Commune : 14 Mai 1871

Le chef du gouvernement est-il dépassé par les forces réactionnaires qu’il a tenté d’utiliser pour nourrir ses ambitions personnelles ? S’aveugle-t-il sur son habileté présumée au point de ne pas voir qu’il devient la créature abjecte que ces forces ont créée ?

05-14
14 Mai 1871

  

Le Cri du Peuple l’annonce avec désarroi : « Huit jours ! C’est là le terme fatidique, le délai fixé par M. Thiers. Il ne demande plus que huit jours pour réduire et détruire ce Paris que dix-huit siècles ont agrandi ».

Interpellé par les conservateurs et les réactionnaires de l’Assemblée, le chef du gouvernement, Adolphe Thiers, a en effet déclaré : « « Il faut huit jours encore ; au bout de ces huit jours, il n’y aura plus de danger ».

Le Rappel, le quotidien républicain, décrit les tractations politiciennes qui se jouent à la chambre des députés. Pour ce journal, les « partis monarchiques » utilisent Thiers pour effectuer « l’odieuse besogne de cette horrible guerre » et le « rejetteraient avec dédain, comme on fait d’un outil usé », dès la victoire emportée. Puis d’accuser le chef de gouvernement de n’être préoccupé que par « sa place » et « son titre ».

Le Siècle, le journal de centre droit, tente une approche qui se veut habile dans l’espoir de convaincre le gouvernement. Du point de vue de l’éditorialiste, les monarchistes, qui ont porté Thiers au pouvoir, veulent « renverser la république » et « se défaire de Thiers ». Mais ils craignent « que Paris ne soit pas assez écrasé », que le chef de l’exécutif « montre trop d’indulgence ». Et de conclure : « leur victoire ne serait pas complète ».

Selon le journal, ces débats à l’assemblée représentent une opportunité pour Thiers de rompre cette coalition. Et l’éditorialiste veut croire que l’homme réfugié à Versailles a su la saisir. Après l’avoir flatté : « un esprit merveilleux de souplesse, de finesse, de ménagements », l’auteur du papier encourage Thiers. Il veut croire qu’il n’a « d’autre ambition que de servir loyalement son pays » et rappelle les « dangers d’une prise d’assaut de Paris », les « calamités inséparables d’un tel désastre », « le déchaînement des passions réactionnaires qui sera la conséquence inévitable d’un triomphe sanglant de la force ».

Après un raisonnement subtil, trop, l’auteur insiste sur l’intérêt de Thiers, comme l’intérêt du pays, à ne pas céder aux appels sanguinaires des monarchistes, à privilégier une conciliation, qui permettrait de maintenir et renforcer la république et par là le pouvoir de celui qui se veut son chef.

À la lecture de ces papiers, on s’interroge : le chef du gouvernement est-il dépassé par les forces réactionnaires qu’il a tenté d’utiliser pour nourrir ses ambitions personnelles ? S’aveugle-t-il sur son habileté présumée au point de ne pas voir qu’il devient la créature abjecte que ces forces ont créée ?

Au Cri du Peuple, on n’imagine pas Thiers capable de se départir de ces forces viles qui l’ont porté au pouvoir, qui prédit : « dans huit jours les pleurards et les capitulards pourront venir, entourés de leur armée de gendarmes, de sergents de ville et de chouans qui fusillera les blessés, massacrera les derniers combattants, outragera et violera les femmes… »

  

Voir le film : https://vimeo.com/ondemand/lacommunedeparis

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