Commune : 18 Mai 1871

La destruction de la colonne Vendôme nous rappelle que le penchant autoritaire reproché à la Commune n'est rien au regard des méfaits - glorifiés - des conservateurs et des réactionnaires...

Est-ce Rimbaud (2e gch) sur cette photo de Braquehais ? Est-ce Rimbaud (2e gch) sur cette photo de Braquehais ?
18 Mai 1871

 

Le Père Duchêne accueille la décision des membres de la minorité de ne plus siéger au conseil avec quatre pages d’insultes : « jean-foutres », « ignobles lâches », « déserteurs » et exige leur traduction devant la cour martiale et leur mort : « les lâches doivent être passés par les armes ».

Le Rappel décrit les débats du conseil au cours de la séance suivant l’annonce. Les membres de la majorité répondent par un blâme à ceux qui ont signé le manifeste. Ces derniers, d’après le journal, tentent de s’expliquer : « Ils se sont surtout défendu d’avoir voulu porter atteinte au principe et à l’autorité de la Commune : seulement ils ne voulaient et ne pouvaient accepter la responsabilité de décisions et d’actes qu’ils n’avaient ni votés ni même discutés ».

Quant à Pierre Denis, fervent partisan du projet communal et donc de la minorité, il loue dans le Cri du Peuple, la « leçon d’intelligence politique, de sagesse, d’abnégation patriotique » que ces communeux viennent de donner à Versailles. Il étaye sa défense et dresse, à l’occasion, un bilan succinct de la Commune.

Elle avait, selon lui, deux œuvres à accomplir : « la charte communale et l’organisation de la défense ». Et il vrai qu’on peut se demander s’il n’aurait pas été sage de séparer les questions militaires de la conduite des affaires, comme Valles le remarquait au moment de la création du salut public, qui, précisément, confondait les deux. Deux œuvres qui « n’ont point été faites ou ne l’ont été qu’à moitié ».

Même s’il reconnaît les difficultés auxquelles la Commune devait faire face, « une situation telle qu’on n’en vit jamais », il déplore les bavardages, «  des discussions sans issue », et les décrets inutiles et nombreux. Il conclut sévèrement son jugement sur l’expérience : « finalement, elle en est arrivée où mène le parlementarisme, - à une quasi-dictature ». Pour lui, en effet, le parlementarisme est propice aux « divisions », aux « compétitions » et aux « oppositions ».

Une nouvelle vient apporter tout le panache de ses réjouissances aujourd’hui malgré tout : la destruction de la colonne Vendôme. La mesure avait été décrétée il y a plus d’un mois déjà. Sur des photos, d’aucuns croient pouvoir reconnaître un certain Arthur Rimbaud, un fugueur inconnu à l’époque, parmi les soldats responsables de la chute tant attendue d’un symbole de l’Empire. Le Cri du Peuple l’annonce en ces termes enthousiastes : « Elle est tombée, cette colonne faite de canons achetés par tant de cadavres ».

Et on est pris à se demander ce qui fait que les conservateurs et les réactionnaires, ceux-là même qui dénoncent et accusent le penchant autoritaire de certains communeux, excusent les versaillistes qui font ce qui est reproché à ceux-là avec bien plus de zèle et surtout glorifient cet « assassin de la République », coupable de ces « libertés immolées » et d’un nombre inouï de « cadavres de la gloire impériale » pour reprendre la formule du Cri du Peuple.

 

Voir le film : https://vimeo.com/ondemand/lacommunedeparis

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