Commune : 8 Mai 1871

Dernière défense de l'idéal communal avant qu'il ne disparaisse tout à fait dans l'Histoire...

05-08
8 Mai 1871

 

Pierre Denis, fervent partisan du projet communal, semble ne pas vouloir se résigner, malgré les difficultés venues tant de l’obstination sanguinaire des versaillistes que des réflexes autoritaires de nombreux membres de la Commune. Il publie aujourd’hui dans le Cri du Peuple une longue défense de son idéal, à savoir « la soumission » du gouvernement « à l’opinion publique ».

Il dénonce d’abord cette « veille politique autoritaire, dictatoriale, centralisatrice » menée par un « groupe d’individus », de « trois à sept cent, en comprenant le Parlement » qui disposent de « la fortune » et de « la force » publiques. Puis d’énumérer les régimes, « la Restauration monarchique et légitimiste », « la royauté constitutionnelle et parlementaire », « la république parlementaire et bourgeoise », qui tous ont accru « l’oppression de l’État et l’exploitation du producteur ».

« Il faut aujourd’hui qu’il n’y ait plus de maîtres et plus de sujets ; que personne, ni un roi, ni un ministre, ni même une Assemblée ne puisse, contrairement au vœu de l’opinion, instituer comme loi son avis ou son caprice » défend-il avec toute sa détermination et le dernier espoir de convaincre. Et d’ajouter qu’il ne suffit pas de changer les « conducteurs de la machine qui écrase et ruine » le peuple, « mais bien la mécanique elle-même », à savoir « la politique ».

Les temps où ce peuple était considéré comme « un troupeau appelé à jour et à heure fixes par ses gouvernants à voter son abdication de tout pouvoir et de tout droit entre les mains d’avocats, de seigneurs féodaux de l’industrie, de la finance », « qui prétendent faire les affaires du pays comme il leur plaît » sont, aux yeux de Pierre Denis, révolus.

Il s’agit de conférer au peuple « sa véritable souveraineté », qui convoquerait lui-même les élections, proposerait sa propre législation, la discuterait, l’accepterait et la réviserait. Et c’est par l’autonomie de la Commune que l’auteur entend changer cette « mécanique » : que le « groupe communal » puisse « se développer sans entraves, contracter entre eux, c’est-à-dire se fédérer, s’unir, régir leurs intérêts comme ils l’entendent, sans être asservis à une réglementation légale, confectionnée par des avocats incompétents ou des agioteurs intéressés ».

On lit ces lignes, alors qu’on sait déjà que les partisans du projet communal ont perdu au sein même de la Commune, qu’ils n’ont pas su organiser des réunions locales dans leurs arrondissements où les citoyens seraient venus participer à la prise de décision ; qu’ils n’ont pas pu empêcher la main mise de groupes d’hommes et de clans, mêmes bien intentionnés, sur le pouvoir municipal et les conflits incessants qui n’ont pas manqué de suivre.

Et l’on regrette, peut-être parce que les partisans du projet communal ne veulent pas accuser trop ouvertement les autres membres de la Commune, accentuer des divisions qui affaiblirait un pouvoir déjà brinquebalant face à la férocité versailliste ; ou parce qu’ils pensent être les plus ambitieux quant aux mesures sociales[1], qu’ils entendent continuer à défendre autant que faire se pourra ; ou simplement parce qu’il est encore trop tôt pour prendre le recul nécessaire ; on regrette qu’ils, les « fédéralistes », les partisans du projet communal, ne soient pas en mesure encore de dresser un bilan, de pointer où précisément ce projet n’a pas réussi à trouver son déploiement. On le regrette, parce qu’on sait que, sans ces conclusions qui serviraient de leçon et instruiraient l’avenir, qu’ils sont les seuls à pouvoir dresser, avant de disparaître tout à fait, l’Histoire, de ce projet, n’en retiendra rien.

  

Voir le film : https://vimeo.com/ondemand/lacommunedeparis

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[1] Cf Arthur Arnould dans son Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris.

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