensives qui nécessitent de nombreu-ses soignant-es, elles mettent à mal le système hospitalier qui n’était pas préparé à une telle urgence. A une telle déferlante.
  • Les mesures de santé publique -et pas seulement- prises par le gouvernement dans les conditions de non-transparence évoquées ci-dessus. C’est de notoriété publique.

C’est dire que les discours brouillés portés par des médias plus soucieux de leur audience que de clarification scientifique n’ont pas contribué à une information citoyenne éclairée. Au contraire, ils ont nourri un état de peur peu propice à des attitudes et des réflexions rationnelles. La multiplicité des expressions, en tous désordres, sur les réseaux a-sociaux ont complété la confusion !

Il convient de rappeler que, si ce virus est nouveau, les épidémies sont connues et bien documentées depuis un siècle au moins. Plusieurs sont en cours actuellement et mobilisent quotidiennement de très nombreux experts. La différence des réponses ‘’de santé publique’’, face à la Covid-19 dans les divers pays, montre que cette expertise a été diversement mobilisée au bénéfice des populations, ou à d'autres priorités… à leur détriment.

Or, comme évoqué plus avant, les réponses à la pandémie nécessite une organisation sociétale nouvelle, dans nos vies quotidiennes, nos échanges sociaux et nos comportements culturels.

Cette organisation nécessite plus de démocratie, sauf à vouloir l’amputer ou la supprimer définitivement. Qui parmi nous souhaite vivre selon le modèle chinois, sous surveillance policière permanente ?

Suite à la première vague du printemps 2020, plusieurs institutions ou services… avaient mis en œuvre des protocoles permettant une reprise d’activités. Les mesures du ‘’second confinement’’ imposées par le gouvernement français y ont mis fin, sauf pour celles qui permettent de continuer à produire. Les entreprises d’abord, évidemment !

Or, l’objectif de santé, au sens plein, tel que décrit par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est encore plus essentiel en période de pandémie. Notre capacité de réaction immunitaire est déterminante. Elle nécessite un entretien quotidien permanent avec des activités physiques, culturelles et une vie sociale émancipatrice.
Non, Madame la Députée, « la convivialité (n’)est (pas) le problème », elle fait partie des solutions !

Se protéger et protéger les autres ne nécessite pas une ‘’distanciation sociale’’, ni des ‘’gestes barrières’’ -formules marketing à l’emporte-pièces- mais, simplement, une distance physique lorsqu’on ne porte pas de masque. Des précautions d’hygiène rigoureuses.
Pas une ‘’guerre’’ mais une mobilisation citoyenne solidaire…

Le principe de précaution, lui, aurait dû conduire à associer l’ensemble de la population à la réflexion et aux décisions politiques. Trop long ? Trop démocratique ? Voyons où nous sommes rendus après un an…

L’organisation collective doit répondre à de lourdes et délicates questions :
        > Comment se comporter dans le foyer familial ? Avec les enfants ? (Quelle lâcheté de laisser penser que ‘’chez soi’’ serait un lieu de paix, préservé de toute contamination !) 
A deux dans une unité d’habitation, les risques sont multipliés par deux. A cinq, le risque est multiplié par cinq, pour chacun des membres du groupe… Raison pour laquelle, à l’automne - à l’automne seulement- le Président a dit, bien prudemment, que le port du masque est également conseillé dans l’espace privé, lorsque la promiscuité est grande.

  • Comment organiser les rassemblements collectifs ? Les écoles ? Les lieux de culture ? Les lieux d’échanges citoyens ? Pour les transports, le port du masque est la solution.

  • Osons une question tout aussi cruciale : Comment laisser se constituer une immunité importante de la population (c’est l’un des deux objectifs de la vaccination) sans que les personnes à risques graves soit impactées ?

Allons jusqu’à l’absurde : la solution serait de confiner tout le monde ? Plus d’échanges, plus de déplacements. Plus de vie collective. Autant dire, la mort assurée ! Voyons comment la Chine a confiné, réellement, à Wuhan. Est-ce le modèle politique que nous souhaitons ?

En revanche, l’isolement d’une personne contaminée est une mesure sanitaire incontournable. Une stratégie de tests lui est complémentaire. Quels dispositifs ont été mobilisés en France ?

A l’école, lorsqu’un-e professeur-e est amené à faire preuve d’autoritarisme, il est contraint à l’escalade… et c’est l’échec pédagogique !

Quel élément extérieur pourrait interrompre l’engrenage autoritaire de ce gouvernement ?
La vaccination, évidemment.
Combien de temps faudra-t-il pour vacciner disons 40 millions de Français-es ? 40 semaines ?

Bien sûr, les injonctions de ‘’confinement partiel’’ ou de couvre-feu, qui réduisent le nombre d’interactions, se traduisent par un infléchissement du nombre de contaminations. Heureusement ! Mais, ces mesures ne peuvent être qu’insuffisantes. D’autant que de nouveaux variants, inévitables, sont plus contagieux. Espérons qu’ils ne seront pas plus virulents !

Le défi est d’arriver à l’immunité d’une part suffisante de la population (50 % ? 60 % ? mondialement ?) afin que la transmission du virus soit freinée. La vaccination permettrait d’inclure aussi les personnes les plus à risques sans qu’elles soient affectées gravement.

Au lieu de cela, quelles sont les réelles conditions de vaccination, en France, en Europe, sur la Planète entière… Oui, il est possible d'envisager cette interrogation.

Santé publique France pourrait communiquer, honnêtement, semaine par semaine, les profils de la population vaccinée, et de celle qui a développé la maladie. Ce serait une information factuelle et démocratique. Elle contribuerait à concerner positivement les Français-es.

Récemment, un journal rapportait cette réflexion d’une jeune femme : « Depuis octobre, quand nous avons compris que cette privation de libertés s’inscrivait dans la durée, nous avons décidé d’adapter les règles à nos besoins (…) tout en prenant soin de nos aînés » 

A défaut d’organisation collective satisfaisante… en ‘’état de guerre’’, il faut bien survivre !

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