Le film "Commune" : bientôt...

Nous voulions suivre la Commune au jour le jour… Observer la vague se former, les courants se répondre, et monter, monter encore, jusqu’à venir déborder et lécher la rive de son élan démocrate et révolutionnaire.

Nous voulions suivre la Commune au jour le jour… Observer la vague se former, les courants se répondre, et monter, monter encore, jusqu’à venir déborder et lécher la rive de son élan démocrate et révolutionnaire.

  Nous avons donc choisi de lire la presse de l’époque, une trentaine de titres de droite, de gauche, monarchistes, républicains, communeux… et de faire un collage d’extraits de journaux qui dessinent cet événement-là : la Commune.

  Le film commence en Septembre 1870… La République est proclamée, mais les républicains s’inquiètent : les élections tardent, les hommes de l’Empire restent en place… Plusieurs fois, les républicains réclament des garanties pour installer un pouvoir démocratique, asseoir une République fragile encore sur la légitimité populaire mais ce serait, dit-on, désorganiser la France au moment où l’on se bat contre la Prusse…

  Rien n’est fait pour rassurer les républicains. Les intrigues, les habiletés du pouvoir sont comme des coups qui n’en finissent pas d’être portés sur cette idée qu’on ne peut pas concevoir de laisser salir : la République. Le mot Commune court, recourt, dans les manifestations et contamine.

  Nous sommes en 1871. On ne sait pas ce que c’est la République, en 1871. Ce n’est pas dit que ce soit forcément une monarchie élective représentative. On peut encore, à ce moment-là, dans ce court laps de temps où tout est possible, imaginer des modèles, rêver des paradigmes… Pourquoi pas une fédération de Communes autonomes liées par la réciprocité ? Même certains au centre droit n’écartent pas l’idée… Elle offre un certain nombre de garanties républicaines… Qu’est-ce que ça nous dit aujourd’hui, ça, que d’autres modèles, d’autres façons de République étaient possibles ?

  En Mars 1871, la Commune de Paris est proclamée. Avec la même légitimité que la République, quelques mois plus tôt… Non… Avec la légitimité du Peuple, appelé, cette fois, sur le champ aux urnes…

  Là, se déroule tant bien que mal le projet communaliste, un projet politique d’avant-garde où les mesures prises ou envisagées attendront 5 ans, 30 ans, 80 ans avant d’être instituées par la Loi française (la Séparation de l’Église et de l’État ; l’Enseignement laïque, gratuit et obligatoire ; l’Assurance chômage ; l’Assurance maladie…). Pour la première fois, pour la seule fois dans notre histoire, le Peuple tient le pouvoir dans ses mains et il s’y montre clairvoyant, scrupuleux, honnête et exemplaire…

  Et puis, comme souvent dans les révolutions, la guerre civile dévaste et ahurit. Quelques Communeux se radicalisent, la plupart se détourne des questions politiques pour aller, en urgence, se battre sur les barricades. En face, on se demande : quelle est cette force qui les anime ?

  Comment le gouvernement a-t-il pu s’obstiner ; refuser les négociations ; attaquer le Peuple de Paris, les hommes, les femmes, les enfants ? Jusqu’à droite, on alertait du danger, de la folie de la chose…

  Même les journaux qui soutiennent le gouvernement décrivent une férocité que la France n’a connue dans aucune guerre civile ; des soldats sans pitié ; un massacre ; une honte que le pays ne saura jamais tout à fait regarder en face.

  On ne sait pas dire comment c’est possible. On peut observer, à la lecture de ces titres de presse, les logiques s’opposer, se provoquer, se faire de plus en plus menaçantes. Et on lit, en effet, des camps qui ne savent plus se comprendre, qui se font peur, qui délirent le camp adverse. Et on confronte des points de vues qui ne savent plus coïncider, qui n’ont même plus l’air de voir les mêmes choses…

  C’est la tâche la plus délicate de notre travail, parvenir à saisir des logiques à ce point-là divergentes, sans les caricaturer, en essayant de les faire entendre de façon un peu subtile, un peu honnête… Sans doute retrouve-t-on ce clivage, le mot n’est pas assez fort, dans tous les conflits du monde. C’est forcément, aussi, d’actualité, observer la gestation d’une guerre civile au jour le jour comme ça…

  Mais là où l’observation s’arrête, là où on ne peut pas comprendre de toute façon, c’est la brutalité qui veut que ni le gouvernement, ni les généraux, ni les soldats n’ont su s’arrêter avant de les avoir tués ou arrêtés tous.

  Le film Commune collecte des extraits de plus de trente journaux, du Figaro au New York Times, en passant par le Rappel et le Cri du Peuple… Il retrace les événements de la Commune de Paris, et tente de laisser émerger les questions qu’elle pose encore aujourd’hui. Le film Commune dure 105 minutes. Il sera disponible en ligne bientôt.

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