hypothèses du film

  Il me semble que la fabrication d’un film, comme d’une musique, sans doute comme plus ou moins toutes les entreprises, procède comme un raisonnement avec des prémisses et des hypothèses… Je ne vais pas encore raconter le film… J’aimerais avant m’arrêter sur quelques unes des hypothèses sur lesquelles nous partons pour ce film Commune.

  Il me semble que la fabrication d’un film, comme d’une musique, sans doute comme plus ou moins toutes les entreprises, procède comme un raisonnement avec des prémisses et des hypothèses… Je ne vais pas encore raconter le film… J’aimerais avant m’arrêter sur quelques unes des hypothèses sur lesquelles nous partons pour ce film Commune.

  Je ne suis pas certain que le spectateur ait besoin de savoir toutes les choses qui nous sont passées par la tête dans notre recherche. Certain-es même préfèreront ne pas aller fouiner dans les cuisines. J’invite ceulles-ci à ne pas poursuivre la lecture de ce billet…

 

Des prémisses…

  Dans nos prémisses, il y a une sorte de malaise vis à vis de ce côté prestidigitation du cinéma où le regard critique s’ensuque et s’hypnotise… Non pas qu’on soit forcément contre, mais il paraît important de faire entendre d’autres voix, d’autres façons… Quelqu’un a dit que la caméra était un outil d’observation comme le microscope ou le télescope… Bon…

  Il y a aussi une sorte d’impossibilité physique, un refus du corps, à soumettre tout le projet, les éléments du film et le travail de ceulles qui y participent, à l’élaboration de cette mystification. Je suppose que la fiction au cinéma, la crédulité de cette fiction, joue comme la ressemblance en peinture jusqu’à la fin du 19e siècle, à savoir comme un idéal vers lequel converge et se soumet chacun des éléments. Je suppose qu’on ne peut se soumettre à un idéal – et la soumission n’est pas théorique, elle est l’exercice d’une vraie discipline sur le corps, d’une vraie hypothèque sur les épaules – que dans une société qui croit en dieu et qui vénère son roi… Je ne me rends pas compte…

  Pour ceulles qui ont jeté un œil dans la cuisine et que les odeurs, l’humidité des vapeurs et la crudité des aliments répugnent, il est encore temps de partir…

  Il y a dans l’histoire du cinéma toutes sortes de façons de critiquer, de contester, de mettre à mal ou d’ignorer cette mystification… Certains auront épuré ; d’autres bombardé, débordé leurs films ; d’autres encore seront allés voir ailleurs, en faisant fi des convenances… On devrait tracer cette histoire, elle est très jolie, elle est pleine de têtes dures qui résistent à la facilité de la magie du cinéma et qui le font avec toute la passion qu’elles et ils peuvent avoir pour ce langage…

 

Se compliquer la tâche…

  En avançant dans notre recherche, cette fois-ci, nous nous sommes un peu compliqué la tâche, puisque nous avons une histoire à raconter, et une histoire qu’il nous paraît nécessaire de donner à entendre, et le plus clairement possible, celle de la Commune… Dans un premier temps, ça se présente comme une difficulté… Comment raconter une histoire sans raconter des histoires ?

  Il me semble bien que c’est là l’enjeu politique dans les trucs qu’on range dans la case « art »… Ce n’est pas ce qui est dit qui importe, du moins pas tant que ça, mais comment c’est dit, comment c’est fabriqué… Vous savez cette histoire de contre-investissement réactionnaire, tout ça… Par exemple, il y a quelques années, il y un film qui avait été diffusé sur toutes les chaînes de télévision du monde à la gloire de la beauté de la terre… Ce qu’il disait était donc plutôt écologiste, mais ses moyens de fabrication, les hélicoptères, tout un gaspillage profus, venaient quand même là, faire achopper un peu le propos…

  Alors, ça me plaît, la démocratie. Et ça me plaît donc aussi au cinéma. Ca me plaît beaucoup que l’image refuse de se soumettre au son ; que le montage ne vienne jamais à bout de l’image ; que les acteurs aient une propension à détruire le film… De mon point de vue, le cinéma, c’est bien l’endroit où tous les éléments n’arrivent jamais tout à fait à se mettre d’accord.

  Il y a un immense bouquin, qui passe ses deux tomes à moquer l’errance d’une société qui a perdu ses idéaux, jusqu’à ce que ses personnages finissent quand même assez ahuris et que lui-même, le bouquin, reste inachevé. Je l’aime beaucoup ce bouquin, mais j’ai toujours trouvé son idée curieuse, parce que c’est très joyeux de se débarrasser de ses idéaux… C’est le début de la démocratie, la fin des idéaux, ce moment où on retire le cache-sexe ou la barbe ou que sais-je et qu’on voit enfin à quoi on a affaire et sur quoi on peut travailler…

 

Dérouler le fil de la pelote…

  Et voilà que ce qui se présentait comme un casse-tête, la fin de l’idéal fiction, vient au contraire nous offrir toutes sortes de possibilités. Nous arrivons à ce moment où, après des mois de tâtonnements et de doutes – et dans le cinéma de recherche, vous ne savez jamais où vous allez vous retrouver – tout à coup, les choses viennent avec évidence. Pendant toute la période de préparation, je peux dire que ce moment vous l’attendez avec inquiétude, parce que vous ne savez pas du tout d’où il peut venir, s’il vient jamais. Ce moment-là, où, après avoir tourner la pelote dans tous les sens, vous avez enfin trouver le bout du fil et qu’il ne vous reste plus qu’à tirer… Alors voilà… En quelques sortes, il ne reste plus qu’à observer les réactions chimiques…

  Comment ce questionnement qu’on pose sur le langage cinématographique tout à coup permet de mettre en perspective des éléments et des points de vue qui ne savent pas se mettre d’accord, qui peuvent venir se contrarier ou s’ignorer même et dessiner une histoire de la Commune qui nous paraît, que nous espérons, précise, complexe, nuancée… Comment la relation de cette histoire nous amène à pousser plus loin encore notre questionnement et notre usage du langage et notre rapport au spectateur à qui nous laissons la liberté, face à la matière que nous lui proposons, de se faire son opinion… Bref, comment chacun des éléments a l’air de venir répondre, équilibrer, contrarier les autres avec évidence et simplicité, comme si nous n’avions pas chercher pendant des mois et des mois…  

  J’avoue que c’est un moment qui m’agourmandit et que je fais trainer un peu pour me délecter et reprendre des forces…

  Je reviendrai présenter le film, l’histoire, la façon… bientôt. Mais je crois que ce billet est suffisamment Tl;Dr [Too long ; Didn’t read] comme disent les Geeks comme ça…

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