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Billet de blog 5 mai 2021

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Commune : 5 Mai 1871

Aujourd'hui, la Commune se déchire sur sa conception du pouvoir. Trahit-elle le projet communal ?

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Illustration 1

5 Mai 1871

Les dissentiments fracturent la Commune.

Le quotidien centriste le Temps rapporte une discussion « longue, pénible, mais ardente » au sein de la Commune quant à la « restauration de ce monument historique », le « Comité de Salut public ».

Certains membres, sans doute frustrés tant par la lenteur de la mise en œuvre de leurs décisions que par l’échec militaire qui s’annonce, ont l’idée de désigner 5 membres qui s’attacheront à superviser l’action des différentes commissions. Il s’agit de centraliser le pouvoir pour l’espérer plus efficace. Cette illusion mystifiée qui veut croire que l’autorité est plus diligente que l’adhésion de celles et ceux sur qui elle s’exerce semble avoir gagné une partie des communeux.

Au cours du débat qui précède le vote, publié au Journal officiel, certains, Rastoul par exemple, s’expriment en faveur d’une « dictature » qui aurait « les pleins pouvoirs ». Chalain va plus loin qui entend non seulement conférer les pleins pouvoirs à ce comité, mais y compris contre les membres de la Commune : « lorsqu’il aura la preuve de la trahison d’un de ses membres, je veux qu’il puisse le briser ».

Mais la plupart de ceux qui soutiennent le projet ne va pas jusque-là, qui défendent plutôt la nécessité de mesures « énergiques » pour « fortifier le contrôle et l’action ».

Dans les considérations de vote, une minorité se rassemble qui dénonce la création « d’un pouvoir dictatorial », une « véritable usurpation de la souveraineté du peuple ».

Le nom même de ce comité fâche, qui évoque pour certains le romantisme de la révolution bourgeoise, quand d’autres considèrent qu’on se paie de mots.

Un argument surprenant revient dans les considérations de ceux qui soutiennent ce comité au prétexte du mandat impératif : « J’ai accepté le mandat impératif, je crois être logique avec mes paroles et mes engagements en votant pour le Comité de salut public » déclare Ferré. Est-ce à dire que dans leur conception le mandat impératif appelle un pouvoir autoritaire qui exécute coûte que coûte le projet sur lequel se sont prononcés les électeurs ?

Jules Vallès veut croire à un malentendu. Il comprendrait ce débat s’il était question des choses militaires. Le procès verbal consigne « Tumulte » après son intervention qui n’a manifestement pas reçu un bon accueil.

Le décret est adopté par 43 voix contre 23, précise le Cri du Peuple.

Le Père Duchêne persifle contre ce comité, « une résurrection du Comité de salut public de 93 », « une copie », « une répétition, un plagiat inopportun et un anachronisme ! ».

La presse réactionnaire ne se laisse pas intimider. Le Gaulois écrit : « nous doutons que la Commune puisse se servir de cette institution pour faire quelque chose de conforme à l’original, c’est-à-dire organiser quelque chose de sérieux en fait de Terreur rouge ». Et de ricaner : « Nos révolutionnaires de 1871 croient sans doute avoir de grandes qualités ; mais il est un point où ils sont très inférieurs à leurs devanciers, ils n’ont plus la foi ».

Le Cri du Peuple évoque les dissensions et parle de « la manifestation de deux courants d’idées qui ne s’étaient point encore déterminées ». La minorité qui s’est exprimée contre ce comité représente « le parti fédératif », la majorité « le parti unitaire et centralisateur ». Les lecteurs fidèles du journal liront « centralisateur » comme une insulte, qui renvoie au pouvoir arbitraire et autoritaire monarchiste quand le projet « fédératif » évoque l’idée communale, un pouvoir décentralisé, aux mains du peuple, que les penseurs qui rédigent ces lignes voient trahi par la Commune même.

Voir le film : https://vimeo.com/ondemand/lacommunedeparis

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